@Informateur.info- 18 février 1992-18 février 2020. Cela fait 28 ans que Laurent Gbagbo, alors Secrétaire général du Front populaire ivoirien (FPI), son épouse, Simone, son fils Michel et de nombreux démocrates dont des députés ainsi que des leaders d’opinion ont été arrêtés suite à une marche de protestation réprimée dans une rare barbarie par le pouvoir d’alors. Cette marche faisait suite à une descente punitive (défénestration, brimades, viols,…) des Para -commandos de Guéï Robert sur la cité universitaire de Yopougon. L’opposition conduite par le FPI de Laurent Gbagbo, s’insurge et demande une enquête impartiale dont les conclusions sont implacables: Guéï Robert et ses hommes étaient coupables de graves atteintes aux droits de l’homme. Contre toute attente, le président Houphouët-Boigny et son gouvernement dirigé par le Premier ministre Alassane Ouattara refusent de sanctionner les auteurs de ces atteintes. Car, justifie Houphouët-Boigny, il ne peut retourner son propre couteau contre lui-même. L’opposition s’insurge contre cette dérive par des manifestations de désapprobation dont cette marche du 18 février 1992 pour réclamer des sanctions contre les auteurs bien identifiés par le rapport d’enquête de la barbarie de mai 1991. Violemment réprimée dans le sang, la marche quoiqu’autorisée a été dispersée par les forces de l’ordre et Laurent Gbagbo s’est réfugié au sous-sol d’un immeuble au Plateau. Il s’en souvient :

‘’Des militaires sont arrivés. Ils m’ont encerclé. Il y en a un (Detoh Letoh) qui a sorti son pistolet automatique qu’il a pointé vers moi. Je l’ai regardé avec beaucoup de détachement et de pitié. Seigneur, pardonne leurs car ils ne savent pas ce qu’ils font. Sur ce, est arrivé un groupe de gendarmes [hommage au Colonel Baté, aujourd’hui à la retraite qui conduisait ce groupe de gendarmes] qui a bousculé les militaires, m’a encerclé et m’a protégé. Ils m’ont extrait du sous-sol pour me conduire au commandement supérieur de la gendarmerie qui n’était pas loin. Les militaires aboyaient, hurlaient ‘’ tuez le ! Tuez-le ! On veut le tuer !’’.

Quand je les regardais hurler je me disais c’est comme cela que sont morts Lumumba et Ben Barka. C’était ma seule pensée. Ce jour-là, j’ai cru que les militaires allaient prendre le pouvoir car s’ils me tuaient, il y allait avoir la réplique de la rue. Pour éviter d’être jugés, ils allaient devoir prendre le pouvoir pour se protéger eux-mêmes.

Simone la combattante

Mon épouse m’a raconté plus tard qu’au même moment on criait : ‘’ tuez la !’’. Elle a été battue jusqu’à ce qu’elle perde connaissance. Transportée au camp Gallieni, elle y a été encore plus sauvagement battue. Quand elle s’est réveillée, elle était à l’hôpital avec les vertèbres cervicales endommagées. Elle nous a rejoints plus tard en prison avec une minerve. Ce jour était pour moi un jour de tristesse en pensant à la Côte d’Ivoire, mais aussi un jour de gloire pour les combattants de la liberté et de la démocratie. J’étais convaincu que c’était le prix à payer pour que nous ayons la démocratie et le pouvoir. J’ai compris ce jour-là que je serai Président de la République et que plus rien ne pouvait m’arrêter’’.

Geneviève MADINA

(Extrait du documentaire «Laurent Gbagbo,
la force d’un destin 1945-2000» du cinéaste Henri Duparc)