Difficile de se faire établir une simple pièce consulaire

@Informateur.info- Sept ans après l’entrée en vigueur de la carte consulaire biométrique burkinabè en Côte d’Ivoire concédée à la société Snedai par l’Etat burkinabè, les requérants continuent de subir dans l’indifférence et le silence des autorités burkinabè des pires désagréments qui jurent avec l’offre technologie du 21é siècle. Qu’on en juge!

Depuis le début du mois de janvier les demandeurs de la carte consulaire burkinabè peinent à se faire délivrer leur pièce d’identité dans les délais requis ; c’est à dire 3 jours pour ceux qui se font enrôler au Consulat au Plateau et une semaine pour ceux de l’intérieur. Ce délai est passé sans transition, à un mois voire plus, selon des reçus d’enrôlement dont nous avons eu connaissance. «Ça fait deux mois que j’attends, le premier rendez-vous n’a pas été respecté, le second également», raconte dame Sawadogo qui dit ne plus savoir à quel Saint se vouer.

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Pis, le nouveau récépissé d’enrôlement, soigneusement calqué sur le modèle des reçus de supermarchés, qu’elle tient, comme beaucoup d’autres d’ailleurs, a commencé à devenir illisible. L’adhésion de l’encre au papier laisse visiblement à désirer. Or si ce bout de papier venait à se perdre ou à se détériorer fortement, c’est un autre souci supplémentaire qui se pose au requérant. Dans cette grisaille, ou l’anormal semble être érigé en règle, la seule consolation de dame Sawadogo c’est de savoir qu’elle n’est pas seule dans cette situation. Et pourtant le cas des requérants en attente de la délivrance du sésame est bien meilleur que les abonnés au registre litige. Ici la notion de litige englobe les demandeurs qui ont le malheur- bien souvent par ignorance- de venir pour la énième fois se faire enrôler avec un document autre que celui usité initialement, ou encore ceux dont des erreurs se sont glissées dans leurs données, lors de la saisie. Plus d’un requérant a dû abandonner le projet de s’octroyer une carte consulaire en raison de la lenteur du traitement.

  • Depuis 7 ans que dure le calvaire des requérants

A côté de ces frustrés du processus, il y a cette catégorie de requérants dont le malheur débute au niveau de la prise des empreintes. Certains d’entre eux se sont déjà soumis à cet exercice soit au pays pour l’obtention de la carte nation d’identité burkinabè (CNIB) soit pour le permis de conduire sans la moindre difficulté. Mais à l’enrôlement pour la carte consulaire, la prise d’empreintes s’avère difficile, même après plusieurs essais. Un autre motif de frustration. Mais le comble, c’est quand parmi ces demandeurs certains sont contraints d’aller se faire établir à la demande de Snedai, un certificat médical à 50.000 FCFA pour pouvoir se faire enrôler pour une pièce qui coûte 7.000 FCFA.

L’autre catégorie de frustrés, ce sont ceux qui perdent à mi-chemin leurs pièces et qui sollicite un duplicata. Ces derniers selon nos investigations doivent non seulement produire une déclaration de perte établie dans un commissariat mais devrait à nouveau débourser 7.000 FCFA pour se voir rééditer sa pièce. Non seulement, ce requérant sera encore soumis au délai d’une semaine d’attente, voire un mois comme c’est le cas aujourd’hui, mais la carte qui lui sera éditée ne sera pas d’une validé de 5 ans mais du temps restant pour l’expiration de la carte égarée. Pendant ce temps, les délégués consulaires, relais des Consuls généraux sont confrontés à la colère des demandeurs. Eux qui gèrent au quotidien les requêtes de cartes consulaires.

Faut-il le rappeler, ce sont environ 300 enrôlements qui sont enregistrés chaque jour au Consulat général d’Abidjan. Ce qui donne plus de 6000 dossiers à traiter par mois contre 10.000 en moyenne pour l’ancienne carte consulaire à deux volets.

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Joint par téléphone, le mardi 13 avril 2021, pour avoir la version de la société Snedai, M. Zoungrana Etienne, chef du projet carte consulaire, a déclaré que le nouveau délai d’un mois a été convenu avec les autorités consulaires. «C’est en accord avec les autorités consulaires que nous sommes passés de deux semaines à un mois pour le délai de la délivrance de la carte consulaire», a-t-il réagi. Avant d’expliquer que ce fait est dû à l’introduction par la société de nouvelles tablettes dans le processus d’enrôlement des requérants. «Ces tablettes visent à performer. Et pour une meilleure maitriser de la production, et de l’agencement de l’existant par rapport aux nouvelles données, nous avons préféré ramener le délai de délivrance de la carte à un mois en accord avec les autorités consulaires», dira M. Zoungrana. Promettant que la direction de Snedai allait nous fournir au plus tard ce jeudi 15 avril 2021 davantage d’informations.

En attendant donc les explications de la direction de Snedai sur ce que les requérants considèrent comme de graves griefs, Informateur.info a joint M. Congo Rasmané, directeur juridique du Consulat Général d’Abidjan qui décline toute responsabilité. «Je ne sais rien de ce changement. Voyez du côté de l’opérateur qu’est Snedai, peut-être qu’il vous expliquera pourquoi d’une semaine on est passé à un mois pour la délivrance de la carte consulaire», dira- t-il. Précisant au passage qu’il ne participe pas aux réunions techniques de l’opérateur Snedai avec le chef consulaire pour savoir si c’est avec l’accord du Consulat général qu’il y a eu ce changement.

Comme on le voit, le problème demeure entier et dans cette situation la communauté burkinabè semble être abandonnée par ses administrateurs à son propre sort face à un opérateur qui change les règles du jeu selon sa volonté. Jusqu’à quand Snedai imposera ses méthodes à la communauté burkinabè?

Jean-François FALL