(New York, le 30 octobre 2020) – Au moins 20 personnes auraient été tuées lors de violents incidents intercommunautaires et politiques à l’approche de l’élection présidentielle du 31 octobre 2020 en Côte d’Ivoire. Le gouvernement ivoirien a interdit les manifestations publiques depuis le 19 août, et les forces de sécurité ont à plusieurs reprises dispersé de force des manifestations de l’opposition et arrêté des participants.

Le président sortant, Alassane Ouattara, qui a été élu pour la première fois en 2010, brigue un troisième mandat, tandis que les principaux candidats de l’opposition boycottent le scrutin.

Bien que la constitution impose au chef de l’État une limite de deux mandats consécutifs, Ouattara affirme que l’approbation d’une nouvelle constitution, en 2016 par référendum, a permis de ramener le décompte à zéro et, par conséquent, l’autorise à se présenter pour un nouveau quinquennat. Le Conseil constitutionnel ivoirien a entériné la participation de Ouattara à cette élection le 14 septembre.

En 2010, l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire avait conduit à un conflit armé, dans lequel au moins 3 000 personnes avaient été tuées et plus de 150 femmes et filles avaient été violées. Pratiquement aucun des individus impliqués dans ces violences n’a été amené à rendre des comptes.

La citation suivante peut être attribuée à Ida Sawyer, directrice adjointe de la division Afrique à Human Rights Watch: «L’histoire récente de la Côte d’Ivoire met en évidence la nécessité que les autorités fassent tout leur possible pour s’assurer que l’élection présidentielle ne soit pas un prélude à la reprise de violences intercommunautaires et politiques généralisées.

Les autorités devraient s’assurer que chaque citoyen soit autorisé à manifester pacifiquement et à exprimer ses préoccupations sans entraves. Les forces de sécurité devraient faire preuve de retenue, éviter de recourir à une force excessive et, au contraire, s’efforcer de protéger tous les manifestants, quelle que soit leur ethnicité ou leur appartenance politique.

Les responsables gouvernementaux et ceux des forces de sécurité, ainsi que les dirigeants politiques, devraient s’abstenir d’utiliser un langage de nature à inciter à la haine et aux violences ethniques. Les personnes qui se rendraient responsables d’un recours excessif à la force, ou qui recruteraient des hommes de main pour commettre des actes violents ou d’autres violations des droits humains, devraient faire l’objet d’enquêtes impartiales et être amenés à rendre des comptes.»

Source: Human Rights Watch