Abraham Badolo

Abraham Badolo, président de l’ADP (Alliance pour la Défense de la Patrie)a animé une conférence de presse, ce vendredi 28 juillet 2017, au cours de laquelle il pointe les incohérences du régime burkinabè et s’inquiète de la détention arbitraire de l’ancien ministre Djibril Bassolé, avant de s’offusquer, en des termes peu amènes, du traitement infligé aux candidats au recrutement d’élèves policiers.

Bonjour mesdames et messieurs de la presse,

Merci d’avoir répondu à notre invitation ayant trait à la conférence de presse de ce vendredi 28 juillet 2017. Cette conférence de presse va aborder les thèmes suivants :

  • Les incohérences du Président Roch Marc Christian Kaboré sur la question des prérogatives des organisations de la société civile (OSC).
  • Les tenants et les aboutissants des recommandations faites par les nations unies à l’endroit du Burkina Faso sur le dossier Djibril Bassolet.
  • La violation du droit des jeunes à l’emploi avec les scènes inhumaines données à voir à l’opinion dans le cadre du dépôt de dossiers de candidature pour le recrutement d’élèves policiers ;

Mesdames et messieurs les journalistes,

« Le rôle des OSC, ce n’est pas de faire de la politique ou de créer la division au sein des populations. Je considère que les OSC sont une nécessité. Le gouvernement accepte les critiques. Il n’appartient pas aussi au pouvoir de manipuler les OSC » disait le Président Roch Marc Christian Kaboré le vendredi 16 Juin 2017 devant un parterre d’OSC issues du conseil national des organisations de la société civile. La compréhension du rôle des OSC tel qu’énoncé par le Chef de l’Etat est en total déphasage avec les comportements prônés par sa famille politique, le MPP et certains de ses proches collaborateurs. L’opinion se souviendra qu’à l’issue du dernier congrès du MPP, parti au pouvoir, qui s’est tenu du 10 au 12 mars 2017, il a été procédé au renouvellement du bureau exécutif national du parti qui compte désormais 78 membres. Et tenez vous bien, il a été crée au sein du nouveau bureau exécutif national les postes de secrétaire chargé des organisations de la société civile et de secrétaire adjoint chargé des organisations de la société civile occupés respectivement par les sieurs  Abdoulaye Mossé et Jérôme Compaoré. Quel impair que cette contradiction flagrante entre les dits du Président Roch sur la dépolitisation des OSC et le jeu trouble auquel s’adonne sa formation politique. Comment peut-on réclamer une dépolitisation des OSC les jours pairs et permettre les jours impairs à sa famille politique, le MPP, de créer un département en charge des organisations de la société civile?

La deuxième récrimination à l’endroit du Président du Faso est le  rôle de premier plan joué par certains de ses collaborateurs et des élus MPP au sein des organisations de la société civile. Nous citons les cas de Désiré Guinko, chargé de mission à la présidence du Faso, et de Boukari Conombo, conseiller municipal MPP, au sein du réseau ‘’dignité’’, une OSC. Comment pouvons-nous ne pas penser à une manipulation politique des OSC par le pouvoir avec un tel scénario? On ne peut pas vouloir une chose et son contraire.

Aussi, les récentes révélations tonitruantes de Idrissa Noogo sur la toile viennent mettre à nu les tristes prouesses du pouvoir en place dans la manipulation et la politisation des OSC à travers le cas précis du fameux réseau ‘’ dignité ’’. Les financements dont jouirait cette structure émaneraient de haut lieu, de la présidence du Faso par l’entremise du sieur Guinko. Ces faits ci-dessus énumérés  mettent en relief  les incohérences et l’esprit mouta mouta du Président Roch sur la question de la politisation des OSC.

Des informations nous parviennent faisant cas d’un plaidoyer mené par certaines autorités du régime auprès des représentations diplomatiques accréditées au Burkina Faso pour qu’elles n’accordent plus d’audience à certaines organisations de la société civile critique sur la gestion du pouvoir actuel. Si cette information venait à se confirmer, cela devrait être perçu comme un abus sans précédent d’autorité et une tentative de museler ces OSC.

Aussi, nous osons croire que la récente campagne à grand renfort de publicité d’octroi de crédits aux jeunes désireux de se lancer dans l’entrepreneuriat  n’est pas une diversion qui accouchera d’une souris.

Mesdames et messieurs de la presse,

Le Groupe de travail du Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies a rendu le 30 Juin 2017 dans un texte son avis sur la détention de Djibril Bassolet. C’est un avis clair rendu à l’encontre des autorités Burkinabè qui condamne la détention de Djibril Bassolet à la MACA. En effet, les nations unies qualifient d’arbitraire son arrestation, en septembre 2015, suivie de sa détention à la maison d’arrêt et de correction des armées de Ouagadougou. Le Groupe de travail note que l’ancien ministre des affaires étrangères accusé de coup d’Etat, a été arrêté «sans aucune notification, information ni aucun mandat d’arrêt». Le Groupe de travail énonce tout aussi que le fait de soumettre Djibril Bassolet à la justice militaire «viole son droit à un procès équitable de façon irrévocable’’ dans la mesure où l’intéressé a été réintégré dans sa fonction de général de gendarmerie une fois en prison. En disponibilité au moment de son arrestation, Djibril Bassolet, possédait un statut de civil». Dès lors il devait être soumis à la justice civile et non à la justice militaire. Par conséquent, l’ONU estime que « la mesure appropriée dans en l’espèce consisterait à la libération immédiate de Djibril Bassolet et à lui accorder le droit d’obtenir réparation, conformément au droit international».

Le vendredi 07 Juillet 2017, le ministre de la justice, René Bagoro, était en face de la presse pour communiquer sur l’avis du groupe de travail. Il était assisté dans cette tâche par le ministre de la communication, Remi Dandjinou,  commissaire du gouvernement au tribunal militaire, Alioune Zanré et Sita Sangaré,  directeur de la justice militaire. L’opinion pourra retenir de cette conférence de presse que l’Etat Burkinabè va demander le réexamen de l’affaire sur les méthodes du Groupe de travail sur la question de la détention arbitraire de Djibril Bassolet et le ministre Bagoro de conclure que la procédure judiciaire suit son cours.

Cette posture adoptée par le gouvernement a fini de nous convaincre que le Burkina Faso sous l’ère Roch Marc Christian Kabore s’inscrit progressivement sur la liste des Etats peu respectueux des engagements internationaux auquel le pays a librement adhérés. De ce fait, nous partageons la vision de Soumane Touré sur ce dossier. En effet, selon Soumane Touré, la détention prolongée de Djibril Bassolet répond à un impératif du Président Roch de barrer la route à un potentiel sérieux adversaire à la présidentielle de 2020. Le pouvoir en place aurait bien peur avec la libération de Djibril Bassolet de voir sur la place publique des vérités sur des faits sombres de son accession au pouvoir. Ce qui est ambigüe sur la situation du pouvoir et de la justice militaire en charge du dossier Bassolet est le refus de procéder à son  jugement pendant qu’on affirme que le dossier dans sa phase instruction est totalement bouclé. De quoi à dont peur le pouvoir en place quand on sait que Djibril Bassolet est à la fin de sa deuxième année de détention sans jugement?

Nous croyons que quelque chose sonne faux dans le comportement du pouvoir en place sur ce dossier qu’il va falloir élucider tôt ou tard.

Mesdames et messieurs les journalistes, ,

Du 18 Juillet au 28 Juillet 2017,  il est procédé dans le centre unique de Ouagadougou à la réception de dossiers de candidature pour le recrutement exceptionnel de deux mille cinq cents (2500) assistants de police dont soixante quinze (75) de sexe féminin, au profit de la police nationale. Cette opération mobilise des milliers de jeunes en quête d’emplois venus de  le Burkina Faso pour faire acte de candidature. Rien d’étonnant pour un pays dont le taux de chômage a atteint un seuil record. Ce qui est plutôt étonnant c’est de constater qu’après plus d’une année et demie de gestion du pouvoir d’Etat par le Président Roch que le chômage n’ait pas encore trouvé solution, surtout quand on a pris l’engagement pendant la récente campagne présidentielle de résoudre la question du chômage des jeunes en cent (100) jours de gouvernance.

A cette session de dépôt de dossiers pour le recrutement de policiers, il est donné de constater avec amertume la souffrance éprouvée dans la limite de la dignité humaine par les milliers de postulants. Les postulants vivent la croix et la bannière pour déposer leurs dossiers. Beaucoup d’entre eux sont venus des régions et n’ont pas de tuteurs à Ouagadougou, centre unique de réceptions de candidature. Ils sont obligés de dormir sur les sites (siao, stade du 4 Août, Stade Dr Issoufou Joseph Conombo, maison des jeunes Jeans Pierre Guingané) de réception de dossiers à Ouagadougou pendant des jours et des nuits pour espérer faire acte de candidature. C’est inadmissible pour un gouvernement post insurrectionnel, tenant compte du rôle décisif des jeunes pour le changement. Comment encore à ce jour, peut on comprendre que le gouvernement soit dans la dynamique d’un centre unique de réception de dossiers de candidature pendant qu’il chante les vertus de la décentralisation?

Nous sommes arrivés à la conclusion que le gouvernement Thieba est marqué par la méchanceté facile doublée d’une mauvaise foi. Sinon  un gouvernement qui dit avoir mis les jeunes au cœur de sa gouvernance ne devrait pas faire vivre à ces derniers les réalités d’un ‘’camp de concentration’’ pour tout juste le dépôt de dossiers à un recrutement à la fonction publique. Nous appelons le gouvernement à assumer ses responsabilités en corrigeant ces manquements graves pour que plus jamais dans l’avenir nous puissions assister à cette désolation qu’il a été donné de voir.

Nous vous remercions.

Ouagadougou, le 28 Juillet 2017

Pour le Bureau Exécutif National de l’ADP

Abraham BADOLO

(Président)