Digital CameraInformateur.info-Président de l’Association des « Sans Voix », Daouda Kaboré a bien voulu se prêter aux questions de Informateur.info. Sans faux fuyant, il commente l’actualité de la diaspora, notamment la séquestration du ministre Auguste Barry à Abidjan, le suspicieux projet Cosib et dénonce le report du droit de vote des Burkinabè de l’extérieur. Entretien.

Depuis le début de l’année on ne vous a plus entendu alors que vous faisiez partie de ceux qui font bouger la diaspora burkinabé en Côte d’Ivoire ?
C’est vrai, je m’étais un peu mis en congé. Je suis rentré au Burkina Faso parce que j’avais des affaires de famille à régler. Cela m’a pris du temps mais je crois que ça aussi été un bon moment de repos pour moi.
La dernière actualité liée à la communauté burkinabé de l’extérieur c’est le report du droit de vote qui fait jaser. Quelle est votre position sur la question ?
J’ai suivi avec beaucoup d’intérêt tout ce qui s’est passé depuis l’annonce du report du vote de la diaspora burkinabé en janvier dernier. Bien évidemment c’est une décision que notre association les Sans Voix n’approuve pas. Je voudrais rappeler qu’au moment où la transition se mettait en place au Burkina Faso, j’ai fais partie d’une délégation qui a pris sur elle d’aller exposer dans un mémorandum les souhaits de la diaspora Burkinabé. Nous avons été reçus par le Premier Ministre Yacouba Isaac Zida à son cabinet. Nous lui avons exprimé notre vœu le plus cher si je peux m’exprimer ainsi. Il nous a très bien écouté et nous a promis que tout allait être mis en œuvre pour que notre vote ait lieu. Nous avons même été confortés à la lecture de l’article 22 de la charte qui inclut la diaspora dans le processus. Dès lors vous comprenez que ma position ne peut être que la défense de ce droit de vote.
Peut-on alors considérer que le Premier Ministre n’a pas respecté sa promesse ?
Non. Nous ne nous sentons pas trahis parce que le Premier ministre Yacouba Issaak Zida n’est pas le chef de l’exécutif. Ce n’est pas lui seul qui a conçu la charte de la transition. Il y a eu les organisations de la société civile et les partis politiques. Et je crois que c’est plutôt la volonté de la majorité qui s’est imposée à l’issue de la rencontre du 19 janvier 2015 à Ouagadougou qui nous exclus du vote pour 2015. Cependant je pense personnellement que les autorités de la transition, notamment le Président Michel Kafando aurait pu peser de tout son poids pour que ce qui est écrit noir sur blanc dans la charte soit respecté. Là, il y a eu violation de la charte de la transition et c’est un fait assez grave.
Les raisons techniques et financières avancées pour le report du droit de vote vous semblent-elles justifier ?
Je note tout simplement que Michel Kafando a violé son serment de respecter et de faire respecter la charte de la transition qui fait ici office de constitution. Il ne peut pas accepter qu’un article de cette charte soit rayé. De cela dépend le crédit de son serment. Maintenant pour les autres questions techniques et financières, objectivement je pense qu’on peut trouver des solutions à cela. L’expérience des autres pays peut servir. Donc pour moi, il y a au-delà de ce report une question de crédibilité même des acteurs de la transition.
A Abidjan le 9 mars derniers le ministre de l’administration territoriale et de la sécurité a été séquestré par des jeunes du collectif des associations et mouvements de jeunesse (Camjb-ci). Comment réagissez-vous à cette situation ?
Ce qui s’est produit le 09 mars dernier dans les locaux du Consulat n’honore pas la diaspora burkinabé. C’est une situation qui tend à présenter la diaspora comme des gens violents. Mais cela rend pertinent le livre « Processus Exclusif » de notre jeune frère Alexandre Lebel Ilboudo qui attire l’attention des autorités de la transition sur les conséquences de certaines décisions politiques. A priori nous condamnons la violence qui a émaillé la visite du ministre de l’administration territoriale, parce que nous aurions pu lui dire sous d’autres formes, notre désapprobation du report du vote.
Le Camjb-ci a donc mal agi, selon vous ?
Je crois qu’ils se sont mal comportés et ont donné le mauvais exemple au monde. Mon étonnement est d’autant plus grand que j’attendais ces jeunes sur le terrain de la carte consulaire biométrique qu’ils ont subitement abandonné. Il y a aussi le combat de la clarification des montants cotisés par la diaspora dans le cadre de la construction de la Maison du Burkina Faso qu’ils ont abandonné. La prise en compte dans leur lutte de ces questions les auraient rendus crédibles. Mais à ce rythme, ils nous donnent tout simplement le sentiment d’être sélectif dans leurs protestations.
Ne pensez-vous pas que les autorités burkinabè font peu de cas des droits de la diaspora?
Nous avons en tout cas le sentiment qu’un Burkinabé vivant à l’extérieur n’a pas les mêmes droits que celui qui vit au Burkina. Nous ne sommes jamais consultés avant les décisions qui engagent nos vies, pourtant nous nourrissons et soutenons matériellement et financièrement de millions de Burkinabé restés au pays. La carte consulaire biométrique, c’est le Burkina qui l’a imposé, aujourd’hui on nous dit qu’on ne votera pas en 2015. Ce que je sais c’est que l’exclusion et les frustrations finissent toujours par créer des guerres et des déchirures. C’est comme une bombe à retardement.
On a aussi assisté récemment à la naissance d’un autre regroupement de jeunes transfuges du Camjb-ci. Il s’agit de la coordination des associations burkinabè en Côte d’Ivoire (Caci). Que vous inspire cette autre association ?
Tout ça fait désordre pour une jeunesse qui se veut responsable mais cela ne devrait pas surprendre parce que tous ces jeunes sont instrumentalisés. Que ce soit le Camjb-ci ou le Caci, il y a dernière leurs agissements des mains obscures qui seront tôt ou tard démasqués.
Après l’insurrection, il y a eu aussi la création d’un comité de solidarité internationale avec le Burkina Faso (Cosib) dirigez par Pograwa Moumouni le représentant du parti Unir/Ps en Côte d’ivoire. Vous avez foi à ce comité ?
Vous savez dans la vie il y a des gens qui ne prospèrent qu’en profitant des autres. Le comité dont vous parlez n’est pas crédible parce que celui qui l’a crée ne l’est pas. Voici un monsieur qui se lance avec nous dans le combat de la réduction du prix de la carte consulaire biométrique et qui subitement arrête le combat parce qu’il a eu un marché auprès de M. Adama Bictogo, parton de Sneidai. Il a utilisé le combat pour obtenir ce marché. Un tel personnage est corruptible et ne mérite pas la confiance des gens. Ne serait-ce que cet exemple, je crois qu’avec le Cosib on fonce encore droit vers une trahison à la dernière minute. C’est une escroquerie qui ne dit pas son nom. Si M. Pograwa veut vraiment faire œuvre utile au lieu de faire cotiser la diaspora pour aller donner au Burkina, il y a des Burkinabè qui dorment à la belle étoile à Gobelet depuis un mois et qui attendent une assistance.
L’Ambassadeur Justin Koutaba a été rappelé pour délit d’appartenance à l’ancien régime de Ouaga, des voix aussi s’élèvent pour demander le départ et du Consul Général d’Abidjan. Qu’en pensez-vous ?
Je soutiens ceux qui demandent ce départ pour la simple raison qu’ils ont tous deux échouer à leur mission. Ils sont tous deux des gens du régime Compaoré mais ce n’est pas pour cela que je demande leur départ. L’ambassadeur Justin Koutaba s’est toujours comporté en militant du CDP en Côte d’Ivoire et non en diplomate. Quant au Consul, il est plus subtile mais il y est pour beaucoup dans la séquestration du ministre Auguste Denise Barry le 09 mars dernier. M. Daouda Diallo est un proche du candidat Djibrill Bassolé qui l’a proposé à ce poste de Consul Général. Il faut que les autorités de la transition nous débarrasser des diplomates à problème si elles ont un minimum de respect pour nous.
L’actualité, c’est aussi l’arrestation de Seydou Kiébré, porte-parole des populations du Mont Péko. On se souvient que l’homme dénonçait un racket organisé par le Préfet de Duékoué et l’OIP sur les revenus du cacao des clandestins ?
L’arrestation de Kiébré Souleymane est vécue par la communauté burkinabé comme un abus de justice. C’est grâce à lui que les populations du Mont Péko ont pu obtenir un délai grâce et sont encore dans le parc. Il dénonçait en effet depuis le début de la commercialisation du cacao un prélèvement de 100f CFA sur le prix du kg du cacao qui sortent du parc. Nous avons lu des reportages des journaux, notamment l’Inter qui indiquait la création de porcs secs par le Préfet et ce prélèvement. Mais le gouvernement n’a pas réagi. Ce qui nous a intrigués. Aujourd’hui c’est un juge qui met sous mandat de dépôt Kiébré Seydou alors que les mis en cause dans le prélèvement sont en liberté. Cela nous surprend de vivre des choses pareilles sous la gouvernance du président Alassane Ouattara. Cette arrestation est arbitraire et nous demandons sa libération.
Entretien réalisé par Sir Alfred