@Informateur.info- Président de l’Association pour la Défense de la Démocratie et les Libertés (ADDL), Diomandé Adama réagit à la libération de l’ancien président Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé. Il en profite pour inviter les partisans des deux hommes à la retenue, tout en espérant que cette nouvelle donne puisse réconcilier les Ivoiriens. Entretien.
 
L’ancien président Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé ont été libérés, le mercredi 31 mars dernier en appel, définitivement, par la Chambre d’Appel de la CPI, quelles sont vos impressions?

Je félicite les partisans de Laurent Gbagbo, les GOR, qui, depuis 10 ans, se sont battus sous le soleil, sous la pluie, sous la neige, avec conviction pour défendre leur leader. Les Ivoiriens veulent se réconcilier et aujourd’hui, aucun ivoirien ne peut être contre cette décision. Mais il y a des choses qu’il faut savoir et qu’il faut prendre en compte. Sous la mandature de l’ex-président Laurent Gbagbo, il y a eu une guerre qui a fait plus de 3000 morts. En écoutant Simone Gbagbo, aujourd’hui, elle dit qu’il y a eu plus de 36.000 morts. Elle dit que cela date de 2002. Mais cette année-là, qui était le président de la République? C’était Laurent Gbagbo. Cela voudrait dire qu’il a failli à ses obligations de chef de l’Etat. Et ça, c’est une réalité. Et 10 ans de prison ne pourront pas effacer cela. S’il a fait toutes ces années en détention, c’est que sous sa mandature, il y a eu quelque chose de mauvais qui s’est passée dans notre pays. Maintenant, son retour est fêté par ses partisans, ils ont tout à fait le droit de le faire, mais qu’ils n’oublient pas que sous la mandature de leur leader et celle du FPI, la Côte d’Ivoire s’est déchirée, il y a eu plus de 3000 morts officiellement et il y a également eu une cassure, et ça c’est important de le signifier. En voyant les photos de Blé Goudé et Laurent Gbagbo sur la toile, j’espère qu’ils ne se moquent pas des Ivoiriens, et des morts qui ont été dénombrés des deux côtés, coté ex-opposition et coté FPI. Maintenant je vais parler des néo-opposants qui ont conduit des communiqués hypocrites. Je leur rétorque que leur déclaration d’avant 2020 sont encore sur les réseaux sociaux et que se réjouir de cette manière, c’est montrer leur hypocrisie à la face du monde entier.

A vous écouter, votre langage parait un peu double. Parce que d’un côté, vous vous réjouissez de la détermination des GOR qui ont mené le combat avec conviction pendant plus de 10 ans et qui ont le droit d’être heureux. Et de l’autre côté, on sent que la libération de Gbagbo et Blé Goudé vous a laissé sur votre faim?

Je veux dire que la politique, c’est une question de conviction. Je salue le militantisme des GOR qui se sont battus. Vous m’avez moi-même remarqué sur les plateaux de télévision, j’étais avec des jeunes qui menaient un combat déterminé contre l’arrestation de Gbagbo. Ça me rappelle quand j’étais jeune et je défendais Alassane Ouattara. C’est dire que notre pays a besoin de politiciens de cette catégorie-là. Pas des politiciens qui regardent leur propre intérêt comme Bédié ou Soro Guillaume qui changent du jour au lendemain. C’est pour ça que je salue ces personnes-là. Ce sont de jeunes gens avec lesquels j’ai pu débattre et j’ai vu leur détermination quand ils partaient en Hollande. C’est cette manière de faire que je salue. Et vous verrez, si vous remarquez, aujourd’hui, ces personnes qui se sont battues durement ne font pas de déclaration comme le PDCI et Bédié ou Soro Guillaume. Parce qu’ils ont mené leur combat, aujourd’hui ils sont satisfaits. Mais si je rappelle les conséquences, je dis aussi que quand on a affaire à un président qui a passé 10 ans en prison pour sa gestion, même si les charges contre lui ont été abandonnées, parce que ceux qui devaient fournir les preuves n’ont pas correctement fait leur boulot, mais bon ! La justice c’est la justice, moi je ne suis pas là pour critiquer une décision judiciaire, mais pour constater. Et je dis qu’avec le retour de Gbagbo et Blé Goudé, on n’a aucun intérêt pour que ce qui s’est passé en 2010 se reproduise à nouveau.

Pensez-vous que leur libération pourra booster la réconciliation, comme certains le pensent ?

Oui ! Je le souhaite sincèrement, mais il faut être réaliste. Parce que quand on vient dans l’esprit de se venger et quand on fait des discours comme Lida Kouassi le fait, quand ont dit que le 9 va se retourner et redeviendra 6, dans ce cas on a du mal à comprendre si la volonté réelle des personnes qui ont passé 10 ans hors de la côte d’Ivoire est de se réconcilier. Parce que quand j’écoute, par ailleurs Simone Gbagbo qui a souvent un double langage, je me méfie un peu. Mais dans mon fort intérieur, je souhaite que la Côte d’Ivoire tourne la page des conflits. Simone Gbagbo a été condamnée ici en Côte d’Ivoire, elle a été jugée et elle est sortie avant son mari de prison. Ça voudrait dire qu’une condamnation peu avoir lieu en Côte d’ Ivoire et une libération peu intervenir par la suite. Ce qui est important, c’est la Côte d’Ivoire. Je souhaite que Laurent Gbagbo et Blé Goudé soient dans cette disposition à leur retour, un retour autour duquel il doit y avoir consensus. Les deux personnalités sont condamnées ici et comme nous sommes un pays indépendant et souverain, il nous appartiendra de prendre des décisions.
 
Comprenez-vous les récriminations de certaines victimes qui s’opposent à cette libération?   

Je les comprends, parce que cette libération est perçue comme une victoire par les GOR et ça fait très mal. Ça voudrait dire qu’on nie toutes les souffrances, toutes les tueries, c’est ce qui est inacceptable. Si c’était vécu comme 10 ans de condamnation, ça allait soulager, mais l’opposition, surtout les GOR veulent prendre ça pour en faire un triomphe. Et ça c’est indécent. Même Amnesty International est choquée. C’est aux hommes politiques, à Simone Gbagbo, Assoa Adou, Laurent Gbagbo et à Charles Blé Goudé de ne pas être dans cette posture-là parce que ça ne facilitera pas leur retour et la réconciliation. Et à Bédié et à Soro de ne pas en rajouter.

Qu’est-ce que vous pensez d’un éventuel retour des deux, est ce que c’est le bon moment pour vous, ou ils doivent attendre encore?           

Je reste derrière l’explication du chef de l’Etat, qui a dit que la Côte d’Ivoire est un pays souverain. En outre, il y a des peines qui les attendent ici. C’est à eux de savoir saisir la balle au rebond, et cela dépend de leur discours et de leur comportement, pas des doigts sous le menton l’air moqueur, comme je l’ai vu sur les photos.

Quel message lancez-vous aux Ivoiriens après cette libération?

Je reviens sur le message de la paix. Aucun ivoirien ne souhaite voir un compatriote en dehors de la Côte d’Ivoire, même nous qui avons vécu longtemps en dehors de la Côte d’Ivoire, on est heureux quand on prend la décision de revenir définitivement dans notre pays. A plus forte raison, ces personnes qui sont hors du pays pour cause de mésentente ou de la guerre… Si ces personnes doivent revenir, leur priorité doit être l’évolution de la Côte d’Ivoire. Laurent Gbagbo et Blé Goudé sont d’authentiques ivoiriens, quand je dis authentique, je dis patriotes, et ils ne souhaitent pas revoir la Côte d’Ivoire de 2010. Parce qu’il y eu une évolution économique, une évolution sociale, une évolution en termes de développement. Si un jour, l’un d’entre eux prétend encore à la magistrature suprême, ils doivent faire un effort pour accompagner cette évolution quelles que soient les critiques. Et pour cela, il faut avoir la force de tourner définitivement la page sombre de la guerre.

Source: Le Rassemblement