@Informateur.info- Le communiqué qui a sanctionné, lundi, la dernière mission ministérielle de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) en Côte d’Ivoire a laissé les Ivoiriens dans le feu, à moins de deux semaines de l’ouverture du premier tour de la présidentielle.

Incapable d’imposer une feuille de route comme socle de discussion aux parties en présence, comme cela se fait dans toute médiation, la mission de la CEDEAO conduite par la ministre ghanéenne des Affaires étrangères, Mme Ayorkor Botchway, a soufflé le chaud et le froid pour laisser, en définitive, les Ivoiriens à leur sort. Elle n’a apporté aucun élément nouveau permettant d’envisager la suite du processus électoral avec plus de sérénité. Le communiqué a mis toutes les parties dos à dos, et laissé les populations sur leur faim.

Chaque camp tirant sur lui le pan du communiqué qui lui sied. En clair, un texte qui prête plus à interprétation qu’à la résolution de la crise. Se contentant d’admettre “la persistance des points de divergence relatifs au processus électoral”. Qu’a-t-elle fait pour aplanir ces points d’achoppement? Pourquoi la mission n’a pas, à tout le moins, réussi à dissiper ces divergences qui risquent à terme à plomber le processus? Cette incapacité de Mme Botchway et sa délégation à réunir autour d’une table de négociation sous leur égide, les différents protagonistes, laisse planer davantage, des incertitudes sur l’issue du processus. Chaque camp étant cramponné sur ses positions.

Et la mission n’a fait que les relever en des termes diplomatiques en invitant “les parties à se rapprocher pour des élections apaisées, crédibles, transparentes et inclusives”. C’est à dire que la mission a manqué de cran, de poigne pour taper du poing sur la table et imposer ses vues dans la résolution. Elle feind d’ignorer la crise de confiance entre les différents acteurs qui a généré des tensions sociopolitiques avec leurs corolaires de violences que la mission dénonce et condamne. Sans plus.

Comment les candidats que la mission a rencontrés peuvent-ils “se focaliser sur des points réalistes devant aider au dénouement des différends en vue d’une participation inclusive, transparente, crédible et non violente à l’élection présidentielle”, comme le suggèrent Ayorkor Botchway et sa suite, en l’absence d’une confiance mutuelle?

C’est dans ces conditions et sans avoir réussi à enlever tous ces écueils que la CEDEAO demande à Henri Konan Bédié et Pascal Affi N’guessan de reconsidérer leur position de “désobéissance civile et de boycott” et invite les Ivoiriens à aller aux urnes le samedi 31 octobre 2020. Pour quel scrutin alors? Sans donner de gage de transparence, de scrutin inclusif et apaisé. Autant le dire, l’organisation régionale laisse une bonne patate chaude aux mains des Ivoiriens. Là où elle devrait faire le point des missions antérieures pour évaluer les premières recommandations.

Pour rappel, le 26 septembre, la CEDEAO encourageait “la CEI à poursuivre les rencontres avec les différents candidats pour trouver des solutions aux problèmes en suspens”. Hier, encore, elle a “réitéré son appel à la Cei, pour qu’elle poursuive ses réunions avec les différents candidats, pour trouver des solutions aux problèmes en suspens”. Cela s’appelle de la duplicité. Sinon, après avoir constaté que la CEI n’a pu rien faire depuis le 26 septembre, la médiation devrait en tirer les conséquences pour prendre les mesures qui s’imposent. Elle a plutôt ouvert le boulevard au président sortant pour un troisième mandat controversé.

Jean-François FALL