@informateur.info- Jamais les appels au retrait des troupes françaises des pays du Sahel, notamment le Mali, le Burkina Faso, et le Niger n’ont été aussi pressants et retentissants que ces derniers mois. Plusieurs griefs sont reprochés à l’ancienne puissance coloniale.

Mais principalement, c’est son incapacité à éradiquer les groupes djihadistes durant toutes les années qu’elle a été présente au Mali à travers l’opération Barkhane qui effarouche l’opinion publique de ses trois pays. Puisqu’à l’origine, ces groupes terroristes n’étaient cantonnés que dans le nord du Mali avant de s’éparpiller dans les pays voisins comme le Niger et le Burkina Faso. Une certaine opinion a vite fait de voir dans l’extension du terrorisme vers les voisins immédiats du Mali comme une stratégie des troupes françaises visant à embraser la sous-région pour mieux justifier leur présence.

  • Quelle sécurisation de Kidal, après la fin de Barkhane?

Vrai ou faux! Une chose est certaine, les groupes terroristes qui étaient traqués dans le nord du Mali n’étaient pas aussi idiots pour rester immobiles dans des zones devenues dangereuses pour eux du fait de la traque de Barkhane. Ils ont naturellement recherché des zones moins surveillées pour se replier et se reconstituer. Malheureusement, les pays de replis qui n’ont pas anticipé la menace ont été pris au dépourvu. L’invasion des groupes terroristes au Burkina Faso et au Niger a d’abord montré les failles et les limites des services de renseignement de ces pays. Avant de prouver aux yeux de leurs peuples et du monde, l’impuissance de leurs armées à y faire face. Tout simplement parce qu’elles ne sont pas bien formées encore moins bien équipées.

Barkhane, faut-il le rappeler, n’a jamais été une opération unilatérale de la France au Sahel et au Sahara. C’était une opération militaire menée avec l’aide d’armées alliées, dans la lutte contre les groupes djihadistes. C’est d’ailleurs sur la base des accords avec ces pays que les troupes françaises s’y étaient installées. C’est pourquoi la fin de cette opération au Mali, ne devrait pas être perçue comme une victoire de ceux qui en appelaient au retrait des troupes françaises mais comme un nouveau défi qui se présente aux Forces armées maliennes (Fama). Car la sécurité de cette région, fief des ex-rebelles de l’Azawad incombe désormais aux Maliens. Sauront-ils l’assurer? Pas si sûr quand ce pays fait déjà appelle à d’autres partenaires, comme la Russie et Wagner pour l’aider dans l’espoir qu’ils fassent mieux que la France.

  • Quid du Burkina et du Niger?

A l’instar des Fama qui ont un réel besoin de formation, l’armée burkinabè déjà en déroute et l’armée nigérienne n’ont pas la capacité de contrer ces groupes terroristes qui se structurent et développent des stratégies d’attaques nouvelles. Le drame de ces pays, c’est que l’ennemi est parvenu à recruter du personnel à la fois dans le corps militaire, civil et même religieux. Un potentiel de recrutement local insoupçonné dont l’action sape les efforts de lutte.

C’est vrai que le Burkina Faso abrite sur son territoire, précisément à Kamboinsé dans la capitale, une unité des forces spéciales françaises baptisée Sabre, composée des commandos d’élite français des trois armées. C’est aussi vrai que cette force est capable de mener des raids et de traquer des cibles terroristes sur le sol Burkinabè. Mais le Burkina Faso à en croire Emmanuel Macron « a fait le choix de régler la question du terrorisme sur son sol par ses armées propres». Un choix que le pays a défendu même dans le cadre des forces conjointes du G5 Sahel. Une révélation qui n’a pas été démentie. Avant d’accuser la France de ne rien faire face aux terroristes qui endeuillent le Burkina, il est bon de savoir qu’elle est le champ d’action que les autorités burkinabè autorisent à ses unités. Le gouvernement burkinabè en refusant de nommer jusqu’à une date récente un militaire au ministère de la défense et en refusant toute intervention française sur son sol alors qu’il est conscient des faiblesses de son armée (notamment en équipement) courrait droit vers un échec cuisant dans la lutte contre le terrorisme. La France ne saurait donc être tenue pour responsable des choix opérés par ses autorités. Aussi, à propos du blocage du convoi français au Burkina, le ministre des Affaires étrangères, Alpha Barry, expliquait a posteriori, le mercredi 24 novembre, que ce convoi est régulier et habituel. Ajoutant que la France est le deuxième partenaire technique et financier du Burkina.

  • De la nécessité de revoir les accords

La Côte d’Ivoire qui a une vision de sa défense nationale a pris l’option de l’anticipation sur le terrorisme non seulement en s’équipant en matériel de renseignements et militaire mais surtout en créant une école de formation anti-terroriste. Mieux, ce pays bénéficie d’une étroite collaboration en matière de renseignements sur le front nord avec la France.

On peut avoir des choses à reprocher à la France, elle n’est certainement pas irréprochable. C’est pourquoi l’option d’une redéfinition des accords qui lient cette puissance militaire avec les pays du Sahel semble plus raisonnable que celle de demander son retrait total. Combien d’entre ceux qui accusent et dénoncent les actions françaises savent le contenu des accords qu’elle a assignés avec leurs dirigeants? Et quand bien même ils le sauront pourquoi ne demandent-ils pas des comptes à ceux qui les gouvernent? Faire de la France le parfait bouc-émissaire des malheurs des pays du Sahel alors qu’on a des incompétents à la tête de nos Etats, c’est mal posé le problème qui nécessite un diagnostic plus global.

Alfred SIRIMA