@informateur.info- Pour la première fois après son élection en octobre 2020 pour un troisième mandat, le Chef de l’Etat ivoirien Alassane Ouattara s’est exprimé sur l’actualité sociopolitique de son pays dans une interview accordée à Jeune Afrique. Mots choisis.

Retour de Laurent Gbagbo

”Nous avons organisé son retour, les choses se sont bien passées et nous nous sommes rencontrés. C’était un entretien fraternel et amical. Laurent Gbagbo est un acteur majeur de la vie politique de notre pays mais aussi un ancien président. J’ai donc donné des instructions pour qu’il reçoive tous les avantages et toutes les considérations dus à son rang (…). Nous avons désormais de bonnes relations, des relations normales, et nous échangeons souvent au téléphone”.

Rapports avec Henri Konan Bédié

“C’est la même chose. Je l’ai eu récemment au téléphone, à l’occasion d’un deuil qui a frappé sa famille. Je considère qu’en ce qui concerne les trois grands leaders politiques de ce pays, comme les gens disent – et si je suis inclus dans ce trio –, les choses se passent bien. Nous devons d’ailleurs nous voir dans un avenir proche afin d’échanger sur les défis que la Côte d’Ivoire se doit de relever”.

Situation de Guillaume Soro

”Je n’ai rien à dire de particulier sur le cas de Guillaume Soro. Ce dossier n’est pas à mon niveau mais entre les mains de la justice. Les faits qui lui sont reprochés sont d’une extrême gravité et il a été l’objet d’une condamnation à perpétuité mais il peut évidemment rentrer et faire face à la justice”.

Alliance Gbagbo-Bédié

“C’est leur décision. Disons que c’est effectivement surprenant, car ils n’ont pas la même idéologie politique : Laurent Gbagbo est un socialiste et Henri Konan Bédié, un libéral centriste… Je peine à imaginer les contours du programme qu’ils pourraient proposer ensemble aux Ivoiriens!”.

Election 2020 et désobéissance civile

“Ce qui s’est passé par la suite m’a profondément choqué et me laisse un goût amer. L’élection a été entachée de graves incidents après que certains « responsables » de l’opposition ont appelé à la désobéissance civile et tenté de faire prospérer l’idée d’une transition qui n’aurait eu ni base légale ni légitimité. Ces personnes savaient pertinemment que j’étais éligible à un nouveau mandat et que j’avais initialement décidé de me retirer. Cette malhonnêteté intellectuelle m’a profondément déçu. Comment de hauts responsables, dont certains ont géré la Côte d’Ivoire, peuvent-ils décider d’organiser le boycott des élections et appeler à des actions qui ont conduit à des violences et à des morts ?”.

Présidentielle 2025

” J’ai été réélu il y a moins d’un an. Ma préoccupation immédiate, c’est de travailler au service de mes compatriotes. Pour 2025, je prendrai la décision appropriée le moment venu. Cela dit, ma position est connue, puisque je l’avais exprimé en mars 2020…”.

Blaise Compaoré devant la justice burkinabè

“C’est un problème entre l’ancien président Blaise Compaoré et son pays. Il est en Côte d’Ivoire pour des raisons bien connues. Son épouse est ivoirienne et la Côte d’Ivoire a toujours été une terre d’hospitalité. Je n’entends pas me mêler d’une affaire qui est devant la justice du Burkina Faso”.

Restructuration du Rhdp

“Nous avons besoin d’une véritable restructuration du RHDP. J’ai mis en place un comité présidé par le ministre d’État Gilbert Kafana Koné, qui doit nous faire des propositions avant la fin de l’année. Soyons franc : pas totalement encore. Certains continuent de raisonner par rapport à leur formation d’origine. Le RHDP doit devenir une union de partis qui existe par elle-même et ne plus être un rassemblement d’anciens mouvements. Ceci étant dit, le RHDP est tout de même une formation forte, la plus grande de Côte d’Ivoire, avec 60 % des députés et trois quart des sénateurs. Elle est la seule qui soit implantée dans l’ensemble du territoire, dans toutes les régions, tous les départements, communes ou villages, et elle réunit des citoyens de tous bords”.

Une sélection de
Geneviève MADINA