@Informateur.info- Une dizaine de personnalités dont l’ex-Chef de l’Etat, Blaise Compaoré, sont renvoyées devant la juridiction de jugement pour répondre des accusations portées contre elles dans le cadre du dossier de l’assassinat de Thomas Sankara, ex-président du Faso (1983-1987). Cette décision de la justice militaire du Burkina Faso est diversement interprétée au sein de la communauté burkinabé vivant en Côte d’Ivoire.

Pour Daouda Kaboré, président du mouvement de la société civile, “La voix des sans voix”, c’est une décision “juridico-politique”. Selon lui, “on ne peut pas parler de réconciliation nationale et activer la justice”.

Le président du Faso a fait de la réconciliation nationale plus qu’un thème de campagne, une promesse au peuple burkinabé. Ce qu’il a traduit en acte en créant un ministère d’État en charge de la réconciliation nationale. Comment peut-il favoriser cette réconciliation si des personnes sont poursuivies pour des faits qui datent de plus de trente ans?”, interroge M. Kaboré avant de poursuivre que “ceux qui actionnent, aujourd’hui, la justice étaient avec Blaise Compaoré hier. Comme lui, ils sont, également, comptables des faits reprochés à Blaise”, soutient le président Daouda Kaboré dit Le Barbu qui conclut que “cette décision ne fait pas avancer le pays”.

Le président de la Fédération des associations burkinabè de Côte d’Ivoire (Fedabci), Sia Koudougou ne dit pas le contraire. “Il aurait fallu un geste d’apaisement allant dans le sens de la réconciliation nationale. Cette décision de justice ne favorise pas la réconciliation prônée par les autorités burkinabè. Et c’est regrettable !”, déplore-t-il.

Ouigba Abdoulaye, président de la Coordination des associations burkinabè  en Côte d’Ivoire (Cabci) ne voit pas la question de la même façon. Pour lui, “il faut laisser la justice faire son travail”.

La justice est indépendante. Qu’elle fasse son travail. Maintenant si pour les besoins de la réconciliation, l’Exécutif doit agir après par une grâce présidentielle en cas de condamnation ou une amnistie, c’est autre chose. Si on laisse la justice pour aller à la réconciliation, ça risque de créer d’autres problèmes”, explique M. Ouigba ajoutant que “accuser quelqu’un ne veut pas dire qu’il est coupable”. Dans cette affaire, précise-t-il, “il faut apaiser les cœurs des parents des victimes. Ainsi, on peut aller, définitivement, à la paix”, concède Ouigba Abdoulaye.

Pour sa part, le Secrétaire général adjoint du CDP (parti de Blaise Compaoré) section Côte d’Ivoire, Kindo Issaka, n’a pas souhaité réagir à la décision de la justice militaire.

Le délibéré de la chambre d’accusation du tribunal militaire de Ouagadougou portant confirmation des charges contre Blaise Compaore et 13 autres personnes mises en accusation dans l’affaire Thomas Sankara, a renvoyé, mardi, Blaise Compaoré, Gilbert Diendéré, Yacinthe Kafando, Bossobè Traoré, Nabonswendé Ouédraogo, Idrissa Sawadogo, Yamba Elysée Ilboudo, Tibo Ouédraogo, Albert Pascal Sibidi Belemlilga, Diakalia Démé, Mori Aldjouma Jean-Pierre Palm, Alidou Jean Christophe Diébré, Hamado Kafando et Ninda Tondé dit Pascal “devant la juridiction de jugement afin d’être jugés conformément à la loi” indique le dossier du délibéré. Pour l’heure, la date du procès n’est pas encore connue.

Alfred SIRIMA