@Informateur.info- Après une présence controversée en République Centrafricaine, où elle est accusée dans plusieurs rapports de violation des droits de l’homme, notamment par l’ONU, la société militaire privée russe Wagner est en passe de prendre pied au Mali où des négociations en cours sont très avancées avec la transition militaire cornaquée par le Colonel Assimi Goita.

Le choix de la collaboration avec la SMP Wagner que s’apprête à opérer la junte militaire semble tenir beaucoup plus à tourner le dos à la France plutôt qu’un réel partenariat bénéfique pour le Mali. Seulement, cette aventure pourrait avoir d’énormes conséquences multidimensionnelles néfastes, non seulement, pour le Mali mais aussi pour ses voisins que sont l’Algérie, le Niger, le Sénégal, la Côte d’Ivoire, et le Burkina Faso.

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De fait, avec un déficit budgétaire qui se creuse chaque année, du fait des difficultés financières auxquelles le pays est en bute, le budget du Mali qui tourne autour de 2000 milliards FCFA, dépend beaucoup des aides extérieures. Cette bouée de secours pourrait être suspendue si la Junte militaire dont la principale mission, il faut le rappeler, qui est de ramener le pays à l’ordre constitutionnel  à travers des élections libres et crédibles, venait à s’arroger les prérogatives de décider sur des questions qui devraient être tranchées, normalement, par l’assemblée nationale.

En sollicitant les services de la SMP Wagner, la junte militaire au pouvoir au Mali ouvre tout simplement les ressources naturelles du pays à un prédateur qui a déjà développé son modèle de rétribution en Centrafrique; par l’exploitation des mines, et une emprise directe sur l’administration des douanes. La junte militaire ne pourrait rétribuer autrement ce partenaire militaire au statut particulier. Or les concessions financières vont entrainer, subséquemment, une perte de souveraineté. On ne peut pas accuser son allié traditionnel qu’est la France de piller ses ressources et faire officiellement appel sur son sol à une société militaire qui vit de pillage avéré. Aura-t-on changé quelque chose au bout d’un an, de deux voire cinq ans? Assurément non!

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Au plan sécuritaire, la junte militaire peut bien faire valoir des arguments pour un éventuel partenariat avec la SMP Wagner qui a recours au mercenariat, le pays étant englué depuis au moins une décennie dans une guerre sans merci contre le terrorisme. Les putschistes peuvent à travers ce partenariat espérer (légitimement) la possibilité d’une reconquête du nord. Mais un tel projet pourrait affecter l’accord d’Alger signé en 2015 à Bamako et qui vise à mettre fin à la guerre au Mali. En clair un projet de reconquête du nord par les forces armées maliennes avec l’appui de la SMP Wagner fera basculer des combattants des groupes signataires de l’accord d’Alger dans l’escarcelle des terroristes et raviver un nouveau cycle de violence.  Une telle éventualité risque également de donner du fil à retordre à l’Union Européenne, à l’ONU, et la Task Force Takuba au Mali.

À moins qu’Assimi Goîta et ses camarades n’aient l’intention de créer des conditions propices à une confiscation du pouvoir en violation du délai du 22 novembre 2021 fixé par la Cedeao pour la tenue d’élection, rien ne saurait justifier la signature d’un partenariat sécuritaire, non pas avec la Russie en tant qu’Etat, mais avec une société miliaire privée russe. Le contraire serait du plus mauvais effet.

Charlène ADJOVI