@Informateur.info- L’élection présidentielle du 22 novembre 2020 au Burkina Faso a rendu son verdict. Selon les résultats provisoires proclamés jeudi par la Ceni, le président sortant Roch Marc Christian Kaboré a été réélu avec 57,87% des suffrages pour un nouveau contrat social de cinq ans avec le peuple burkinabé. Suivi du candidat du CDP (Congrès pour la démocratie et le progrès), Eddie Komboïgo, crédité de 15, 48% des voix.

Assurément, Eddie Komboïgo est l’une des plus grosses surprises de ces élections couplées de 2020. Pour sa première participation à une élection présidentielle, il décroche la deuxième place devant les dinosaures de la scène politique dont Zéphirin Diabré de l’Union pour le progrès et le changement (UPC) relégué en troisième position. On peut le dire, pour un coup d’essai, Eddie Komboïgo, l’anonyme, a réussi un coup de maître en se hissant à un tel rang. Certes l’objectif de reconquérir Kossyam (le palais présidentiel) pour le CDP (ex-parti au pouvoir) n’a pas été atteint mais Eddie Komboïgo n’a pas à rougir de cette défaite.

Bien au contraire, c’est un retour gagnant pour le parti de l’ex-président Blaise Compaoré, écarté de la présidentielle de 2015 par “la loi Cheriff”. La preuve qu’une grande partie de Burkinabè porte encore le CDP dans le cœur après l’insurrection populaire qui a emporté ce parti et son président d’alors, Blaise Compaoré, les 30 et 31 octobre 2014. La suite est connue de tous. Le coup de force qui a suivi en septembre 2015 a été fatal au CDP et à ses principaux leaders et animateurs. Certains contraints à l’exil et d’autres mis aux arrêts. Eddie Komboïgo est du dernier lot. Arrêté, puis incarcéré à la Maison d’arrêt et de correction des armées (MACA) pour une présumée implication au putsch, il a bénéficié d’une liberté provisoire après quatre mois de détention avant d’être totalement blanchi en décembre 2017. Désigné en juillet 2015 pour être l’étendard du CDP au scrutin présidentiel d’octobre 2015 sous la Transition, Eddie Komboïgo n’a pu compétir suite à une inéligibilité du fait de la ” loi Cheriff”.

A(re)lire Burkina : Eddie Komboïgo désigné homme politique le plus influent en 2018

Qu’à cela ne tienne! Cet expert-comptable qui en a vu des  vertes et des pas mûres, triomphe des adversités internes au CDP pour prendre le contrôle du parti en mai 2018. Il faut le relever, l’homme fût combattu de l’intérieur pour son indépendance d’esprit. Là où certains faisaient des salamalecs pour être dans les bonnes grâces du grand chef en exil à Abidjan. L’inévitable guerre de leadership voit le jour au sein du parti avec parfois, le Grand Chef lui-même qui tire les marrons du feu depuis son exil aux bords de la lagune Ebrié.

D’ailleurs, pour ce dernier scrutin, Eddie Komboïgo s’est battu avec ses propres armes. Non sans esquiver les coups venant de son propre camp. Quoique candidat officiel et investi par le CDP en juillet 2020, une fois encore, il s’est heurté à la cupidité du clan se disant proche du Grand Chef et qui a ouvertement apporté son soutien financier et logistique à un autre candidat, transfuge du CDP qui a obtenu au bout du compte 5 fois moins de suffrages qu’Eddie. Le soutien financier et politique attendu du Grand Chef et de son frangin (François Compaoré) pour la campagne n’est jamais parvenu au candidat du CDP pendant que le candidat-transfuge se voyait soutenir pour aller à la pêche des voix …pour un honteux 3%.

De fait, le score de 15,48% obtenu par Eddie Komboïgo est, somme toute, honorable pour un parti qui se relève de sa chute. Avec plus de chance aux législatives, Eddie Komboïgo pourrait être le nouveau chef de file de l’opposition politique avec un parti, le CDP, deuxième force politique du pays.

Jean-François FALL