Newton Ahmed Barry, président de la CENI

@Informateur.info- Lors du lancement de la constitution de la liste électorale biométrique des Burkinabè de l’extérieur, ce samedi 04 janvier à Abidjan, le président de la commission électorale indépendante (CENI), Newton Ahmed Barry a prononcé un discours dont nous vous proposons l’intégralité en lecture.

Chers Compatriotes de Côte d’Ivoire

Aujourd’hui, est un jour spécial dans l’histoire de la Diaspora Burkinabè. Un jour tant attendu au sujet du quel, il y a eu tant de conjectures, mais qui a fini par arriver.

Aujourd’hui nous lançons officiellement, à partir d’Abidjan, dans cette auguste enceinte du Consulat  général du Burkina Faso à Abidjan, le top de départ de l’enrôlement sur le fichier électoral des Burkinabè de l’extérieur.

Nous entamons ainsi le début de la concrétisation de cette revendication épique, dont vous Burkinabè de Côte d’Ivoire avaient été les fers de lance et cette auguste enceinte du Consulat général, le théâtre et le grand témoin des vicissitudes qui l’ont jalonnées.

Dieu faisant bien les choses, c’est ici au sein du Consulat général, avec vous comme témoins et acteurs que cet inédit tant espéré est en train de devenir réalité.

Je voudrais, en ces instants solennels et puisque la providence a voulu que ma modeste personne soit l’un des acteurs de premier plan de cet avènement, vous conter un petit pan de mon histoire personnelle. Une histoire d’un fils d’émigré, comme beaucoup d’entre vous ici.

C’est en 1942, que mon père, alors qu’il n’avait que 10 ans, est arrivé dans ce pays. Ou disons plus exactement dans cette ville d’Abidjan qui était alors la capitale de la Haute et de la Basse Côte d’Ivoire, venant de son Pagou natal, dans le Boulgou.

Il y a 50 ans, enfant nous jouions dans les eaux du Banco, non loin d’ici, où les fanico font toujours la lessive publique. Nous habitions les maisons en surplomb, aujourd’hui communément appelé quartier précaire.

J’aurai pu être donc assis dans l’assistance avec vous. Parce que je suis issu de vous. De cette diaspora Burkinabè viscéralement attachée à sa mère patrie. Mon père, comme beaucoup d’émigrants burkinabè en Côte d’Ivoire, alors qu’ils auraient pu se naturaliser facilement, est resté attaché à sa Haute Volta malgré sa pauvreté légendaire et malgré certaines railleries fraternelles de nos djatiguis.

Comme produit de cette diaspora qui a toujours vécu au battement des rythmes cardiaques de la patrie, je suis honoré d’être devant vous aujourd’hui pour ouvrir, avec vous, cette glorieuse nouvelle page de l’histoire de la diaspora et de la démocratie Burkinabè.

Monsieur le ministre d’Etat

Chers compatriotes

Aujourd’hui, 4 janvier 2020, dans 22 pays à travers le monde, va débuter l’enrôlement sur le fichier électoral des burkinabè de l’extérieur. Les commissaires de la CENI, à la tête des équipes techniques sont à la tâche avec abnégation, dans ces différents pays pour conduire cette opération. Pour ce faire, environ, 800 kits d’enrôlement biométriques sont convoyés dans ces différents pays. Au moment où nous tenons cette cérémonie, nous avons un souci pour faire entrer nos Kits biométriques dans 2 pays,  à cause du lithium dans les batteries de nos ordinateurs. Nous nous excusons auprès de nos compatriotes dans ces pays, de ne pas pouvoir débuter l’enrôlement aujourd’hui. Nos équipes s’activent pour que les choses rentrent dans l’ordre au plus vite.

Sinon au niveau de la CENI, nous avons travaillé d’arrache-pied depuis 5 mois, pour réunir les conditions du bon déroulement de cette opération d’enrôlement sur le fichier électoral des Burkinabè de l’extérieur.

C’est une grosse armada qui est déployée, avec 80 cadres de la CENI, une quarantaine d’ingénieurs informatiques pour la supervision et plus de 700 opérateurs de Kits. Ici en Côte d’Ivoire, nous allons déployer plus de 400 opérateurs. L’opération va durer 23 jours, soit du 4 au 26 janvier.

Le ministre d’Etat l’a indiqué dans son allocution, le gouvernement a consenti un énorme effort financier. Notre pays, comme vous le savez, fait face à une hargne sans nom de la part des groupes terroristes, l’obligeant à une guerre sans visage, extrêmement ruineuse en ressources financières. Malgré ce contexte très difficile, le gouvernement a mis les ressources nécessaires à la conduite de cette opération.

Monsieur le ministre d’Etat,

Chers compatriotes

Au niveau de la Côte d’Ivoire, selon les chiffres officiels, sur les 4 millions de Burkinabè qui y vivent, plus de 2 millions ont 18 ans et plus. Nous avons donc un potentiel de 2 millions d’électeurs. Seulement, pour être inscrit sur le fichier électoral, à l’étranger, il faut au préalable être immatriculé à l’ambassade ou au consulat général. Ce faisant et au regard du nombre des immatriculés dans les trois consulats généraux, Abidjan, Bouaké et Soubré et à l’ambassade même, il y a 1.300.000 immatriculés environ.

Combien aurons-nous d’inscrits sur le fichier électoral ? La balle est dans votre camp. Mais d’ores et déjà, il n’est pas possible d’imaginer que vous aillez conduit avec tant d‘âpreté une bataille pour un droit et puis au moment d’en jouir, excusez-moi l’expression, vous vous dégonfliez.

Après la Côte d’Ivoire, ce sont les pays de l’UEMOA qui accueillent le deuxième contingent important des Burkinabè de l’extérieur, notamment le Mali, le Sénégal, le Niger, le Togo et le Bénin. Dans la CEDEAO nous avons deux pays, le Ghana et le Nigeria. Pour le reste de l’Afrique nous avons le Gabon, le Tchad, l’Afrique du Sud, l’Egypte, la Libye, la Tunisie et le Maroc.

En Europe occidentale, nous avons la France, la Belgique, l’Italie et l’Allemagne. Au proche Orient l’Arabie Saoudite et En Amérique, les Etats-Unis et le Canada.

Sur l’ensemble de la Diaspora nos projections hautes sont autour de 2,5 millions d’électeurs et nos projections basses autour de 1,5 millions d’électeurs. Ce sont les chiffres sur lesquels nous avons travaillé. L’heure de l’épreuve du terrain a sonné. Chers Burkinabè de l’étranger, à vous de jouer. Le 26 janvier prochain, on saura ce que vous aurez décidé.

En attendant ce verdict, je voudrais, au nom de la CENI, dire toute notre reconnaissance à l’ensemble des ambassadeurs et consuls généraux de notre pays dans les 22 pays cités plus haut où les enrôlements vont se dérouler. Traduire notre gratitude au ministre d’Etat, ministre de l’Administration Territorial, notre interlocuteur au gouvernement. Monsieur le ministre d’Etat nous vous prions de transmettre nos remerciements chaleureux à vos collègues de l’Intégration Africaine et des Affaires étrangères et de la Coopération. Si nous avons pu mettre nos démembrements à l’extérieur, si nous pouvons conduire la présente opération dans une relative efficacité, nous le devons à leur constante sollicitude.

Au président du Faso, notre déférente considération pour son écoute et son engagement qui n’a pas été jusque-là pris à défaut, en ce qui concerne la concrétisation du processus qui va permettre aux Burkinabè de l’extérieur de voter en 2020

Monsieur le ministre d’Etat

Chers frères et sœurs de la Diapora

L’évènement qui nous réunit, ce tient aux premiers jours de l’année 2020. Je voudrais donc vous adresser mes vœux de pleine réussite pour chacune et chacun.

Demander la paix pour notre patrie, la cohésion sociale au sein de ses filles et fils pour qu’ensemble, unis dans les valeurs de dignité et d’intégrité nous vainquions l’hydre terroriste. Comme dit une sagesse bien de chez nous «si la case n’est pas fendiée, les lézards ne peuvent pas y pénétrer».

Dieu aide notre pays

Mais nous ne devons pas oublier que «Dieu aide, ceux qui s’aident»

Je vous remercie