@Informateur.info- L’aide médicale chinoise en direction de l’Afrique dans le cadre de la lutte contre la Covid-19, le semestre dernier, n’aura pas suffi à redorer son blason et effacer sa responsabilité dans la survenue de cette pandémie. Pas plus qu’elle n’aura en rien changé ses méthodes en Afrique ni le racisme qui lui colle à la peau.

Dès mi-mars 2020, alors qu’elle semblait contenir la pandémie du Coronavirus apparue chez elle courant décembre 2019, la Chine a lancé aussitôt des opérations d’envois du matériel médical et même des équipes médicales dans plusieurs pays à travers le monde. L’Italie, l’Irak et l’Iran ont bénéficié non seulement de ce matériel mais aussi de la présence des experts chinois. Il en a été de même pour des pays moins solides que ces trois suscités en Afrique. Puisque le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire, pour ne citer que ces cas-là, ont également à la fois reçu l’aide chinoise et des équipes de médecins. Pour le geste, c’était du pain bénit pour les bénéficiaires qui en plus d’avoir pu renforcer leurs dispositifs d’hospitalisation et de lutte en terme de masques, du matériel respiratoire et des électrocardiographies, ont eu également droit à des conseils en termes d’organisations de la prise en charge des experts chinois.

  • Savoir s’émanciper de l’assistanat

Mais la Chine ne compte pas s’arrête là. Surtout pas au moment où la pandémie de la Covid-19 lui offre une des rares opportunités de renforcer et d’afficher son influence. De fait dans une récente interview publiée sur le site de l’Ambassade de Chine en Côte d’Ivoire, le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, plantait le décor en ces termes : «La Chine travaillera avec les pays partenaires à promouvoir énergiquement la construction d’une «Route de la soie de la Santé» et à organiser en temps opportun une visioconférence de haut niveau pour mieux protéger la vie et la santé des peuples. Nous travaillerons également à construire une «Route de la soie numérique» pour développer davantage de pôles de croissance pour le développement économique des différents pays et apporter une impulsion plus forte à la reprise économique dans le monde».

Certes, la portée de l’aide chinoise consentie reste relative en raison de quelques difficultés liées au mode d’emplois en chinois, des tests offerts sans agents chimiques etc., mais cela n’occulte guère le fait que la Chine est un géant. Un partenaire de poids qui ne lésine pas sur les moyens d’extension de son hégémonie dans une Afrique où les dirigeants résistent peu au piège de l’assistanat avec toute la servitude induite.

  • Espionnage et racisme

Or déjà, des signes d’alerte commandent à  ces derniers la prudence. C’est que l ’Afrique doit éviter de tout miser sur la Chine et savoir négocier courageusement les conditionnalités imposées par ce nouveau partenaire. A preuve, la tour de verre construite et offerte gracieusement par la Chine en 2012 pour servir de siège à l’Union Africaine (UA) à Addis-Abeba s’est avérée six ans après un cadeau empoisonné.

Ce don de la Chine à ses amis de l’Afrique était délibérément truffé de système d’espionnage numérique. L’affaire avait fait grand bruit en 2018. Certes, la Chine a démenti avec une seconde offre de reconfigurer les serveurs incriminés si l’UA le voulait bien, mais le mal était fait. Cette affaire qui aurait pu déboucher sur un grave incident diplomatique et instaurer de fait une crise de confiance manifeste entre l’UA et la Chine ne s’est curieusement soldée que par le renvoi de l’ingénieur information chinois et l’achat d’autres serveurs propres à l’institution. Mentalité d’assistanat oblige! Que pouvait bien faire d’autre l’UA, après avoir accepté gracieusement un siège qu’elle pouvait se construire elle-même?  Quelles dispositions ont pris, depuis lors, la Cedeao dont le siège a aussi été construit par la Chine? Assurément aucune.

Au scandale d’espionnage de ses «amis africains», s’ajoute le racisme face auquel semble buter la politique d’ouverture chinoise et se révèle comme un signe Caïn. De fait, en avril 2020, les diasporas africaines vivant en Chine, notamment dans la province du Guangdong, ont été l’objet d’actes racistes qui ont suscité l’émoi de la communauté internationale. Evidemment, le pays de  Xi Jingping  a aussitôt réagi en promettant des mesures pour faire cesser ces actes et tenter de minimiser sa portée.

Mais on notera que sur le plan purement culturel et du respect des droits humains, la Chine  a du chemin à faire pour rattraper l’Europe où la législation en la matière est ferme. Ce n’est peut-être par fortuit, que la Chine s’appuie sur le soutien de la Turquie, l’Iran, la Russie etc. Des pays avec lesquels, elle a en commun le non-respect du droit international. Ce serait dommageable que l’Afrique mise tout sur ces Etats.

Charlène ADJOVI