@Informateur.info- Lancée depuis de nombreuses années, l’opération d’identification qui vise à délivrer à chaque ivoirien qui en fait la demande sa carte nationale d’identité (CNI) prend des allures de galère pour les requérants partagés entre exaspération et indignation. Reportage.

Mercredi 05 mai 2021. Ce jour marque la délivrance de Nado Sylvain. Après des jours d’attente qui ont été très éprouvants, il a pu enfin entrer en possession de son attestation d’identité. Un ersatz de document officiel qui, comme c’est indiqué sur cette pièce, ‘’n’est pas une carte nationale d’identité’’. Mais permet à titre provisoire de faire certaines transactions bancaires à l’instar de la carte nationale d’identité (CNI). Mais, comment en est-il arrivé à cette pièce alors qu’il  était venu se faire établir une CNI?

Selon Sylvain, cela fait plus de 20 ans qu’il n’a pas ce précieux sésame. C’est-à-dire depuis 1999, année à laquelle a expiré sa CNI. «Depuis cette période, je suis un ‘’sans papier’’ dans mon propre pays et suis condamné à me faire établir des attestations d’identité qui ne sont valables que pour un an», explique-t-il.  De fait, Sylvain aurait pu se faire établir sa carte en 2009, puisque pour rendre possible l’élection présidentielle de 2010, l’Union européenne avait subventionné cette pièce. Celle-ci était donc gratuite pour tous ceux qui en avaient fait la demande. Néanmoins, il fallait se lever aux aurores pour faire la queue dans les centres dédiés à cette opération. «Je trouvais cela très contraignant. Je trouvais vraiment inadmissible que l’on contraigne les gens à se lever à 4 ou 5h du matin pour se faire faire un document administratif», estimait Sylvain. Aujourd’hui, il avoue regretter de n’avoir pas fait comme de nombreux ivoiriens qui ont pu se faire établir leur carte nationale d’identité après avoir accepté de se lever de bon matin. Mais le mal était déjà fait. Finalement en 2019, Sylvain décide d’aller se faire établir sa CNI. «J’ai dû subir les conséquences de mon statut de ‘’sans papier’’. Puis le 06 juin 2019 je suis allé pour me faire établir ma pièce», raconte-t-il. Il reçoit un récépissé une fois l’opération achevée.

  • Sans papier dans son propre pays

Le mercredi 14 avril 2021, fatigué d’attendre sa CNI qui ne venait toujours pas, Nado Sylvain se rend à l’Office national de l’Etat-civil et de l’identification (ONECI), au Plateau, pour s’enquérir de l’état d’avancement de sa pièce. Là, à sa grande surprise, l’on lui demandera de revenir avec un certificat de nationalité de moins d’un an et un extrait d’acte de naissance de moins de 2 ans. Des documents qu’il avait déjà fournis lors de l’opération précédente. Qu’à cela ne tienne, Sylvain s’exécute. Direction, le Palais de Justice du Plateau situé à un jet de pierre de l’ONECI. Là, il doit débourser 3.500FCFA pour établir le certificat en question. Le lendemain, il récupère le document dont le délai de délivrance de 24 heures est respecté et dépose les pièces exigées. Ce, après avoir encore fait le rang comme les autres requérants. Il se voit offrir un autre récépissé assorti d’un rendez-vous dans 45 jours, délai officiel de la délivrance, pour récupérer sa CNI. Comme en 2019 lors de son enrôlement, il lui est encore demandé de repasser dans 45 jours. Serait-ce pour de vrai? Il  attend de voir.

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La situation de Nado Sylvain n’est pas un cas isolé. En effet, tous les jours ouvrables de nombreuses personnes se voient contraintes de se faire établir cette pièce. Sous les bâches dressées dans la cour de l’ONECI, se trouvent de nombreux requérants qui attendent de recevoir leur CNI ou leur attestation, selon les cas. Cependant, toutes ces personnes ont en commun la fatigue induite par les petites tracasseries que subissent les requérants partagés entre exaspération et indignation. Comme le relève le témoignage de certaines personnes que nous avons approchées. «On nous demande la photocopie du récépissé. Je suis venue accompagner ma sœur qui a déposé ses dossiers depuis 2019. Après deux ans, elle attend toujours. C’est pénible. On est fatigué d’attendre, on va revenir», se plaint Hortense Gnepa qui juge le service trop lent. «Les certificats de nationalité sont périmés tous les deux ans. Tant que tu ne donnes pas l’argent, ils ne font pas ça rapidement. C’est fait exprès. On met les petites erreurs là-dessus pour te faire tourner. Ce n’est pas sérieux. Or, si tu n’as pas ta CNI, tu ne peux rien faire», renchérit Konaté Moussa, un enseignant en quête d’une attestation d’identité.  

«J’ai déposé mes dossiers pour l’attestation et on m’a donné rendez-vous dans 3 semaines, alors que j’ai besoin de cette pièce dans une semaine. Comment je vais faire ?», se lamente, outré, un autre. De fait, les requérants ont le sentiment qu’on les fait promener de salle en salle et que tout semble être fait pour les éprouver. «C’est une vraie galère. On se demande finalement si la CNI est une faveur que nous fait l’ONECI ou c’est un droit que nous confère notre citoyenneté? La question mérite d’être posée quand on voit tout ce qu’on nous fait subir ici», dénonce Yves Bolou, journaliste de formation.

  • La CNI, une faveur ou un droit?

On le voit, les griefs ne manquent pas pour clouer l’ONECI au pilori. La Carte nationale d’identité et l’attestation d’identité sont devenues des pièces ‘’rares’’ dont la confection nécessite beaucoup de sacrifices. Or, ces documents sont nécessaires pour tous les actes administratifs ou les opérations bancaires. Ne pas les détenir peut donc exposer certaines personnes aux pires extrémités.  C’est d’ailleurs le cas de Traoré Adama qui a reçu un virement sur son compte de la part d’un partenaire à l’extérieur alors qu’il n’a pas encore pu se faire établir sa CNI et que l’attestation d’identité qu’il utilisait est arrivée à expiration. «Ne disposant pas d’une carte visa, j’étais en panique. Que faire alors cet argent devrait servir à  un projet avant le 03 mai. Je me suis donc rendu à l’ONECI pour avoir une attestation d’identité. On m’a demandé un certificat de nationalité de moins d’un an et un extrait d’acte de naissance de moins de deux ans. Après tout le parcours du combattant qu’impose cette opération, j’arrive à la porte 19 et on me donne rendez-vous pour le 25 mai prochain», raconte-t-il. Pour lui, il n’était pas question qu’il accepte ce délai qui pourrait compromettre le projet. Il fit des mains et des pieds, usant de quelques billets de banques pour raccourcir ce délai. Traoré Adama qui a réuni et déposé ses dossiers le mercredi 28 avril 2021, a récupère l’attestation le vendredi 30 avril. Ce qui n’est pas le cas pour beaucoup alors même que le délai de délivrance de l’attestation d’identité qui coûte officiellement 3.500 FCFA est de 24 heures.

Jean François FALL