@Informateur.info- Fin août ou début septembre 2020, la Côte d’Ivoire enregistre les retours de l’ancien président de la République Laurent Gbagbo, de l’ancien président de l’Assemblée nationale, Guillaume Soro et l’ex-chef de la galaxie patriotique, Charles Blé Goudé. Ces trois personnalités, faut-il le préciser, ont en commun le fait d’avoir été chacun condamné à 20 ans de prison par contumace par la justice ivoirienne. Le premier a été condamné le 18 janvier 2018 dans le procès du «braquage de l’agence nationale de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) pendant la crise post-électorale». Le second le 28 avril 2020 pour «recel de deniers publics détournés et de blanchiment de capitaux» dans l’affaire dite d’acquisition de sa résidence de Marcory. Et le dernier, le 30 décembre 2019 lors d’un procès dont le verdict a été rendu le même jour (tout comme dans le procès Soro) pour des «actes de torture, homicides volontaires et viol».

  • Vers un retour à la case départ

L’un après l’autre, Laurent Gbagbo, Guillaume Soro et Charles Blé Goudé sont mis aux arrêts pour purger leurs peines. Référents politiques du Front Populaire Ivoirien (FPI), de Générations et Peuples Solidaires (GPS) et du Congrès Panafricain pour la Justice et l’Egalité (COJEP), les partisans de ces trois leaders politiques, par milliers, prennent la rue et en font un champ d’expression, de dénonciation et de réclamation de la libération de leurs champions. Des arrestations ont lieu parmi les manifestants. La tension socio-politique monte et l’armée dont la puissance de feu a été vantée ces dernières années entre en alerte maximale.

La communauté internationale qui a assisté impavide depuis 3 ans à la réunion des ingrédients de la crise qui éclate au grand jour, se réveille brusquement et donne de la voix, en appelant les partis à un compromis politique. Le RHDP qui s’est vidé de sa substance après moult querelles de ménage, après des petites ‘’trahisons’’ des uns envers les autres, mais qui demeure toujours cornaqué par Alassane Ouattara surnommé le Bravetchè, oppose une fin de non-recevoir à toute idée d’absoudre ou d’amnistier les prisonniers. Estimant que force doit rester à la loi. On est alors en pleine crise politique aigüe avec en prime de fâcheuses conséquences insoupçonnables. La présidentielle peut-elle se tenir dans un tel contexte? Assurément non !

  • Pour vider les contentieux politico-judiciaires

Heureusement, ceci n’est qu’une hypothèse inspirée de la situation qui prévaut en Côte d’Ivoire et qui ne fait pas moins craindre des affres d’une crise. Ce scénario n’est pas souhaitable mais ce n’est pas parce qu’il ne l’est pas qu’il est improbable. Du moment où l’histoire des crises aiguës de la Côte d’Ivoire semble se répéter chaque décennie. Or en l’espèce, Laurent Gbagbo qui peut désormais se déplacer dans tout pays membre de la Cour Pénale Internationale, exprime son souhait de retourner en Côte d’Ivoire. En atteste sa requête de l’établissement d’un passeport ordinaire en son nom qui est en cours de traitement, selon le ministre Sidi Tiémoko Touré, Porte-parole du gouvernement ivoirien.

Si Blé Goudé n’a pas encore décidé, Guillaume Soro, lui, a déjà plusieurs fois laissé entendre qu’il n’est pas écrit quelque part qu’il restera en exil. Ce dernier dont les ambitions présidentielles ont été considérées comme un «casus belli» par le clan présidentiel et qui lui valent ses déboires judiciaires serait, selon nos sources, en train de préparer son retour en Côte d’Ivoire.

  • Pour que renaisse l’espérance

On pourrait a priori penser que si Laurent Gbagbo et Guillaume Soro tiennent absolument à rentrer au bercail à 3 voire 2 mois de la fin du second mandat de Alassane Ouattara, c’est pour la présidentielle. Mais à l’analyse, ces retours, s’ils ont lieu, pourraient aussi être interpréter comme un moyen de pression sinon une volonté d’offrir au président Alassane Ouattara l’ultime aubaine de régler définitivement les contentieux qui les opposent. Qu’il décide dans son message de ce 6 août 2020 de briguer ou non un troisième mandat, la présidentielle pourrait être en pointillé tant qu’il n’aura pas fait un sort aux cas Laurent Gbagbo et Guillaume Soro. Ce qui passe nécessairement par le dialogue républicain pour aboutir à la réconciliation.

D’ailleurs pourquoi, au-delà du suspens sur sa candidature ou sa non-candidature qui cristallise aujourd’hui la Côte d’Ivoire, le président Alassane Ouattara, ne créerait pas la surprise en amnistiant les illustres condamnés. Ne se réclame-t-il pas Houphouëtiste? Houphouët n’avait-il pas fait de la paix sa seconde religion? Pourquoi l’héritier qu’il est prendra-t-il inutilement le risque, ne serait que de faire douter de sa profession de foi, alors qu’il a là une occasion en or, toute considération politicienne mise à côté, d’entrer dans l’histoire non pas par les ponts et les routes, mais par les valeurs : celles du compromis, de la paix, de la tolérance et du dialogue. La force, la ruse et la pensée unique ayant montré leur limite.

N’avait-il pas promis qu’en 2020 tous ceux qui voudront se présenter à la présidentielle pourront le faire ; c’est le lieu de donner sens à cette parole forte en levant les obstacles qu’on a vite fait de créer sur le chemin de certains aspirants. Comme nous l’enseigne ce proverbe suédois «Pouvoir le bien, et ne pas le faire est un vice». Que fera Alassane Ouattara pour éviter à la Côte d’Ivoire que la situation que nous avons décrite n’arrive? Le monde nous regarde.

Jean François FALL