Moussa Faki, président de la commission de l'UA

@Informateur.info- A l’épreuve de la pratique de l’accord de défense signé en 2017 entre la Centrafrique et la Russie, les violations des droits humains n’ont jamais été aussi dénoncées dans cette partie de l’Afrique centrale. D’abord de manière inaudible par les victimes elles-mêmes, c’est-à-dire les centrafricains, puis par l’Organisation des Nations unies (ONU). Seulement, en dépit des faits allégués et répertoriés dans plus d’un rapport, Moscou ne semble pas inquiété. Encouragé sans doute par l’absence de sanctions mais surtout du silence de l’Union Africaine et de l’élite africaine. Ce qui choque le monde libre et les défenseurs des droits humains. Etats des lieux.

La présence russe en Centrafricains est assurément d’un secours aussi bien institutionnel que militaire pour le gouvernement de Faustin Archange Touadera ; surtout dans un contexte où le pays était en proie à une guerre civile et où l’objectif était de sauver un régime. Mais à quel prix? Si officiellement les Forces armées centrafricaines bénéficient d’une formation et d’un encadrement d’instructeurs russes estimés à quelques 500 militaires, le recours aux mercenaires formellement reconnus comme appartenant à la Société Wagner dans les combats qui se sont déroulés par endroits dans le pays, a fait l’objet d’une série de rapports d’enquête qui ont mis à nue des violations inacceptables des droits humains.

En effet, le récent rapport de 38 pages du Groupe de travail de l’ONU sur l’utilisation de mercenaires rattaché au Haut-Commissariat aux droits de l’homme des Nations unies de Genève est plus qu’édifiant. Il répertorie et confirme les violations du droit humanitaire international par les paramilitaires russes. Notamment lors de la prise du contrôle de la capitale Bangui. Ce rapport relève même que les casques bleus et le personnel de l’ONU ont essuyé des assauts de ces mercenaires.

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Bien avant la publication du rapport du groupe de travail de l’ONU, le gouvernement centrafricain  et Moscou ont fait preuve d’une sacrée dose de cynisme en niant ces faits. Alors que tout prouve que c’est bien l’armée centrafricaine et les instructeurs russes qui étaient à la manœuvre à Bangui.

Si, sous le prétexte de la formation de l’armée centrafricaine et du soutien au gouvernement à la solde de la Russie, on doit assister aux violations du droit humanitaire international, sans que des organisations comme l’Union Africaine ne condamnent, c’est à désespérer. Elle dont l’un des objectifs principaux est la promotion de la coopération internationale adossée à la Charte des Nations unies et de la Déclaration universelle des droits de l’Homme.

En clair que dit l’Union Africaine du rapport du Groupe de travail de l’ONU sur «les graves violations des droits de l’homme», par les paramilitaires russes? Au-delà des manquements aux droits humains, quelle est sa position sur le pillage des ressources naturelles organisées par les sociétés écrans russe en Centrafrique.

Certes, l’UA est impliquée dans le processus de paix en République Centrafricaine où elle a participé à des missions conjointes avec l’Union européenne (UE) et la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC), mais faire progresser la paix dans ce pays requiert bien plus qu’une posture de facilitateur.

Il faut savoir dire à la Russie son fait et exiger d’elle le retrait de ses mercenaires avant que cela ne devienne contagieux comme l’est l’hydre terroriste pour d’autres pays africains. Et en l’espèce l’élite africaine est aussi interpellée.

Alfred SIRIMA