Hamed Savadogo président de l'association Destins Liés

@Informateur.info- Président de l’association Destins Liés, née des cendres du Conseil national de la jeunesse burkinabè en Côte d’Ivoire (cnjbci), Hamed Savadogo explique dans cette interview qu’il a accordée à Informateur.info les raisons du changement de dénomination de sa structure et crache ses vérités à la Représentation diplomatique et consulaire en Côte d’Ivoire. Entretien.

  • Hamed Savadogo, on vous a connu d’abord en qualité de vice-président du Collectif des associations et mouvements de jeunesse burkinabè (Camjbci). Mais depuis 3 ans, vous êtes le président du Conseil national de la Jeunesse Burkinabè en Côte d’Ivoire (CNJBCI). Comment s’est opérée cette mutation?

Je voudrais avant tout dire merci au site Informateur.info pour tout le travail qu’il abat sur la scène ivoirienne, burkinabè et de la sous-région. C’est un travail remarquable que j’apprécie et voudrais saluer  la constance de son promoteur, mon compatriote Alexandre Lebel Ilboudo. Pour revenir à la question, je voudrais dire qu’il n’y a pas eu de changement en tant que tel. Le Collectif des associations et mouvements de jeunesse burkinabè en Côte d’Ivoire était un joyau pour moi, un esprit. A travers les combats que nous avons menés, j’ai été guidé vers le Conseil national de la jeunesse burkinabè en Côte d’Ivoire. Le Conseil national des Burkinabè est l’une des plus vieilles associations burkinabè en Côte d’Ivoire. J’ai donc été heureux d’avoir été retenu pour être le président de la jeunesse de cette structure parmi beaucoup de jeunes leaders au niveau de la Côte d’Ivoire. Le Camjbci reste, pour moi, la source d’inspiration au niveau de la combativité. Il y a eu récemment une assemblée générale extraordinaire et j’ai été reconduit au poste de vice-président de ce collectif, ce n’est pas par hasard. Tout le monde sait les efforts et les apports des uns et des autres. J’ai donc voulu accompagner le Conseil national des Burkinabè en Côte d’Ivoire en l’aidant à identifier et à promouvoir une jeunesse dans sa structure. C’est un travail précurseur que je mène au sein du Conseil en ce qui concerne la jeunesse.

  • Avez-vous été élu ou nommé au CNJBCI?

Au sein du Conseil national des Burkinabè en Côte d’Ivoire (CNBCI), j’ai été nommé par le président Salogo Mamadou comme la plupart de ses collaborateurs en qualité de président de la branche jeunesse. Mais je voudrais faire remarquer que pour le compte de la jeunesse j’ai été élu. Mais bien avant, j’ai travaillé avec le président Salogo Mamadou au sein de l’association du Yatenga en Côte d’Ivoire. Ceci explique peut-être mieux pourquoi je suis aujourd’hui président de la jeunesse du Conseil national des Burkinabè en Côte d’Ivoire. C’est une vocation clairement exprimée et affichée au profit de la jeunesse. J’ai une expérience à partager et des objectifs communs à atteindre avec la jeunesse burkinabè.

  • Quelle est la place du CNJBCI par rapport au Conseil national des Burkinabè en Côte d’Ivoire présidé par M. Salogo Mamadou?

Le Conseil national de la jeunesse burkinabè en Côte d’Ivoire est autonome. J’ai été coopté par le président Salogo Mamadou au niveau du Conseil pour redynamiser la branche jeunesse. Dans la même veine, il y avait eu également une présidente des femmes du Conseil qui avait été nommée. C’est un Conseil de jeunesse qui est autonome et qui incarne au moins 50% des jeunes leaders de la diaspora burkinabè en Côte d’Ivoire.

  • On a le CAMBJCI, la Coordination des associations Burkinabè en Côte d’Ivoire, la Fédération des associations burkinabè en Côte d’Ivoire et le CNJBCI. Est-ce qu’on peut espérer un jour avoir une faîtière unique et forte de la jeunesse burkinabè en Côte d’Ivoire?

Vous me posez là une très bonne question. C’est un objectif que chérissent les leaders de jeunesse burkinabè en Côte d’Ivoire. Et votre question est tellement bien posée qu’elle me demande s’il y a un espoir. Je répondrai par l’affirmatif, il y a en effet de l’espoir.  J’ai foi parce que l’union fait la force. Et même si notre génération n’y parvenait pas parce qu’elle a été manipulée politiquement, parce qu’elle a cédé à la corruption, nos enfants y arriveront parce que cet idéal s’imposera à eux. Il nous appartient à nous qui n’avons pas hérité de la bonne organisation de notre communauté de travailler à faire prospérer la confiance auprès de nos enfants pour qu’ils relèvent ce défi. Je voudrais aussi profiter pour préciser que je n’ai aucun problème avec personne, avec aucun leader de la communauté. Je les respecte tous parce que être à la tête d’une association n’est pas facile. Ils font face à des insolences, à des médisances à bien de méchancetés insoupçonnées. Mais arrêtons de complexer notre jeunesse, arrêtons de manipuler la jeunesse à des fins politiques. Je prie pour que chaque leader ait les moyens de poursuivre ses objectifs sans avoir à se compromettre avec les hommes politiques et les hommes d’affaires.

  • En novembre dernier, l’Ambassade du Burkina Faso en Côte d’Ivoire a indiqué dans un communiqué que la dénomination de votre structure portait à confusion avec le Conseil national de la Jeunesse qui est une institution au Burkina Faso. Comment avez-vous réagi à cette note?

La pilule a été difficile à avaler mais venant de l’autorité, il fallait savoir se ménager et rouler la langue au moins sept fois avant de sortir un mot. Je voudrais d’abord mon respect pour l’Ambassadeur pour tout le travail qu’il abat au profit de la communauté. Le seul conseil que j’aie à lui donner en tant que leader c’est de lui demander de faire en sorte que l’on n’ait pas le sentiment que dans sa gestion il y a deux poids deux mesures. S’il faut privilégier X aux côtés de Y pour abattre Z, il aura échoué. Son rôle est de nous rassembler et de jauger la communauté à travers ses multiples associations pour créer un dogme communautaire. Il doit le faire de façon honnête et diplomatique. Cela aura le mérite de servir à l’avenir pour nos enfants. Mais le contraire sera néfaste pour notre communauté.

  • Vous n’avez pas répondu à la question?

Dire que le Conseil national de la jeunesse burkinabè en Côte d’Ivoire prête à confusion c’est manquer quelque peu de vérité. Parce que le même Ambassadeur a soutenu ici les activités de ce même Conseil. Ça a été le cas lors de la rupture collective en faveur des routiers burkinabè où il a fait venir le Consul général d’Abidjan. C’est encore ce Conseil avec l’appui de l’Ambassadeur qui a participé à l’organisation de la journée de soutien au président du Faso à Abidjan dans la lutte contre le djihadisme. C’est le même Conseil qui a mené des activités à Sinfra, à Fresco, à Guibéroua. C’est avec le soutien et la caution de l’Ambassadeur que nous avons pu réaliser toutes ces activités entre 2018 et 2019. En ce moment-là, le Conseil national de la jeunesse burkinabè en Côte d’Ivoire ne prêtait pas à confusion. Il a fallu un forum de la jeunesse au Burkina organisé par le Conseil national de la jeunesse qui veut étendre son réseau pour qu’on estime que le Conseil national de la jeunesse burkinabè en Côte d’Ivoire prête à confusion. La différence ici est que ma structure est une association de droit ivoirien alors que l’autre est une institution burkinabè. Mais comment peut-on demander à une association en Côte d’Ivoire de s’effacer au profit d’une institution au Burkina? Encore que cette institution n’est pas représentée en Côte d’Ivoire. Et personne ne sait si je vais briguer ce poste quand il sera en Côte d’Ivoire. Donc il n’est pas exclu que j’ajoute cette structure à la mienne si je suis élu.

  • Dans la foulée, vous avez organisé courant novembre, une journée de la fraternité à Progoury qui a été un succès dans la localité de Sinfra d’où vous êtes natif. A l’occasion vous aviez fait beaucoup mention du vocable «Destins liés». Faut-il interpréter ce terme comme la nouvelle dénomination de votre structure?

Je pense que l’Ambassadeur est allé trop loin. Mais je sais qu’aller contre lui c’est faire front contre les institutions de son pays, c’est aller contre le gouvernement de son pays. Tel n’est pas mon souhait. C’est d’ailleurs pourquoi j’ai réuni mon bureau et nous avons débattu de la question. Ça été houleux parce que les uns et les autres n’étaient pas d’accord. Mais je leur ai dit qu’il ne nous appartenait pas de désavouer l’autorité. C’est ainsi que nous avons tenu une assemblée générale au cours de laquelle le nom Synergie Destins Liés a été adopté.

  • Les objectifs restent-ils les mêmes?

Oui Destins Liés prend en compte toutes les entités, toutes les ONG qui prônent la fraternité et la solidarité du peuple burkinabè.

  • De façon générale, la Représentation diplomatique et consulaire a décidé que désormais elle n’admettrait plus certaines appellations pour les d’associations. Il s’agit de Conseil, Haut Conseil, etc. Elle entend également mettre de l’ordre dans l’élection ou la désignation des chefs. Soutenez-vous ces mesures?

Il faut que l’Ambassadeur fasse en sorte que ses propos et son comportement soient en harmonie avec la fonction qu’il incarne. Je pense qu’il indexe des associations par rapports à d’autres associations. Je ne sais pas ce qu’il reproche à une association qui s’appelle Haut Conseil ou Conseil par rapport à une Fédération, un Collectif ou une Alliance. Alors qu’il est simple de discuter avec ces structures. Pour moi, tant que ces structures ont des adhérents et mènent des activités sur le terrain je ne vois pas le problème. On ne peut pas décréter depuis son bureau de ne plus travailler avec des associations qui existent avant votre nomination. Pourquoi ne pas convoquer les leaders associatifs pour avoir une discussion sur la question. Cela aurait permis d’entendre les concernés. C’est tellement simple que d’imposer tout en sachant qu’un autre Ambassadeur pourrait demain ne pas partager son avis sur la question. Nous refusons ce diktat. Je suis d’accord pour une meilleure organisation des associations mais pas pour leur extinction.

  • Hamed Savadogo est bien connu pour son dynamisme et son engagement pour la diaspora. Ce qui se justifie d’ailleurs par votre parcours. La question que l’on se pose est de quelle obédience politique êtes-vous. ADF/RDA, UPC, CDP, ou MPP, pour ne citer que ces grandes formations?

Cette question me revient beaucoup dans les interviews avec la presse. Pour vous dire la vérité j’ai reçu chez moi le MPP, le CDP, l’UPC et j’en passe. Je voudrais me réjouir de la considération que ces formations politiques que je respecte ont eu à mon égard. Mais à ces formations politiques, je leur ai dit que je me suis engagé depuis 5 ans avec des amis et des collaborateurs dans la lutte pour l’effectivité du vote de la diaspora burkinabè. Aujourd’hui, ce combat est en train de porter ses fruits mais ma satisfaction sera totale le jour où je verrai les burkinabè de l’extérieur mettre leur bulletin dans l’urne pour choisir leur candidat à la présidentielle. Ce jour-là, je crierai victoire et dirai haut et fort dans quel parti politique je vais militer.

  • Il se raconte pourtant que vous avez été démarché par le MPP. Vrai ou faux?

Je suis démarché par le MPP, c’est vrai. Je suis aussi démarché parle CDP et bien d’autres partis mais comme je vous l’ai dit je n’adhère pour l’heure à aucun parti politique. En 2025 je n’aurai pas encore 50 ans, je suis encore jeune et j’ai tout mon temps pour faire la politique.

  • Le manque d’une organisation harmonise de la diaspora burkinabè notamment celle d’Abidjan fait qu’on ne sent pas véritablement un élan de solidarité avec la mère patrie meurtrie par les attaques terroristes. Que fait ou que propose votre structure?

Visiblement notre structure a toujours soutenu la mère patrie parce que notre philosophie est de soutenir les deux Etats, le Burkina Faso avec à sa tête le président Roch Marc Christian Kaboré et la Côte d’Ivoire avec le président Alassane Ouattara. Le soutien est multiforme et ne s’exprime pas que par la collecte d’argent mais aussi et surtout par les rencontres de prières et des actions de sensibilisation et d’exhortation à l’unité et à la solidarité. Je pense aussi que si collecte de fonds il doit y avoir, il revient à la Représentation diplomatique et consulaire d’initier ce projet. Mais vous comprendrez qu’il lui sera difficile de le faire du moment où la Représentation est préoccupée par des confusions de dénominations d’associations.

  • Nous sommes à quelques heures du nouvel an. Quels sont vos souhaits pour la diaspora Burkinabè en Côte d’Ivoire?

Je prie Dieu pour la nouvelle année qui démarre dans quelques heures de veiller sur le Burkina Faso en touchant le cœur de ceux qui l’agressent et l’endeuillent. Que le Burkina soit libéré de tous ces terroristes. Mes prières vont également à l’endroit des autorités militaires, gouvernementales et politiques. Que Dieu les éclaire dans leurs actions. Pour la Côte d’Ivoire, où l’année s’achève sur des notes d’inquiétudes, je prie que les acteurs soient gagnés par la sagesse et qu’ils privilégient en toute circonstance le dialogue et la réconciliation. A l’endroit de la diaspora burkinabè en Côte d’Ivoire, je leur adresse mes vœux les meilleurs de santé, de prospérité et prie pour que son droit de vote soit effectif en 2020.

Propos recueillis par Géneviève MADINA