@Informateur.info- La présence chinoise ces deux dernières décennies en Afrique s’est confortée par le biais d’importants investissements et des prêts alloués à plusieurs Etats africains. Ce qui fait d’elle un acteur majeur qui a désormais son mot à dire dans le développement du continent. Premier partenaire commercial de l’Afrique, la Chine n’en demeure pas moins un créancier à hauteur de plus de 145 milliards de dollars. Ces prêts cumulés entre 2000 et 2018, font d’elle la détentrice de 40% de la dette africaine.

C’est que le rôle croissant du crédit bancaire chinois et la hausse de taux d’intérêt que l’Empire du milieu négocie directement avec les pays africains sort du cadre conventionnel auquel l’Afrique a été habitué jusque-là avec ses partenaires traditionnels que sont le FMI, la Banque Mondiale voire la France. Ce qui n’alourdit pas moins les charges de ces Etats débiteurs qui se retrouvent facilement dans des situations d’insolvabilités.

  • Recoloniser l’Afrique par la dette

C’est de cette dette-là dont parlait déjà Thomas Sankara, le 26 juillet 1987, en ces termes : «La dette sous sa forme actuelle est une reconquête savamment organisée de l’Afrique, pour que sa croissance et son développement obéissent à des paliers, à des normes, qui nous sont totalement étrangers. Faisant en sorte que chacun de nous devienne l’esclave financier, c’est-à-dire l’esclave tout court, de ceux qui ont eu l’opportunité, la ruse, la fourberie de placer des fonds chez nous avec l’obligation de rembourser».

Le hic, c’est que non seulement la Chine applique des taux d’intérêts supérieurs et détient plus du tiers de la dette africaine mais elle refuse un moratoire sur la dette africaine. A preuve, alors que le FMI accordait en avril dernier un allègement de 215 millions de dollars à 19 pays africains, et que le G20 (dont fait partie la Chine) consentait à une suspension des paiements jusqu’à fin 2020, la Chine elle reste camper sur les remboursements.  Ce, en dépit du contexte sanitaire inhérent à la Covid-19 qui plombe les économies des Etats.

De fait, selon le ministre des Finances du Ghana, Ken Ofori-Atta, sur les 145 milliards de dollars dus à la chine, 8 milliards sont exigibles cette année. Et au nombre des pays concernés par ces remboursements on note, le Gabon, le Ghana, la Zambie, et l’Ethiopie. Il a fallu des  pressions des partenaires traditionnels de l’Afrique et un plaidoyer de plusieurs pays africains pour que la Chine se plie finalement en juin dernier et accepte de suspendre le remboursement des prêts  dont l’échéance est  prévue en 2020.

On imagine bien à ce rythme ce que la Chine pourrait exiger un jour aux  pays débiteurs en situation d’insolvabilité. Et c’est à l’aune de cette réalité que le terme «recolonisation» prend tout son sens.

Charlène ADJOVI