Daouda Traoré a tiré sa révérence, le jeudi 16 avril 2020

@Informateur.info- En novembre 2017, El Hadj Traoré Daouda, de nature très mesuré, accordait une de ses rares interviewes à Informateur.info. De l’inorganisation de la diaspora, à l’après Blaise Compoaré en passant par l’attitude bureaucratique de la Représentation diplomatique et consulaire, le natif du Yatenga n’avait pas usé de la langue de bois. A l’occasion de son décès nous republions cet entretien-vérité en guise d’hommage.

  • Infomateur.info : En tant qu’un des doyens de la communauté Burkinabè en Côte d’Ivoire, quel regard portez-vous sur l’organisation de la diaspora en Côte d’Ivoire?

Traoré Daouda : La Communauté Burkinabè en Côte d’Ivoire a beaucoup de problème. Vous n’ignorez pas que les ¾ sont des analphabètes et des ignorants. Ce qui rend difficile leur compréhension de certaines choses utiles à leur propre épanouissement. Beaucoup n’envoient pas leurs enfants à l’école et pourtant ils doivent être encouragés à le faire. L’école est la porte de l’instruction et donc du savoir. Or il se trouve que la connaissance de ses droits découle du savoir. Du coup, il se pose une grande difficulté à gérer la communauté en ce sens que si vous leur parler  en intellectuel,  il y a de fortes chances que le message ne passe pas. A l’analyse de l’évolution des choses, je me rends compte, et je peux l’affirmer, que la communauté Burkinabè manque de sensibilisation. Pourquoi sommes-nous en Côte d’Ivoire? Que sommes-nous venus faire? Et comment on s’organise? Ce sont-là des questions que l’on doit se poser et y apporter des réponses. Dans la recherche de réponses,  vous verrez que beaucoup sont venus avec l’objectif d’un retour et d’autres non. Comment on organise tout cela? La communauté ne semble pas encore en avoir suffisamment conscience. Vous trouverez des Burkinabè qui ont investi dans de grandes plantations et qui sont très vieux aujourd’hui alors qu’ils n’ont pas préparé leurs enfants à assurer le relais. Ont-ils investi au pays chez eux? Ont-ils songé à prendre la nationalité afin de laisser un héritage qui ne souffre d’aucune contestation à leurs enfants demain ? C’est pourquoi,  je dis que la sensibilisation de cette grande communauté a fait défaut et continue de faire défaut.

  • La responsabilité des Consuls Généraux et des ambassadeurs qui se succèdent en Côte d’Ivoire est-elle engagée dans ce manque de sensibilisation que vous déplorez?

Bien sûr ! Ce sont eux qui répondent de la communauté et je ne pense pas qu’ils peuvent être fiers de son organisation actuelle. Ils doivent se rapprocher de leurs compatriotes dans les communes, dans les départements et dans les régions. C’est  à travers  ce contact  qu’ils comprendront les difficultés  de cette communauté et pourront dresser de bons rapports aux autorités au Burkina Faso. Ce n’est pas en restant dans leurs bureaux et en s’appuyant sur les délégués consulaires qu’ils pourront le faire. Les délégués consulaires ne sont compétents que pour les pièces d’identité et autres documents administratifs. Pas plus. Les autorités Consulaires devraient faire comme vous les journalistes, aller chercher l’information à la source pour se faire une idée soi-même de la réalité. Le contraire est une approximation.

  • Comment expliquer leur attitude ?

C’est peut-être par peur. Les autorités consulaires et diplomatiques se disent certainement qu’elles ont été envoyées en Côte d’Ivoire pour gérer les relations entre Etats. Mais c’est une erreur d’appréciation. Elles doivent s’intégrer et intégrer la gestion de la communauté dans leur quotidien. Elles doivent savoir  écouter leurs compatriotes dans le pays profond et leurs prodiguer des conseils et non rester dans leurs bureaux feutrés. Ce sont de plus en plus de jeunes gens qu’on nous envoie. L’actuel ambassadeur du Burkina en Côte d’Ivoire est né à Bouaflé. C’est donc un produit de la diaspora Burkinabè. Il n’ignore pas les réalités de ses parents, j’espère qu’il fera mieux que ses prédécesseurs. Lire la suite ici