@Informateur.info– «Pourquoi je suis devenu rebelle ». C’est le titre du pamphlet au vitriol contre la Côte d’Ivoire incarnée par un certain Laurent Gbagbo que Guillaume Soro a mis dans les rayons des librairies. Il y dénonçait avec force l’Ivoirité, avec ses strates d’Ivoiriens de souches multiséculaires et d’Ivoiriens de seconde zone. Une caricature, protestent les idéologues de Bédié. Fait cocasse, le concept dont Henri Konan Bédié détient le brevet, a été, pour servir la cause, perfidement imputé au chef de file des frontistes. L’histoire éburnéenne bégaie à nouveau. Et si Guillaume Soro devait encore s’exercer à l’écriture, il pourrait titrer son nouvel ouvrage : «Je suis devenu rebelle pour ne pas rentrer dans mon pays».

Ne rions pas ! On ne peut pas se réjouir des déboires d’un concitoyen lorsque son droit constitutionnel est bafoué. «Nul ne doit être contraint à l’exil », souligne en lettres d’or, le préambule de la loi fondamentale de 2016, qui, étonnamment, porte les griffes d’Alassane Ouattara. Quoiqu’on reproche à Guillaume Soro, n’était-ce pas sage de le laisser rentrer, et ensuite l’attraire devant la justice ? En l’obligeant à dérouter son vol sur Accra, au Ghana, à cause de la menace d’un mandat d’arrêt sorti tout droit des cuisses de Jupiter, on jette non seulement un discrédit sur la procédure judiciaire en cours, mais aussi, tout porte à croire que l’agenda inavoué, c’est de l’éloigner du pays, éventuellement le dissuader de se porter candidat à la présidentielle de 2020, pour laquelle il a déjà fait acte de candidature.

Nous ne nous connaissons pas des qualités de procureur pour démêler le vrai du faux sur les faits qui lui sont reprochés. Nous faisons seulement l’amer constat que ce régime use de stratagèmes et autres artifices pour maintenir ses adversaires loin de l’arène politique, à l’aube de 2020. Le surprenant procès au plan local contre Blé Goudé et la tentative éhontée des avocats de l’Etat de Côte d’Ivoire, donc d’Alassane Ouattara qui incarne cet Etat, dans la poursuite ou non du procès Gbagbo à la CPI, sont des éléments de preuves qui inclinent à penser que le régime est à la manœuvre pour conserver le pouvoir sur tapis vert.

Une fois qu’on a défendu ce qui est défendable, le droit constitutionnel de l’ex-chef rebelle, quel message passer à Guillaume Soro ? Simplement que la roue tourne. Et les actes, bons ou mauvais, ont des rétributions, bonnes ou mauvaises. C’est la loi karmique. Lorsqu’on assume une rébellion, du reste sanglante, en tapant la poitrine, on porte de facto la responsabilité morale ou physique de la mort des danseuses d’Adjanou (danse rituelle) à Bouaké, des jeunes morts étouffés dans des conteneurs à Korhogo, au cours de l’opposition factionnelle avec feu le sergent Ibrahim Coulibaly dit IB, de l’assassinat d’une soixantaine de gendarmes en compagnie de leurs enfants, meurtres documentés par des ONG crédibles. Sans oublier l’épuration à l’Ouest, les assassinats à Guitrozon, Duékoué, Petit Duékoué, Nahibly…La liste est longue comme le bras.

D’où le questionnement de Saint Thomas d’Aquin dans «Somme théologie» : La justice divine peut-elle infliger aux pécheurs un supplice ? Certains pensent que ces peines sont utiles, parce qu’elles procurent aux victimes la satisfaction d’y contempler la manifestation de la justice de Dieu. Ils sont donc nombreux les victimes de la rébellion qui se réjouissent des ennuis de l’ex-président de l’Assemblée nationale.

Ironie du sort, cela se passe sous le régime d’Alassane Ouattara, celui qu’il a fait roi. Tant pis, diront d’autres. Guillaume Soro devra l’apprendre à ses dépens : Homo homini lupus. Locution latine pour dire «l’homme est un loup pour l’homme ». N’est-ce pas Thomas Hobbes !?

Tché Bi Tché

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