Alexandre Lebel Ilboudo, Journaliste

@Informateur.info- La dernière fois que j’ai échangé avec le Premier ministre Hamed Bakayoko au téléphone, c’était début janvier 2020 à l’occasion des vœux de nouvel an. Je lui avais laissé un message de vœux. Comme il en avait l’habitude, il m’a rappelé quelques heures plus tard pour me présenter ses vœux de vive voix. C’était la marque Hamed Bakayoko.  Quand bien même j’avais démissionné de son journal Le Patriote en 2015 et rejoint l’ancien Président de l’Assemblée nationale, Guillaume Soro, dont je partage l’idéal politique, il n’avait jamais coupé les ponts avec moi.

J’avais toujours son estime et sa confiance. Je profite de cette solennelle et douloureuse circonstance pour lui témoigner ma reconnaissance. Il me l’a  dit un jour et je ne l’oublierai jamais : «Le Burkinabé est un homme intègre et tu l’es Lebel. Tâche de le rester». Autant, il ne me tenait pas rigueur de ma proximité avec Guillaume Soro, (Pourquoi d’ailleurs l’aurait-il fait si avant moi, Méïté Sindou et Touré Moussa l’avaient quitté pour Soro), autant, ce dernier dont j’ai rejoint le cabinet ne s’était jamais préoccupé des rapports que j’ai pu avoir avec mon ancien patron. C’est la preuve que ce sont deux personnalités de valeur  et d’honneur. Je me réjouis de les avoir servis et d’avoir bénéficié de leur estime durant ma jeune carrière.

Hamed Bakayoko s’est senti honoré par ce Prix remporté par son journal en 2010

Mais, comment me suis-je retrouvé au quotidien Le Patriote? Jeune journaliste formé sur le tas en 2000 comme de nombreux autres confrères à Le Populaire, à Le Jour, puis à Le Front, je suis arrivé à la rédaction de ce journal où très tôt j’ai été investi de la lourde mission de décrocher un ou des Prix pour valoriser davantage ce tabloïd qui bénéficiait d’un énorme capital d’estime auprès des Ivoiriens, singulièrement les militants et sympathisants du RDR.

Naturellement, Charles Sanga, DP du journal, m’a donné l’opportunité en 2008 de prouver la pleine mesure de mon talent. Et les résultats ne se sont pas fait attendre. C’est ainsi que depuis la reprise de Le Patriote en version quotidienne en 1999, le seul de ces nombreux journalistes qui lui a ramené un Prix, de surcroît international, c’est bien moi, Alexandre Lebel Ilboudo, qui ai décroché le Prix CNN du Meilleur journaliste francophone africain à Kampala, le 29 mai 2010. En plus du Prix CNN dont je n’ai pas encore été détrôné depuis 11 ans, j’ai été nominé deux fois aux Ebony (2011 et 2013). D’ailleurs, faut-il le préciser, je suis le 3é détenteur de ce titre en Côte d’Ivoire et le premier journaliste de la presse privée ivoirienne à avoir décroché ce Prestigieux Prix. Les deux autres avant moi (2000 et 2004) étaient du quotidien gouvernemental Fraternité Matin.

Le 3 juin 2010, je recevais les félicitations du Golden Boy, un évènement unique dans la vie de son journal. Extrait de ses propos. « Je suis venu dire bravo à notre lauréat du Prix CNN, le jeune frère Lebel. Je considère que le Prix CNN est un Prix prestigieux. Pour nous qui avons flirté un peu avec la presse nous savons que c’est un Prix qui est initié depuis quelques années pour motiver et encourager les journalistes qui font beaucoup dans un environnement et un contexte très difficile (…) Je pense que c’est un moment important dans la vie d’un journal».

Lebel recevant son Prix à Kampala en 2010

D’un Prix local ou international, le quotidien Le Patriote et son promoteur, Hamed Bakayoko en avaient besoin. «Ça fait longtemps, malgré la qualité des articles et des journalistes de Le Patriote, que  j’attends sur le plan local qu’on nous célèbre. (…) Malheureusement, c’est quand les gens quittent Le Patriote que subitement, ils sont célébrés. Je ne sais pas si Le Patriote est frappé d’ostracisme ou interdit de Prix en Côte d’Ivoire. (…) Donc mon jeune frère Lebel, tu honores le Patriote, tu honores tous tes collègues», martelait Hambak.

Les archives tout comme l’histoire, servent de mémoire. Ainsi je pense humblement avoir honoré Hamed Bakayoko, son journal Le Patriote voire toute la presse ivoirienne à travers ce Prix. Je me rappelle qu’après ce laurier, Hambak m’attribua le surnom valorisant de “champion”. Il ne m’appela plus jamais autrement. Je garde de lui le souvenir d’un homme disponible dont l’altruisme est cité en exemple.

Et lorsque j’ai appris de mes sources à Paris qu’il était atteint d’un cancer du foie qui ne lui laissait aucune chance de survie, je n’ai pas eu le courage de le recontacter. M’aurait-il répondu ? Je n’en sais rien, mais j’ai quelques doutes. J’étais toutefois convaincu qu’il avait beaucoup plus besoin de prières que de coups de fil. Et j’ai prié. Mais le miracle ne s’est pas produit. Hélas, comme l’a déclaré d’une voix audible le président du Conseil supérieur des Imams (COSIM), Mamadou Traoré, à l’arrivée de la dépouille mortelle, le samedi 13 mars dernier et je cite: «Hambak a fini sa mission, rien ne pouvait le retenir sur terre». Ce sera mon mot de fin. Acta est fabula.

Alexandre Lebel Ilboudo