Informateur.info-Depuis quelques jours, les relations entre la Côte d’Ivoire et le Burkina jadis si sereines et exemplaires, se sont brusquement crispées. Et pour cause, les nouvelles autorités ont lancé deux mandats d’arrêt à destination de son voisin du sud. L’un contre l’ancien président burkinabé Blaise Compaoré et l’autre contre Guillaume Soro, le président du parlement ivoirien. Une première dans l’histoire entre les deux Etats. De quoi susciter quelques inquiétudes au sein de la grande communauté burkinabé en Côte d’Ivoire. Du jamais vu.
En effet, c’est bien la première fois que le Burkina Faso lance un mandat d’arrêt international contre un ressortissant ivoirien. A fortiori contre une personnalité de premier plan tel Guillaume Soro, président de l’assemblée nationale de Côte d’Ivoire, à ce titre numéro 2 de l’Etat ivoirien. Une mesure qui ne laisse pas indifférente la forte et brave communauté burkinabé de Côte d’Ivoire qui s’interroge sur la suite des événements. D’autant qu’elle a déjà eu à payer, parfois au prix fort, les incompréhensions entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso. Il faut sans doute rappeler que suite à la rébellion qui a frappé la Côte d’voire en 2002, les ressortissants burkinabé ont souffert le martyre et payé un lourd tribut à la crise ivoirienne. Accusé d’avoir servi de base arrière à cette rébellion, le pays des hommes intègres a été pris a partie par de nombreux ivoiriens proches de l’ancien régime d’Abidjan. Puis est survenue la crise postélectorale en décembre 2010.
C’est un truisme de dire que certains Burkinabè de la diaspora ont été massacrés et d’autres spoliés et humiliés. Toujours est-il que la communauté burkinabé en Côte d’Ivoire a été fortement traumatisée par ladite crise dont les répliques ont mis longtemps à s’éteindre. C’est pourquoi, ceux qu’on appelle les «diaspo» au Burkina Faso appréhendent avec des sentiments d’anxiété et de peur mêlée, la crispation des relations ivoiro-burkinabé. Assurément, ces mandats d’arrêt sont des mesures malencontreuses dont les Burkinabè de Côte d’Ivoire pourraient faire les frais. Et pour cause, rien ne dit que les Ivoiriens, prenant prétexte de ce « coup de Jarnac » des nouvelles autorités ne s’en prennent encore à leurs hôtes comme ce fut le cas après l’attaque du 19 septembre 2002 qui s’était muée en rébellion.
En clair, c’est la psychose au sein de la communauté burkinabé qui n’avait vraiment pas besoin de ce coup du sort. Les Burkinabè pensaient avoir fini avec les incertitudes et l’anxiété liées aux périodes troubles. Ils en veulent surtout aux nouveaux dirigeants de leur pays qui mettent délibérément à mal les relations entre la Côte d’Ivoire et leur pays d’adoption et la terre de leurs ancêtres. Ils ne comprennent pas la propension des nouvelles autorités burkinabé à l’affichage si peu conventionnel diplomatiquement. Autrement, celles-ci auraient pu faire l’économie du mandat d’arrêt contre Guillaume Soro et même de celui contre Blaise Compaoré. Puisqu’il existe des canaux diplomatiques que les dirigeants burkinabè auraient pu mettre à profit pour régler ces deux cas.
Concernant le PAN accusé d’avoir soutenu le coup d’Etat manqué du Général Gilbert Diendéré, n’était-il pas plus judicieux que les présidents Ouattara et Kaboré se parlassent pour arrondir les angles dans l’intérêt des relations séculaires d’amitié et de solidarité entre les peuples ivoirien et burkinabé ? Fallait-il sacrifier cela en sacrifiant au clinquant et au goût de l’affichage qui finalement, peut-être perçu comme de l’enfumage. Histoire de détourner les Burkinabè des vrais problèmes dont ils sont la proie et qui complexifient leur quotidien déjà si difficile. Quant au mandat d’arrêt contre Compaoré, il est évident que c’est un acte manqué. Pour au moins deux raisons. D’abord ledit mandat n’aide guère le processus de réconciliation nationale que les autorités burkinabé ne peuvent snober. Sauf à faire du surplace. Ensuite, ce mandat crispe peu ou prou, les relations entre le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire, ce pays étant la terre d’asile du «Beau Blaise». Cette image pour montrer le caractère incongru, pour ne pas dire plus, du mandat d’arrêt international lancé contre l’ancien PF. C’est comme si un père de famille faisait recours à la police pour amener son fils, réfugié chez son voisin par crainte d’une «raclée paternelle» à revenir à la maison. Ce serait inélégant et incorrect à l’égard du voisin qui serait gêné par une telle démarche. C’est le cas des autorités ivoiriennes pourtant disposées à discuter avec leurs homologues burkinabè de toutes les questions liées au « vivre ensemble » entre les deux pays. Et comme le pire n’est jamais sûr, il faut espérer et souhaiter que les deux chefs d’Etat finissent par briser le mur de méfiance et à dissiper les incompréhensions pour réaffirmer la solidité de l’axe Abidjan-Ouaga. Ce sera la meilleure manière de rassurer les millions de Burkinabè inquiets de cette autre crise entre la Côte d’Ivoire et leur pays d’origine.

Jean François Fall