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@Informateur.info- Nacanabo est le président du Réseau de lutte anti-corruption (Ren-Lac) au Burkina Faso. Dans cet entretien, il se dit déçu des plus hautes autorités du Faso dont il s’offusque de l’absence de volonté politique et décrie une ”certaine complicité active ou passive” avec les filières de corruption.

On le sait. Le rapport 2019 de votre structure sur la corruption au Burkina Faso est disponible. Que révèle ce rapport 2018 par rapport à 2017?

Le rapport 2018 montre une situation inquiétante voire alarmante par rapport à 2017. Si en 2017, 27,3 % de burkinabè pensaient et disaient que la corruption avaient régressé, ils sont 36,6% qui l’ont dit en 2018. Cela veut dire que la proportion de burkinabè qui pensent que la corruption a régressé, en 2018, a diminué de 9,3 points de pourcentage par rapport à 2017. Donc, la corruption a augmenté dans la perception de nos populations de 9,3% de 2017 à 2018. C’est grave. Et ça nous inquiète. Dans le rapport, un enquêté de 33 ans nous a dit ceci : ” j’ai voulu faire rentrer de l’huile à Pouytenga dans le cadre de mon commerce. Et les douaniers qui sont situés sur la route de Cinkansé m’ont contrôlé et m’ont fait savoir que ma marchandise n’était pas de bonne qualité. Ils m’ont dit de payer 10.000 FCFA avant de récupérer la marchandise. Pour me libérer, j’ai été donc obligé de payer la somme exigée”. Un autre nous a dit qu’il voulait une place en classe de 6eme pour son enfant au lycée Lagmtaaba au secteur 15 de Ouagadougou. Le provisieur lui a demandé 50.000 FCFA pour inscrire l’enfant qui n’avait pas eu l’entrée en 6eme. La dame de 36 ans dit avoir payé la somme exigée sans reçu. ”J’ai également payé les frais de scolarité à hauteur de 27.000 F cfa”, nous a-t-elle déclaré. Voyez-vous, l’horizon est sombre.

Pourtant, il y avait des signaux d’espoir avec l’avènement d’un pouvoir qui avait fait de la lutte contre la corruption et la mal gouvernance, son cheval de bataille pendant la campagne…

Les signaux d’espoir, c’est depuis l’insurrection populaire de 2014. Aujourd’hui, alors qu’on tend vers la fin du mandat du président Roch Marc Christian Kaboré, qui avait effectivement fait de la lutte contre la mal gouvernance et les crimes économiques, une promesse électorale, c’est avec beaucoup de déception que notre réseau constate la persistance de ces maux. Tout semble indiquer une réelle absence de volonté politique au sommet de l’État.

Peut-on savoir sur quoi se fonde cette opinion?

Il faut dire que le Ren-Lac déplore fortement que le président du Faso, qui doit incarner le symbole de la lutte contre la corruption, à travers son exemplarité, sa fermeté et l’impulsion d’une dynamique de gouvernance saine au sommet, s’est transformé en spectateur impuissant face aux dérives de certains parmi lesquels ses plus proches collaborateurs. Le manque d’exemplarité, comme vous demandez des éléments qui soutiennent notre conviction, notre grande déception, est illustrée par deux faits majeurs. Il s’agît notamment de la rocambolesque affaire de perte d’argent à la résidence de la ministre de la Promotion de la Femme et de la Solidarité nationale, Marie Laurence Marshall Ilboudo et la somptueuse villa de l’ancien ministre de la Défense, Jean Claude Bouda. Il faut relever également, qu’à l’image de l’Exécutif, l’Assemblée nationale a manqué d’exemplarité en matière de transparence.

L’Assemblée nationale n’est, pourtant, pas épinglée dans votre rapport?

Pas l’institution elle-même. Mais son président. A ce niveau, nous relevons que son président, Monsieur Balla Sakandé s’est particulièrement distingué en 2017 par des actions populistes de solidarité et de charité qui continuent de susciter bien d’interrogations au sein de notre réseau et autres institutions engagées contre la corruption. Le rapport note, en effet, que Monsieur Sakandé devrait plutôt peser de tout son poids pour faire voter des lois à même de créer des conditions propices à la lutte contre la pauvreté et partant la corruption. Faisant le constat de ce manque de volonté politique au sommet de l’État, notre rapport 2018 appelle à un engagement citoyen accru pour espérer vaincre l’impunité des crimes économiques pour amorcer enfin la voie d’un développement économique et social.

Le rapport n’a, certes, pas couvert les affaires de 2019. Mais, que dites-vous des dossiers chauds de l’heure dont celui de l’affaire de charbon fin ?

Tout cela s’inscrit dans la dynamique du pillage de nos richesses avec la complicité active ou passive de nos dirigeants politiques que le Ren-Lac dénonce. Nous voudrons ici exiger toute la lumière sur cette affaire dite de charbon fin qui ne fait qu’approfondir le divorce entre gouvernants et gouvernés. Il est plus qu’impérieux que tous ceux qui se sont compromis dans cette sombre affaire rendent compte au peuple. Je voudrais pour finir, étant donné que nous sommes en pleine rentrée judiciaire, attirer l’attention du ministre de la Justice sur l’impunité de fait dont bénéficient les magistrats suspectés de corruption. C’est le lieu pour nous d’exiger la relance de l’examen des dossiers de la Commission d’enquête du Conseil supérieur de la magistrature par le Conseil de discipline. C’est à ce prix que la Justice qui passe de 10 ème au 7eme rang des administrations de notre pays les plus corrompues, va redorer son blason bien terni.

Réalisé par Alfred SIRIMA

Correspondant Informateur.info

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