@Informateur.info- Président de l’Association pour la défense de la démocratie et des libertés (ADDL), Adama Diomandé se prononce sur l’actualité politique, singulièrement le retour de l’ancien président Laurent Gbagbo qui est rentré, hier jeudi 17 juin 2021, après 10 ans hors de la Côte d’Ivoire. Il en profite pour déplorer ce qui se passe dans la Marahoué où deux cadres RHDP se disputent le leadership.

  • L’ancien président Laurent Gbagbo rentre ce jeudi 17 juin en côte d’Ivoire après dix ans d’absence marqués par les séquences de son procès à la CPI. Quel sentiment vous anime à cette occasion?

Un sentiment de gâchis, car il aurait pu éviter cette humiliation à lui-même et à notre pays, mais par orgueil, il n’a pas voulu céder le pouvoir qu’il a pourtant perdu en 2010, et cela a donné ce que nous constatons aujourd’hui.

  • Honnêtement, vous attendiez-vous à ce retour ?

Pas tellement, parce qu’au moment où il partait à la CPI, personne ne doutait de sa responsabilité dans la crise que le pays a connue en 2010. Mais, sans doute, en raison des carences de l’Accusation, il a été acquitté. On ne va pas juger cette décision de justice qui est revêtue de l’autorité de la chose jugée. Mais, l’honnêteté commande de reconnaitre que je ne m’attendais pas cette issue judiciaire qui laisse les victimes de la crise sur leur faim. Cela dit, le renforcement de la réconciliation nationale dans l’unité nationale pour un développement dans une harmonie retrouvée de la nation Ivoirienne entre nous avec nos différences, pour aussi nos enfants et petits-enfants semble être désormais le plus important pour moi.

  • Pensez-vous que le retour de Gbagbo donnera un coup de fouet au processus de réconciliation qui n’a pas beaucoup bougé même s’il a connu des avancées notables avec la libération des caciques du FPI dont Simone Gbagbo et le retour d’exil de nombreux cadres de ce parti ?

Je pense que la réconciliation a fait des avancées significatives. Si Gbagbo joue sa partition, cela pourrait la renforcer.

Comment pouvez-vous juger la partition jouée par le président Alassane Ouattara dans ce retour ?

C’est une partition d’un grand homme d’Etat qui a pour souci primordial la réconciliation et le développement de son pays.

  • Parlant de cette partition, croyez-vous qu’il avait le choix et qu’il pouvait s’opposer à ce retour ?

Déjà, le fait qu’il lui accorde toutes les commodités liées à son statut d’ancien chef de l’Etat afin de lui éviter la case prison est une bonne partition et personne au monde ne pouvait le contraindre à le faire. C’est pourquoi, il faut être reconnaissant à Alassane Ouattara de ces bonnes dispositions qui vont dans le sens de la réconciliation des Ivoiriens.

  • Cette question relève de la vie conjugale du couple Gbagbo, mais que pouvez-vous dire par rapport à ce qui se passe avec la mise à l’écart de Simone Gbagbo dans l’accueil de son époux, parce qu’ils n’ont pas encore divorcé ?

C’est courageux de sa part même si cela a tardé, mais il ne devrait pas céder à tous les caprices politiques égoïstes de sa femme. Mandela l’a fait avant lui.

  • Ne pensez-vous pas que Laurent Gbagbo pourrait perdre politiquement beaucoup dans ce qui ressemble à une humiliation de son épouse ?

Mais l’ex-président a déjà perdu considérablement à cause de cette femme, s’il annonce officiellement son intention de divorcer avec son épouse c’est qu’il a pesé le pour et le contre. Franchement entre nous qu’est-ce que Laurent Gnagbo a à gagner dans une belligérance politique dans notre pays avec une femme qui lui induit dans une catastrophe politique pour la Côte d’Ivoire.

  • On va parler de la Marahoué où semble se jouer une guerre de leadership entre deux cadres RHDP, les ministres Adama Koné et Zoro Bi Ballo Stéphane. Qu’en pensez-vous ?

Deux députés nouvellement élus dans la Marahoué ont initié une fête pour saluer la victoire du RHDP et cela s’est transformé en meeting de désignation d’un nouveau leader par un chef de Zénoula qui est d’ailleurs minoritaire. Je trouve cela maladroit, car la Marahoué a un leader connu qui est le ministre Epiphane Zoro à qui le président Alassane Ouattara a confirmé et confié la réalisation de toutes les infrastructures de proximité a portée sociale immédiate avant sa visite d’Etat historique dans cette région. Il les a toutes réalisées et aussi il est le leader de notre parti, le RHDP dans la région, donc vous voyez, parler d’un nouveau leader de cette région est une regrettable maladresse.

  • Ne pensez-vous pas que c’est le poste de ministre gouverneur qui fait courir le ministre Adama Koné ?

Le poste de ministre-gouverneur de district n’est pas un poste électif pour faire campagne, ni pour aller se faire désigner comme leader d’une région dont il n’est pas un élu ; cela ressemble à une transhumance politique par opportunité, et c’est ce que nous devons éviter pour le développement de nos régions. Surtout pour un ancien ministre du budget et aussi actuellement ministre gouverneur de la BAD au titre de notre pays.

  • Quel message pouvez-vous lancer aux Ivoiriens après le retour de Laurent Gbagbo?

Un message de paix et d’unité de notre pays dans sa diversité pour un développement harmonieux.

Réalisée par Ambroise Tiétié