@Informateur.info- La Russie s’est lancée ces dernières années dans une véritable opération de charme en Afrique qui cache mal l’avidité du pays de Vladimir Poutine pour les matières premiers des pays où elle est présente et sa soif de leadership international. Qu’on en juge !

La Russie a pris l’option de ne plus laisser l’Afrique entre les seules mains de ses partenaires internationaux traditionnels que sont, entre autres, les Etats-Unis, la France et l’Union Européenne qui ont longtemps soutenu voire façonné le développement du continent. Depuis, le Kremlin n’a de cesser de créer des cadres de rencontre avec les dirigeants africains et de développer ses stratégies d’influence. Elle qui n’avait jamais auparavant été solidaire de l’Afrique et n’agissait que dans son propre intérêt, met subitement en avant, 60 ans après les indépendances des pays africains, l’idée d’une histoire commune autour des valeurs de communisme.

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En effet, devant une quarantaine de dirigeants africains conviés au sommet de Sotchi en octobre 2019, premier du genre, Poutine avait annoncé solennellement son ambition de doubler les échanger commerciaux de son pays avec l’Afrique. Lesquels échanges étaient estimés en 2018 à 20 milliards de dollars soit dix fois moins que la Chine, l’autre sangsue de l’Afrique. Et en quoi consistent ces échanges? Il s’agit pour l’essentiel des produits agricoles et industriels. Si la rencontre de Sotchi a beaucoup mis l’accent sur l’économie et le développement, l’armement n’a pas pour autant été occulté.

  • Le Kremlin a une stratégie occulte en Afrique

De fait, le président centrafricain, Faustin-Archange Touadéra, qui a fait une demande expresse à Vladimir Poutine de renforcer l’aide militaire russe à son pays n’avait fait qu’enfoncer une porte déjà ouverte. Puisque officiellement les premières livraisons d’armes russes en Centrafrique ont débuté dix mois avant le sommet de Sotchi. Si ces livraisons ont reçu le feu vert de l’ONU, il faut cependant préciser que la Russie qui a sans doute d’autres ambitions n’a pas tout inscrit au registre de l’officiel. «La Russie  emploie officieusement une pléthore d’acteurs russes non étatiques. Ces acteurs sont interconnectés entre eux jusqu’au plus haut niveau en rapport étroit avec les services spéciaux russes», révèle une source bien placée. Selon d’ailleurs cette source, la Russie joue un double jeu en Centrafrique. «Alors qu’elle a un conseiller à la sécurité en la personne de Valérii Zakharov auprès de Touadéra, elle apporte en parallèle un soutien logistique aux rebelles  pour le contrôle et l’exploitation à son profit des mines de diamant et d’or dans les provinces», accuse-t-elle.

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Soupçonnée de mercenariat, la Société Militaire Privée (SMP) Wagner qui s’est déployée ces dernières années en Afrique avec pour spécialité la formation des forces de sécurités locales serait le canal d’exploitation des matières premières. A l’actif de ces forces paramilitaires russes, l’on a enregistré en janvier 2019 dans la localité de Bambari en Centrafrique, des accusations de tortures pour lesquelles l’ONU a dû diligenter une enquête.

  • Un recours aux mercenaires

De fait la Russie se sert de ces entités privées présentes en Centrafrique, en RDC, à Madagascar etc., comme des fusibles qui lui offrent toujours une échappatoire lorsqu’elle est pointée du doigt. Et elle l’a très souvent été malheureusement dans les dossiers de tortures, de trucage des résultats électoraux etc. Des pratiques dont l’Afrique qui cherche encore les voies et moyens de son développement n’en a vraiment pas besoin. C’est que la quête d’alternative d’avec ses partenaires traditionnels, aussi légitime qu’elle puisse paraitre, ne devrait pas conduire l’Afrique à perdre de vue les motifs réels du regain subit d’intérêt de la Russie pour elle. Il faut savoir se passer d’avoir à subir un lot de regrets en ouvrant l’œil et surtout le bon au moment du choix de ses partenaires.

Aussi est-il important que les dirigeants africains et les décideurs sachent prendre du recul devant la vaste campagne de communication distillée par certains activistes africains pro-russes ; et qui en fait ne sont que des prébendiers à la solde des relais stratégiques de Saint-Pétersbourg. L’Afrique doit sans doute aller de l’avant mais pas en se laissant influencer par des faiseurs de fausses opinions pistonnés depuis des laboratoires de propagandes russes. Alors que ces derniers, pour peu qu’ils aient été intègres, auraient milité pour plus de démocratie et de respect des droits humains en Russie.

Charlène ADJOVI