@Informateur.info- Deux ans après son entrée en vigueur, la carte consulaire biométrique sécurisée initiée sous le régime Compaoré et dont l’établissement a été attribué sous un registre de gré à gré à la société Snedai de l’homme d’affaires ivoirien Adama Bictogo, sans appel d’offres, ne satisfait pas les attentes de la communauté burkinabé en Côte d’Ivoire. Informateur.info ouvre à compter de ce jour, une série de dossier sur cette carte consulaire dite biométrique, avec des témoignages de personnes ayant subi les désagréments.

  • Plus d’un grief décrié

Au Consulat Général du Burkina Faso à Abidjan-Plateau, on ne se bouscule plus pour se faire établir sa carte consulaire. Et pourtant au lancement de la nouvelle carte biométrique, il y a deux ans, la cour refusait du monde. Les requérants dans le besoin étaient pressés de se faire délivrer leur pièce. Mais au prix d’une longue file et d’un processus complexe et lent en termes de délivrance de la pièce. Puis au terme de ces désagréments, les requérants désabusés, découvrent qu’ils ne sont pas au bout de leur peine. En cause, cette fois, la mauvaise qualité de la pièce dont les écritures et les images  s’altèrent au bout de six mois pour une pièce dont la validité est de 5 ans ; obligeant les détenteurs à recourir constamment à des renouvellements. Ce qui induit des frais supplémentaires et constitue un superprofit pour l’entreprise.

Alain Sanou, opérateur économique burkinabé exerçant dans le domaine de l’aménagement foncier, promet de faire avaler sa pièce à l’un des responsables de Snedai si un jour le sort leur donnait de se croiser. «C’est tout sauf un service de qualité. Regardez bien ma pièce, j’en suis à mon troisième renouvellement non pas parce que je les égare mais tout simplement parce qu’elles deviennent illisibles et la photo ne se distingue plus au bout d’un certain temps. Et dire que pour ça j’ai dû débourser 7.000 FCFA pour me la faire établir», relate l’aménageur foncier du côté de la Riviera. Selon Alain Sanou, il aurait eu plus d’une fois des soucis lors de ses passages à sa banque pour des opérations. «Cette carte est une connerie, une foutaise et une insulte à la communauté burkinabé», fulmine t-il.

Contrairement à Alain Sanou qui a les moyens de recourir régulièrement au renouvèlement de sa pièce pour pallier la mauvaise qualité (en attendant de la faire avaler comme il le promet à l’un des responsables de Snedai), les autres n’en font pas moins bon cœur contre mauvaise fortune. Et pour cause, la mauvaise qualité des pièces ne relève pas de cas isolés mais une constance chez l’opérateur. Selon l’un des délégués consulaires du district d’Abidjan, Snedai a produit en deux ans des milliers de pièces de mauvaises qualités qui ne facilitent pas le quotidien de la communauté. Conséquence majeure la grande majorité des Burkinabè en Côte d’Ivoire portent sur elles des pièces illisibles. «La chance de nos parents, c’est que sous le président Alassane Ouattara l’on n’assiste plus aux contrôles abusifs de la part des forces de l’ordre sinon nous aurions eu des difficultés à prouver que les pièces que nous détenons sont vraiment notre identité», résume le relais communautaire du Consul Général d’Abidjan.

  • Une escroquerie qui ne dit pas son nom

Consulat 1

Si la mauvaise qualité de la nouvelle carte consulaire biométrique est  le plus dénoncée, elle reste, cependant, très loin d’être le seul talon d’Achille de l’entreprise de l’ex- ministre ivoirien de l’Intégration africaine, Adama Bictogo. «Il nous avait été indiqué que les pièces devraient être délivrées aux requérants dans un délai de 72 heures. Mais depuis deux ans la moyenne pour se faire établir une carte consulaire est d’un mois», dénonce Sawadogo Souleymane, expert en gestion des audits et initiateur du L’Etalon Club Services International. Selon ce dernier l’entreprise Snedai n’a jamais respecté son cahier de charges. «L’entreprise accuse trop de manquements alors qu’il nous a été démontré qu’on pouvait établir des pièces de belles facture à un prix qui tourne autour de 3.000 à 3.500 FCFA. Après les élections au Burkina, je crois que les nouvelles autorités doivent apporter des solutions à ce mal», espère M. Sawadogo.

Les mêmes griefs sont portés contre l’entreprise par le président de l’ONG Zoodo, M. Savadogo Mamadou qui estime que les plaintes de la communauté sont bien fondées. «Vous savez, l’ancienne carte ne présentait pas mieux que la nouvelle mais elle avait le mérite de traverser des années alors qu’elle était en papier. Je pense qu’il y a beaucoup de choses à revoir dans l’établissement de cette carte», estime le président de l’ONG Zoodo. Il en appelle lui aussi à des mesures correctives. Même son de cloche du côté de Angré où Lamine Savadogo, un des responsables communautaires remet lui aussi en cause la qualité des services de Snedai. «Cette entreprise n’a pas été à la hauteur durant ces deux ans. La qualité laisse à désirer, le délai de délivrance de la pièce est très longue et le coût n’est pas aussi à la portée de tous les burkinabè», regrette M. Sawadogo Lamine qui déplore également que cette entreprise n’emploie pas de jeunes de la diaspora.

Faut-il le rappeler, l’avènement de la carte biométrique avait suscité de vives protestations au sein de la communauté burkinabé qui rejetait le coût de 7.000 FCFA et sa validité initiale de trois. Le combat avait dû être mené en rang dispersé, mais énergiquement par l’Association des Sans Voix, le Collectif des Association et mouvements de jeunesse burkinabé de Côte d’Ivoire Camjb-ci et bien d’autres structures qui ont pu obtenir la rallonge du délai de validité à 5 ans.

Pour un marché aussi essentiel et dont l’attribution s’est faite de gré à gré et sans même que le public n’ait connaissance des termes de la convention qui lie l’Etat burkinabé à l’opérateur, la communauté burkinabé est en droit d’exiger des comptes. Notons qu’à ce jour, ce sont plus de 600.000 cartes consulaires biométriques qui ont été confectionnées sur une prévision de 3,5 millions au bout de 3 ans. Sur le coût de la carte qui revient à 7.000 FCFA, l’Etat Burkina a une quote-part de 2900 FCFA et 4100 FCFA pour l’opérateur snedai.

Nous traiterons dans notre prochain dossier, du racket des requérants dans les localités intérieures par les équipe mobiles de Snedai. Témoignages à l’appui.

Jean François Fall

Entretien
Kindo Issaka à propos de la carte biométrique: «Il appartiendra au futur gouvernement du Burkina Faso d’en tirer les conséquences »

Kindo

El Hadj Kindo Issaka, Vice-président du Conseil national des Burkinabè en Côte d’Ivoire et porte-parole de la diaspora, estime que l’avènement de la carte consulaire dite biométrique, n’a pas répondu aux attentes de sa communauté. Entretien.

Informateur.info- Ce 18 novembre 2015, marque la deuxième année du lancement de la carte consulaire biométrique. Ya t-il aujourd’hui un motif de satisfaction pour la communauté vis-à-vis de cette carte format carte de crédit ?

KI : Personnellement, je ne suis pas satisfait de cette carte dite biométrique. Et je pense aussi qu’une bonne partie de la communauté s’est sentie désabusée par cette carte.

Informateur.info : Qu’est ce que vous reprochez exactement à cette carte consulaire ?

Kindo Issaka : Les récriminations sont nombreuses parce qu’il y a beaucoup d’insuffisances liées à la confection de cette carte dite biométrique. Le plus flagrant c’est d’abord la qualité même de la pièce qui laisse à désirer. Ensuite, il y a les délais de délivrances et le coût de la carte fixé à 7.000 FCFA. Sur ce point nous avons demandé au gouvernement de la transition de revoir à la baisse le coût de la carte parce que nous jugeons les 7.000 FCFA très élevés. Notre position sur le prix reste inflexible. Puis il y a aussi le racket dont se rendent coupables les équipes mobiles de Snedai lors du processus d’enrôlement de nos compatriotes à l’intérieur. C’est un fait déplorable qui se poursuit malheureusement. Si je dois me résumer, deux ans après le lancement de cette opération, je ne pense pas que 50% des burkinabè en Côte d’Ivoire soient enrôlés. C’est donc un échec au niveau des prévisions.

Informateur.info : Faut-il retirer la confection de la carte à l’actuel opérateur?

Kindo Issaka: Il est clair que l’opérateur en charge de la confection des cartes n’est pas à la hauteur. Rien qu’au regard des plaintes quotidiennes de nos compatriotes. Il appartiendra au futur gouvernement du Burkina Faso d’en tirer les conséquences. Et nous l’attendons sur ce dossier.

Propos recueillis par Jean François Fall