Alassane Ouattara, président

@Informateur.info- Comme il fallait s’y attendre après le ballet des chefs traditionnels à sa résidence et l’appel pressant de ses partisans à se présenter pour un troisième mandat en Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara a décidé d’être candidat à la présidentielle d’octobre prochain. Il l’a annoncé, ce jeudi soir, veille de la célébration du 60é anniversaire du pays, lors d’une adresse solennelle à la nation très attendue. «J’ai décidé de répondre favorablement à l’appel de mes compatriotes (…) Je suis donc candidat», a déclaré Alassane Ouattara.

En effet, feignant d’ignorer la tension que suscite cette candidature que beaucoup estiment être une violation de la constitution, le chef de l’Etat a justifié sa décision de candidater pour une 3é fois en raison de la mort de son dauphin Gon Coulibaly. «Comme dit l’adage, l’homme propose et Dieu dispose. La mort du Premier ministre Amadou Gon Coulibaly laisse un vide dans l’équipe que j’ai mis en place. J’ai donc décidé de reconsidérer ma décision», a t-il indiqué.

Donnant par moment dans l’autosatisfaction, comme à son habitude, en énumérant ses réalisations et les prouesses de sa gouvernance. A l’écouter, c’est comme si personne à part lui et lui seul ne pouvait offrir à la Côte d’Ivoire son embellie économique de ces dernières années. Certes, l’honnêteté commande de reconnaître qu’il a fait bouger les lignes sur le plan des infrastructures.

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Oui Alassane Ouattara a fait rêver plus d’un, par son discours résolument positif et ses réalisations. Il a promis de transformer le désert en vert pâturage et il s’y est employé ; en construisant des ponts, des échangeurs, des routes, des écoles, des universités, qui attestent de sa volonté d’implémenter l’émergence promise aux Ivoiriens. C’est sans doute la plus grosse satisfaction de son magistère.

Mais derrière ce bel arbre, il y a la forêt de ce qu’on pourrait qualifier de maladies infantiles de la démocratie auxquelles l’ex-DGA du Fonds Monétaire International (FMI) n’a pas échappé. En effet, sa décision de se représenter illustre à la perfection le déni de la parole donnée et le déshonneur qui caractérisent malheureusement bien de chefs d’Etat peu démocrates dont l’histoire africaine recèle. Lui qui s’était engagé, la main sur le cœur, à transmettre le pouvoir à une nouvelle génération!

Au terme de ces deux mandats, les Ivoiriens n’ont pas été réconciliés, et la classe politique reste plus que jamais divisée à moins de 3 mois de la présidentielle. Ironie du sort, beaucoup de ses compatriotes qui avaient des yeux de Chimène pour lui ont été désabusés et se sont même pris à regretter son prédécesseur Laurent Gbagbo.

On comprend donc que l’opposition politique qui veut tirer profit de ces handicaps s’organise et rêve d’une nouvelle ère. Sans Alassane Ouattara et son RHDP. Estimant que sa gouvernance des hommes de ces dix dernières années aura été un échec cuisant. Ses alliés lui reprochent d’être un adepte de la pensée unique. Avec lui, c’est la soumission ou la rupture.

De fait, après avoir sacrifié le RDR dont il s’est servi durant 17 ans dans sa quête du Graal, et fait voler en éclat la coalition du RHDP d’où sont partis le PDCI-RDA, l’UDPCI et bien d’autres grosses têtes, il est fort à parier que la conservation du pouvoir d’Etat en octobre, dans une élection transparente et libre, relèvera d’une véritable gageure pour Alassane Ouattara.

Alexandre Lebel ILBOUDO