Léonce Koné est l’une des quatorze personnalités dont la justice burkinabé a annoncé le gel des avoirs, le 26 septembre, en raison de leur soutien présumé au coup d’État manqué des éléments du Régiment de sécurité présidentielle (RSP), le 16 septembre. Le deuxième vice-président du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), l’ancien parti au pouvoir, nie tout lien avec les putschistes. Il règle aussi ses comptes avec ses camarades du parti et dévoile ses ambitions.
Jeune Afrique : Quelle est votre réaction après l’annonce par la justice du gel de vos avoirs ?
Léonce Koné : J’en ai entendu parler, je l’ai lu sur l’internet, mais je n’ai pour l’heure reçu aucune notification. Cela ne doit pas se passer ainsi dans un État de droit. Le secret de l’instruction devrait être respecté. Ce n’est pas sur le web ni à la télévision que l’on divulgue ce genre de choses avant même d’avoir entendu les intéressés. C’est une mauvaise manière de faire. En tout état de cause, lorsque nous aurons reçu la notification, je saisirai mes avocats, tout comme le CDP, et nous ferons appel de cette décision.
Avez-vous commandité ou soutenu financièrement le coup d’État ?
Non, je n’ai pas soutenu le coup d’État, pas plus moi que la direction du CDP. Comme tout le monde, nous avons été surpris. Cela dit, nous avons dit, moi et d’autres, qu’une des raisons qu’avançaient les auteurs du coup d’État, à savoir qu’ils voulaient mettre fin à l’exclusion, était une position que nous partagions. Cela ne signifie pas que nous avons fait un coup d’État.
Quels sont les liens de Gilbert Diendéré avec le CDP ?
Il n’est pas membre des organes du CDP. Son épouse en est membre, si c’est cela que vous voulez me faire dire. C’est tout.
Que faut-il faire de lui ?
Je n’en sais rien. C’est une question qui devrait être tranchée dans le cadre du dialogue placé sous l’égide de la Cedeao.
Le Régiment de sécurité présidentielle (RSP) a été dissous le 25 septembre. Est-ce une bonne chose ?
Je ne sais pas. C’est une question d’organisation militaire, or on en a fait une question politique. Ce qui avait été arrêté lors de la médiation de la Cedeao, c’était que cette question serait tranchée par les autorités issues de l’élection. J’aurais préféré que l’on s’en tienne à cela. Ce genre de mesure ne fait qu’accroître les crispations. Ce n’est pas opportun.
Le dialogue est-il toujours possible aujourd’hui ?
Il est indispensable, car s’il n’y a pas de dialogue, le pays éclate. Je souhaite que nous suivions la recommandation de la Cedeao : c’est-à-dire que nous engagions un dialogue inclusif afin de trouver des solutions aux divergences que nous avons. On ne pourra pas sortir de cette crise par des mesures autoritaires ou arbitraires.Le Burkina est un pays difficile à diriger. Or j’ai toujours douté de la capacité d’Eddie Komboïgo à pouvoir gérer une telle situation.
Vous revendiquez toujours le droit de participer aux élections présidentielles et législatives ?
Oui, naturellement. Pas seulement pour l’intérêt seul du CDP, mais aussi pour la démocratie. Et pour que demain, les autorités élues soient acceptées par le peuple burkinabé.
Le CDP n’a-t-il pas fait une erreur en choisissant comme candidat à la présidentielle Eddie Komboïgo, en dépit des risques qui pesaient sur sa candidature ?
Là n’est pas la question. Si on se place sur le plan de la légalité, il n’y a pas de raisons d’empêcher un candidat de se présenter. Maintenant, si vous me demandez si le choix d’Eddie Komboïgo était un bon choix en tant que personnalité, je dis non. Et ceux qui sont avec moi dans le parti savent que je l’ai toujours dit.
Pourquoi ?
Parce que la fonction de président du Faso est capitale. Le Burkina est un pays difficile à diriger. Or j’ai toujours douté de la capacité d’Eddie Komboïgo à pouvoir gérer une telle situation.
Doit-il quitter la présidence du CDP ?
Tout à fait. J’en ai la conviction. La crise que traverse le pays montre qu’il y a aussi une crise interne au CDP. La direction présidée par Eddie Komboïgo a failli. Lui-même est absent du pays depuis plusieurs jours. Je trouve cela inadmissible et irresponsable. Il faut en tirer les conséquences et renouveler la direction du parti le plus tôt possible. Je ne suis pas le seul à le penser.
Êtes-vous candidat ?
Oui. J’ai décidé de me présenter à la présidence du CDP. Mais je ne serai pas candidat à l’élection présidentielle, c’est très clair.
Au vu de ce qu’il se passe depuis un an au Burkina, vous ne vous dites pas que c’était une erreur d’avoir essayé de changer la Constitution pour permettre à Blaise Compaoré de briguer un nouveau mandat ?
Probablement oui, mais on ne refait pas l’histoire. Regardons l’avenir.
JeuneAfrique

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