Daouda Kaoré, président des Sans Voix

– «Zida ne rentrera pas au Burkina sans être rassuré qu’il ne sera pas arrêté»

  • Depuis deux semaines, la carte consulaire burkinabè à l’épreuve des contrôles policiers est au centre d’une polémique quant à sa crédibilité. Qu’en est-il exactement de la situation ?

Nous étions de ceux au départ qui ne voyaient pas d’un bon œil ce projet de reforme de la carte consulaire attribué à l’entreprise Snedai. Il y a d’abord le fait les conditions d’attribution de ce marché sont floues, puis le coût de l’établissement de la carte qui est de 7.000 FCFA nous semblait excessif. Nous avons donc engagé avec d’autre structure une lutte contre cela. Mais il est arrivé un moment où le gouvernement a préféré couper la poire en deux parce que le délai de validité de la carte était initialement de 3 ans. Le prix de 7.000 FCFA que nous contestions a été maintenu donc contre une rallonge du délai de 3 ans qui est passé à 5 ans. Mais dès que les premières cartes ont commencé à être imprimées, nous nous sommes vite rendu compte que Snedai n’était pas à la hauteur. Lenteur dans l’enrôlement, non respect du délai de délivrance de la carte, des photos méconnaissables, racket des demandeurs par les agents de Snedai. La reforme de la carte a causé plus de désagréments à la communauté burkinabè en Côte d’Ivoire. Depuis la prise de la circulaire du ministère de l’intérieur et de la sécurité concernant les détenteurs de la carte qui nous a été présentée comme étant biométrique, sont refoulés aux frontières selon les témoignages qui nous parviennent. Aux contrôles, il semblerait que notre carte consulaire n’est pas biométrique. C’est un scandale ça !

  • Quelle a été la réaction des autorités diplomatique face à cette situation qui frappe la plus forte communauté étrangère en Côte d’Ivoire ?

Nous n’avons pas d’autorités diplomatiques en Côte d’Ivoire. Nous avons juste des bureaucrates préoccupés à faire des affaires dans ce pays. Quand ils viennent au bureau c’est juste pour feuilleter la paperasse et signer les documents. Il y a aucune politique de gestion de la communauté. Sinon, comment comprendre ce silence face à une situation aussi grave comme la remise en cause de ce qui touche à l’identité même de la diaspora burkinabè. Ailleurs d’autres chancelleries auraient tout de suite organisé des réunions avec les responsables de la communauté pour cerner l’ampleur du problème et saisir les autorités compétentes en de trouver une solution. Malheureusement, nous n’avons pas d’autorités diplomatiques en Côte d’Ivoire.

  • Le Collectif des associations et mouvements burkinabè de jeunesse en Côte d’Ivoire a adressé un courrier à l’ambassade en début de semaine pour exiger le retrait sans délai du contrat de production de la carte à Snedai. Soutenez-vous cette position ?

Entièrement. Nous sommes sur la même longueur d’onde avec le CAMJCI et nous disons même que le retrait de ce contrat aurait dû intervenir depuis bien longtemps. Mais croyez-nous, nous irons cette fois jusqu’au bout. Dès la semaine prochaine, nous allons nous concerter pour des actions énergiques en direction du Consulat d’Abidjan. S’il le faut nous allons déloger Snedai du Consulat. J’invite toutes les associations de défense des droits de la diaspora, notamment les femmes et les jeunes à se joindre à nous pour mettre fin à l’arnaque. Nous allons paralyser le Consulat, jusqu’à la satisfaction de notre revendication. Il nous appartient de nous faire respecter.

  • Autre sujet. Le Président Compaoré a pris la nationalité ivoirienne pour devenir désormais un national de sa terre d’asile. Comment avez-vous accueilli cette nouvelle ?

Nous avons été de ceux qui ont adressé des mots de félicitation au président Alassane Ouattara pour avons signé ce décret. Pourquoi cette nouvelle déplairait-elle à des millions de Burkinabè pour qui la Côte d’Ivoire a toujours été leur deuxième patrie. Même si le président Compaoré n’était pas marié à une ivoirienne, pour le rôle qu’il a joué dans la sortie de crise en Côte d’Ivoire, il méritait la nationalité ivoirienne s’il en faisait la demande. Donc pour nous, c’est une excellente nouvelle. Cela me rappelle bien un passage biblique qui dit que «la pierre qu’ont rejeté les baptiseurs est devenue la pierre d’angle». L’expertise du président Compaoré pourrait servir qualitativement à la Côte d’Ivoire. Notamment dans la lutte contre le terrorisme et plusieurs autres sujets d’intérêts sous-régionaux pour lesquels il a une expérience avérée. Et qui vous dit qu’il n’est pas régulièrement consulté par le président Ouattara.

  • Au Burkina Faso, les autorités ont annulé la nomination de l’ex-Premier Ministre de la Transition, Yacouba Isaac Zida aux Etats-Unis. Quel commentaire ?

Nous aurions marché pour réclamer cela si ce n’était pas fait. Comment expliquez –vous que c’est le 22 décembre, à seulement une semaine de la passation de l’investiture du président Roch Marc Christian Kaboré en tant que président élu que Michèle Kafando prend ce décret de nomination de son premier Ministre. Dès l’élection du nouveau président, nous estimons que la transition ne pouvait plus prendre un certain nombre de décision à cette date. Il était tenu de gérer les affaires courantes dans l’attente de l’investiture du nouveau président. Partant de ce simple principe la nomination de Zida devrait être frappée de nullité. Il en va de même pour son élévation au grade de général. Nous estimons également qu’il n’appartenait pas aux autorités de la transition de s’autocélébrer mais au régime qui allait les succéder de les célébrer. C’est donc une décision salutaire.

  • La presse burkinabè a aussi révélé un important blanchiment d’argent portant sur 86 milliards FCA durant la transition ainsi que l’acquisition de parcelles à des coûts sous évalués. Là aussi les faits accablent l’ex-Premier ministre Zida ?

Les faits d’acquisition des parcelles ont été rapportés par la presse burkinabè avec des preuves à l’appui. Quant à la révélation sur le blanchissement d’argent, c’est au cours d’un conseil des ministres que l’information a été donnée. Des deux faits nous retenons que les autorités de la transition doivent rendre compte de leur gestion. Il y a un audit qui a  été fait sur la gestion de la transition. Nous disons tout simplement que tous ceux qui sont épinglés pour mauvaise gestion des deniers publics doivent être traduits devant les tribunaux. C’est pourquoi d’ailleurs nous soutenu l’idée de la mise en accusation de l’ex-premier ministre Yacouba Isaac Zida qui se serait refugié aux Etats Unis où il espérait exercer comme Ambassadeur.

  • Depuis l’éclatement de ces scandales, le général Zida est toujours portée disparu. Pensez-vous que la Côte d’Ivoire pourrait être une terre d’exil pour lui ?

Je sais une chose c’est que Zida ne rentrera pas au Burkina sans être rassuré qu’il ne sera pas arrêté. Or selon nos informations, il est convaincu d’aller en prison une fois qu’il aura mis les pieds à l’aéroport. Je crois que ce que la presse a révélé n’est que la face visible de l’iceberg. Zida n’a pas fait qu’acheter des terrains à Ouaga 2000, il a aussi volé beaucoup d’argent dans l’optique de sa candidature en 2020. S’il veut venir en Côte d’Ivoire nous l’accueillerons mais pas avant qu’il nous explique l’origine du grotesque montage des écoutes téléphoniques impliquant le président de l’assemblée nationale. Il nous dira qui l’a monté, et comment il les a authentifiées dans le laboratoire de Savane FM. C’est la seule condition pour nous. Quitte aux autorités Burkinabè de lancer un mandat comme elles sont habituées à le faire pour exiger son extradition.

  • Trois mois après son investiture, comment jugez-vous la gouvernance du président Roch Marc Christian Kaboré ?

Pour être sincère la marche du pays ne nous rassure pas du tout. C’est un pouvoir qui manque de poigne. Trop de profession de foi, moins d’actions concrètes. Si les attentes des Burkinabè de l’intérieur n’ont pas encore connu un début de solution, ce n’est pas celles de la diaspora qui le seront. Or cinq ans, ça passe très vite. Peut-être que les choses décolleront avec le temps, mais pour l’heure ça ne rassure pas. Mais notre plus grande inquiétude c’est la capacité des nouvelles autorités de Ouaga à assurer pleinement la sécurité des Burkinabè. Nous en doutons. Quand un régime fait appelle à des groupes d’auto-défense pour assurer la sécurité à l’intérieur du territoire, il crée sciemment ou inconsciemment les germes d’une déliquescence de la société à long terme. Le Burkina doit pourtant pouvoir s’inspirer la crise ivoirienne pour ne pas vivre la même situation.

  • Quelles sont donc les attentes de la diaspora burkinabé en Côte d’Ivoire ?

Nous avons de nombreuses attentes. Vous vous souviendrez que sous la transition lorsqu’il avait été décidé que la diaspora burkinabè ne votera pas, l’un de nos défenseurs ici en Côte d’Ivoire, en l’occurrence l’écrivain Alexandre Lebel Ilboudo avait dû sortir un livre qu’il a intitulé «Processus Exclusif». Un livre dans lequel il a dénoncé la non-participation politique de la diaspora au Burkina Faso. Je ne vois pas un seul pays de la sous-région où sa diaspora ne prend pas part à l’élection de ses dirigeants. Seuls les Burkinabè de l’extérieur. C’est une injustice. La loi est pourtant votée en 2010. Vous comprenez donc que nous attendons avec impatience de pouvoir voter en 2020. Mais pour que cela soit effective, c’est maintenant qu’il faut régler toutes les conditions qui s’imposer et non à la veille. A côté de cette attente, il y a aussi entre autres, la reforme de la carte consulaire qui ne donne pas satisfaction présentement, la nécessité de la nomination d’un nouvel ambassadeur, et de l’ouverture de nouveaux consulats généraux.

  • Vous avez récemment au cours d’une conférence de presse plaidé pour la prorogation de l’opération de naturalisation qui s’est achevé le 24 janvier dernier. Avez-vous le sentiment d’avoir été entendu ?

A la prise de la loi sur la naturalisation par déclaration les autorités avaient évalué une cible de 500.000 personnes. Sur ce chiffre seulement 130.000 dossiers ont été traités en un an pour moins de 100.000 certificats délivrés. Ce serait un échec, selon nous, que l’on referme ainsi cette opération. Dans la mesure où la sensibilisation n’a pas été bien faite. Vu ce qui a motivé la prise de cette loi et la menace d’apatridie qu’elle renferme, nous appelons tout simplement les autorités ivoiriennes à prolonger cette opération encore d’une année. Afin que ceux qui le souhaitent aillent le faire.

Par Charlène Adjovi

Souce: Investigateur.net