André Silver Konan

Dans un entretien paru dans La Tribune, un magazine de Madagascar, l’analyste politique André Silver Konan parle de la présidentielle de 2020 en Côte d’Ivoire et décrypte les chances de certains candidats.

Le bilan économique et social du Président Ouattara sera déterminant non seulement pour lui-même, dans sa quête de sortie honorable de la scène politique, en 2020, mais pour le RDR et surtout pour le ticket à la présidence de la République, qu’il envisage d’adouber, à savoir son Vice-Président Daniel Kablan Duncan (PDCI) et son Premier ministre Amadou Gon Coulibaly (RDR). Il est de notoriété que sur le plan macroéconomique, Ouattara pourra se féliciter d’un bilan positif, mais je crains qu’il réussisse en deux ans, le pari d’un bilan positif sur le plan microéconomique (répartition équitable des fruits de la croissance, pouvoir d’achat, lutte contre la vie chère, emplois des jeunes, etc.). En clair, l’émergence promise est partie avec un pied cassé.

De même, les inégalités sociales, le sentiment qu’éprouvent certains Ivoiriens moyens qu’une élite s’accapare les postes administratifs, la réconciliation qui a toujours été au point mort, le manque de volonté pour lutter fermement contre la corruption, les petites frustrations sociales, le sentiment général de petits arrangements avec les textes qui agacent surtout les jeunes intellectuels, moi y compris, etc. ne pourront pas être éteints avant 2020.

Je le répète : le pari est risqué pour le RDR, qui de toute évidence, récoltera davantage les bois verts des frustrations sociales et des manquements de la gouvernance Ouattara, que les lauriers de sa gouvernance. Les autres partis issus de l’alliance du RHDP dont le PDCI, auront moins ce problème. Ils co-gèrent un pouvoir dont ils refusent d’assumer les échecs, le beau rôle. Rappelons que ces partis sont habitués à ce genre d’exercice. Le PDCI d’Henri Konan Bédié a co-géré le pouvoir Gbagbo de 2000 à 2010 mais ne s’est jamais gêné pour se présenter comme un parti d’opposition. Le RDR a co-géré le pouvoir Gbagbo de 2002 à 2010 et n’a jamais manqué de mots aussi violents, pour critiquer Laurent Gbagbo. Idem pour l’UDPCI d’Albert Toikeusse Mabri. Que dire des ex-Forces nouvelles qui sont allés jusqu’à occuper la Primature pendant 3 ans et se comportent aujourd’hui comme si elles n’étaient pas partie prenante du pouvoir Gbagbo ?

En définitive, les potentiels candidats issus du futur ticket présidentiel dont j’ai parlé, quand bien même ils seront adoubés par Ouattara, ils auront davantage besoin de leur propre aura et leur propre charisme que de ceux de Ouattara ou de Bédié, qui resteront toujours un bonus. L’équation personnelle va prévaloir en 2020, pas celle des autres.

Source: La Tribune