@Informateurinfo- Le moins que l’on puisse dire, c’est que la construction de la «Maison du Burkina», prend des allures de serpent de mer. Cette «Maison du Burkina» devrait pourtant regrouper sur un site de 5.886 m² l’Ambassade, le Consulat général, la résidence de l’ambassadeur, une salle de conférence de 800 places, quatre cabines de traduction, une salle d’exposition, des bureaux pour les associations de la diaspora burkinabè en Côte d’Ivoire et des boutiques. La tour de 17 étages comprendra aussi un complexe immobilier en deux parties, et un immeuble bas de trois étages. C’est une œuvre architecturale conçue par l’architecte burkinabé Sawadogo Wango Pierre. Commencée en 2014 sous Blaise Compaoré qui en est l’initiateur, cette maison qui portait les espoirs des Burkinabè de la Diaspora en Côte d’Ivoire et qui était censée s’achever deux années plus tard (2015), continue d’être en chantier. Au grand dam des bénéficiaires qui continuent à s’acquitter de leur contribution depuis 24 ans.

Escroquerie ou incurie? La question vaut son pesant d’or. Puisque près de 5 ans après le début des travaux, la «Maison du Burkina» qui devait être achevée en 2015 n’est toujours pas fonctionnelle. Et pourtant, les contributions qui devaient être payées en une seule fois par chaque Burkinabè de la diaspora, se font de manière continue. Sans que personne ne s’en émeuve.

–          23 ans de prélèvement continu

En effet, c’est en 1993 que l’ancien président Blaise Compaoré, en visite officielle à Abidjan émet l’idée de la construction de la «Maison du Burkina» qui devait faire office ‘’de zone franche’’ pour les ressortissants de l’ancienne Haute-Volta, c’est-à-dire que cette maison devait abriter à la fois l’Ambassade, le Consulat et bien d’autres entités ‘’battant pavillon burkinabè’’. Dès que le projet est mis sur la table par l’ex-PF, ses compatriotes résidant en Côte d’Ivoire marquent leur accord et acceptent spontanément de contribuer à la construction de l’édifice.

Dans la foulée, le montant de cette contribution est fixé à 1.500FCFA. Et pour sécuriser cet argent, les autorités décident de l’incorporer aux frais de la carte consulaire qui était à 3.200 FCFA. De ce fait, le coût de cette carte passe à 4.700 FCFA. Aussi, de 1996 à 2014, les Burkinabè de la diaspora en Côte d’Ivoire s’acquittent-ils régulièrement de leur contribution via la carte consulaire. Le principe de l’unicité de cette contribution est également arrêté. Dès lors, tout ‘’diaspo’’ qui est amené à renouveler sa carte consulaire après avoir fait la preuve du paiement de sa contribution, n’est tenu de payer que 3200 FCFA. La contribution de 1.500 FCFA n’étant pas reconductible, en principe. Mais à quoi assistons-nous? A tout autre chose, puisque depuis 2014 qui correspond à l’année de la cession de l’établissement de la carte consulaire dite biométrique à la société de droit ivoirien Sneidai, la contribution continue à être payée par les Burkinabè de la diaspora résidant en Côte d’Ivoire.

De plus, le coût de la carte est passé à 7.000 FCFA ; fixé par un décret interministériel à savoir le ministère des Affaires étrangères, le ministère de l’économie et des finances et celui de l’administration territoriale. Selon nos investigations, sur les 7.000 FCFA, Sneidai empoche 4100 FCFA, l’Etat burkinabè 1400 FCFA comme  quotte- part et 1.500 FCFA au titre de la contribution que paie chaque burkinabè sur l’établissement d’une carte consulaire pour la construction de la «Maison du Burkina». Le comble, c’est que tout le monde a été appelé à payer les 7.000 FCFA, ce qui veut clairement dire qu’on a fait payer deux fois la contribution à ceux qui ont procédé au renouvellement de leur carte consulaire. On a donc fait table rase des contributions antérieurement payées (1996-2014). Or, à la pose de la première pierre de la construction de la Maison du Burkina, Djibril Bassolé, alors ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération régionale révélait que durant les 18 ans de contribution, seulement six cent millions de francs CFA (600.000.000 FCFA) avaient été recueillis. Un montant qui n’a pas manqué de susciter un tollé général au sein de la communauté qui s’attendait à bien plus. Et la communauté a bien eu raison de douter du montant rendu public par le ministre Djibril Bassolé, puisque quatre ans après, en 2017, un rapport d’audit de l’Autorité Supérieure de Contrôle de l’Etat (ASCE) révélera qu’il y a eu malversations et détournements massifs de cet argent durant les années de collecte. Des actes qui n’ont pas été suivis jusque-là de sanctions.

–          Pour une contribution qui ne va plus servir à la cause initiale

Quant aux nouvelles contributions, il ressort d’un entretien que nous avons eu avec l’Ambassadeur du Burkina Faso en Côte d’Ivoire, Son Excellence Mahamadou Zongo en 2018 que  952.454 burkinabè avaient été enrôlés  à la date du 31 décembre 2017.  Sur cette base nous déduisons qu’à cette date également la part contributive à la construction de la «Maison du Burkina» de la diaspora était de un milliard quatre- cent vingt-huit millions six cent six-huit mille FCFA (1.428.000.000). Quel était ce montant à la date du 31 décembre 2018 et quel est ce montant à la date d’avril 2019? Si nous l’ignorons nous savons en revanche que ces contributions continuent à être versées. Depuis 2019, toutes les cartes consulaires produites par Sneidai arrivent à expiration. Et le comble est que lors du renouvèlement pour ceux qui s’y sont déjà soumis, la contribution de 1.500 FCFA reste toujours due. Ce qui veut dire qu’en 5 ans (durée de la validité de la carte) le requérant aura payer 3.000 FCFA de contribution là où ce n’était que 1.500 FCFA qui devrait lui être réclamée. Et si l’on tient compte des 1.500 FCFA qu’il avait déjà payés sous l’ancien format de la carte consulaire on lui aura soustrait 4.500 FCFA. Manifestement, on est face à un système dans lequel les ressortissants burkinabè en Côte d’Ivoire sont pris comme une vache à lait. Une communauté ‘’d’ignorants’’ malléables, corvéables et taillables à merci qui continuent à être grugés. Il est temps d’y mettre le holà ! Le vol a assez duré, pour ne pas dire trop!

Mais, ce n’est pas tout. Puisque lors de la pose de la Premier pierre, il est ressorti que les travaux de construction, évalués à 20 milliards de FCFA et confiés à l’entreprise turque Decotek, étaient prévus pour s’achever en 2015. Mieux, la tour de 17 étages devrait être construite en système BOT par le promoteur. La question que l’on se pose tombe alors sous le sens : pourquoi continuer de prélever la contribution de la Diaspora? Quel est le sens de cette contribution qui n’en finit pas et qui ne servira pas aux travaux de contribution? Il est tout simplement temps que la diaspora commence par réclamer la levée de l’arrêté interministériel pour obtenir la réduction du coût de la carte consulaire. Puis qu’elle s’organise pour réclamer que ses contributions de longues années qui ne serviront pas finalement à la construction de la fameuse «Maison du Burkina» lui soient restituées sous la forme d’un fonds dont elle définira les objectifs à son profit.

Jean François Fall

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