Poste avancé de la gendarmerie de Yendéré

@Informateur.info- Après avoir essuyé à deux reprises en l’espace de neuf mois deux assauts meurtriers des terroristes, le poste de police et le poste avancé  de la gendarmerie de Yendéré, situés à la frontière avec la Côte d’Ivoire se sont érigés des barricades pour contenir la menace. Informateur.info s’est attardé sur ce nouveau dispositif sécuritaire. Reportage.

Yendéré, ce dimanche 15 décembre 2019. Il est 9 heures. Le poste de gendarmerie avancé, premier point de contrôle avant de rentrer sur le territoire burkinabè, n’a plus le même décor qu’il y a quelques mois. Une clôture haute de sept couches de briques encercle désormais le poste. Les passagers des cars en provenance  de la Côte d’Ivoire qui étaient contrôlés pratiquement dans la cour, sont désormais tenus hors de la clôture.

A l’intérieur de cette forteresse opportunément dressée, sont disposés à la fois des sacs de sable et des barriques en guise de boucliers. Des projecteurs y ont été installés et le groupe électrogène a été renforcé par une installation de source d’énergie solaire. Comme s’il s’agissait d’une consigne stricte, chaque gendarme porte désormais en permanence sa  kalachnikov. Moins distraits, les pandores burkinabè ont les regards plus inquisiteurs que par le passé. «Il n’est pas question de nous laisser surprendre», lâche l’un deux à qui nous avons échangé un bonjour et des mots d’encouragement.

  • La région frontalière se militarise
De géants sacs de sable ont été dressés comme bouclier par la police

En effet, de plus en plus dans la ligne de mire des combattants djihadistes, les postes des forces de sécurité burkinabè à la frontière avec la Côte d’Ivoire, ont renforcé leur dispositif sécuritaire. A quelques encablures du poste avancé de la gendarmerie, se trouve le poste de police de Yendéré qui, il faut le rappeler, a subi sa deuxième attaque dans la nuit du 30 novembre au 1er décembre dernier, après celle du 29 mars 2019. La dernière attaque a fait deux blessés et d’énormes dégâts matériels. Des traces d’impacts de balles sont encore visibles sur le bureau du système d’analyses des données et des informations migratoires (MIDAS), inauguré en 2017.

Mais en dépit de ce décor désastreux, les ordinateurs fonctionnent encore et l’enregistrement des détenteurs des passeports se poursuit. A droite, le bureau aux couleurs ocre rouge avec l’enseigne «Police frontalière de Yendéré» porte encore les traces noires de l’incendie qui l’a ravagé lors de l’attaque. Il n’empêche, la verbalisation des voyageurs sans papiers par les agents de police se poursuit juste à côté.

Si le travail s’y déroule normalement malgré le décor laissé par l’attaque du 30 novembre dernier, le dispositif sécuritaire a, quant à lui, changé. Un mur y a été érigé et des sacs de sables disposés comme bouclier. Là aussi, c’est l’arme au poing ou en bandoulière que les policiers travaillent. Pour autant, les commerces dans les environs de ce poste, tout comme celui de la gendarmerie n’ont pas été interdits. Pas plus que les forces de l’ordre ne donnent dans des excès. Le terrorisme a sans doute changé le visage sécuritaire de la région mais il n’a pas entamé, du moins pour le moment, le sang-froid et la courtoisie des forces de sécurité vis-à-vis des voyageurs et de tous ceux qui empruntent ces routes.

  • Les contrôles se font désormais armes au poing
C’est la kalachnikov en bandoulière que les bagages sont contrôlés

L’autre point de contrôle, c’est le poste douanier  à l’entrée de Niangoloko, l’un des départements de la province de la Comoé. A ce niveau, c’est aussi la kalachnikov en bandoulière que les douaniers inspectent les bagages des voyageurs. Passé ces points, nous constaterons que dans l’ensemble des régions des Cascades, des Hauts-bassins et de la Boucle du Mouhoun, c’est-à-dire depuis Niangologo jusqu’à Boromo en passant par Banfora et Bobo Dioulasso, en ville comme dans les entrées et les sorties, les forces de sécurité burkinabè veillent au grain. Des barricades ont été dressées aux entrées des commissariats, et des gendarmeries en ville quand pour les check-points des hangars bunkérisés ont été aménagés.

Ces dispositifs sécuritaires résisteront-ils aux armes lourdes dont font usage de plus en plus les assaillants? En tout état de cause, les forces de sécurité burkinabè en alerte maximale espèrent ne plus avoir à être surprises. Ce, grâce à un réseau de renseignements qu’ils ont affiné, apprend-on.

En effet, sous l’ancien patron de la gendarmerie de Yendéré, l’adjudant Jean Konkobo, rapporte-on, la gendarmerie en synergie avec la police était parvenue à traquer et à débarrasser les coupeurs de route qui avaient profité de la crise politico-militaire ivoirienne pour écumer la zone. «Nous avions un système de renseignement efficace à cette époque», fait remarquer une source sécuritaire. Malheureusement, aujourd’hui la nature de la menace n’est plus la même. Il n’empêche, les forces de sécurité burkinabè renforcent leurs emprises militaires et jurent de gagner cette guerre asymétrique.

Alexandre Lebel Ilboudo

Envoyé spécial Informateur.info