Informateur.info-Au lancement de la nouvelle carte consulaire biométrique au Consulat Général du Burkina Faso à Abidjan, le 18 novembre 2013, la corvée des requérants qui prenaient d’assaut la chancellerie avait pour nom : longue file d’attente sous le soleil, report interminable du délai du retrait de la pièce, avec en prime quelques fois des erreurs sur les pièces qui entrainaient de facto une reprise et donc plus de temps d’attente etc. Mais dans cette gymnastique imposée à toutes les personnes de tout âge, une chose reste constante, c’est le prix de la pièce fixé à 7.000FCFA. A cette époque, il faut le préciser, étant donné que seul le centre ouvert dans le Consulat d’Abidjan était opérationnel, des Burkinabè venaient partout de l’intérieur se faire établir la pièce. Le calvaire de ces derniers venait de ce que, chaque fois qu’ils se rendaient à Abidjan à la date indiquée pour le retrait de leur pièce, ils étaient renvoyés à d’autres dates qui n’étaient pas au bout du compte aussi respectées.

Le visage hideux du racket des agents de Snedai

DiaspoDès que l’opérateur a activé ses équipes mobiles, est apparue une autre tare ayant pour nom le racket. En effet, ces équipes mobiles qui investissent le terrain, notamment l’intérieur du pays pour se rapprocher des requérants sont loin d’être des enfants de cœur. «Tenez vous bien  que le coût de la pièce qui devait être le même sur toute l’étendue du territoire ivoirien c’est à dire  7.000 FCFA pour tous ne l’est  vraiment  pas. Cette pièce coûte plus de 10.000 FCFA  voire même 11.000 FCFA dans la juridiction consulaire de Soubré par exemple», dénonce Zallé Moussa, le président du Collectif des Associations et mouvements de jeunesse burkinabé en Côte d’Ivoire. Faut-il rappeler que le Cambjbci qui s’affiche comme la plus puissante association de jeunesse burkinabé en Côte d’Ivoire en raison de sa représentativité et de son intérêt pour les questions qui touchent à la diaspora avait combattu le coût de la carte consulaire dite biométrique aux premières heures de son avènement. Le Cambjbci avait également initié des missions de contrôles à l’intérieur et dispose de preuves liés à ces rackets. Il en est de même pour M. Hamidou Kaboré, délégué consulaire de Vridi qui s’était même rebellé contre Snedai pour la mauvaise qualité des pièces ainsi que le racket de ses agents à l’intérieur du pays. Lui- aussi dispose d’une longue liste de victimes du racket des agents de Snedai, avec même des images et des enregistrements sonores qui piègent ces derniers.

Mais bien plus grave, les équipes mobiles de Snedai ne s’autorisent pas seulement l’augmentation illégale du prix de la pièce. «Même la location de la logistique pour les opérations d’enrôlement est au frais de nos compatriotes et non de l’opérateur Snedai. Nous condamnons avec vigueur ces faits qui s’apparentent à une exploitation de notre communauté», dénonce Zallé Moussa.

Le cas flagrant de Grand Béréby 

Le comble avec Snedai, c’est que lorsque vous perdez votre carte consulaire vous devez d’abord faire une déclaration de perte qui coûte 2600 FCFA, ensuite vous payer à nouveau les 7.000 FCFA pour le renouvellement. «Quand vous procédez au renouvellement ce sont les anciennes dates de délivrance et d’expiration qui sont mentionnées sur la carte. Ce qui laisse supposer que Snedai ne fait aucun effort de mise à jour des dates. Cela nous paraît injuste », dénonce Hamidou Kaboré, délégué Consulaire. La communauté burkinabé de Grand Béréby a payé un lourd tribut du racket de l’entreprise de M. Adama Bictogo. Des agents véreux y ont enrôlé

plus de 1000 requérants, non pas à 7.000 FCFA mais à 13.000 FCFA, sans jamais leur délivrer de cartes. Plus d’un an après cette forfaiture, les mêmes requérants ont été contraints de payer de nouveau 13.000 FCFA pour un nouvel enrôlement. Le chef de la  Zone Abidjan des opérations de Snedai, M. Zoungrana Etienne ne semble pas être un exemple d’intégrité. Et pour cause, l’homme est accusé de faire majorer pour son compte 500 FCFA sur l’enrôlement de chaque requérant de l’intérieur, et 500 FCFA pour l’opératrice. Nous avons tenté en vain de joint au téléphone M. Zoungrana, toute la journée de ce jeudi 19 novembre pour avoir sa réaction. La dernière tare de Snedai, c’est que ses agents procèdent désormais à des enrôlements à l’intérieur sans délivrer de reçu. La logistique faisant défaut. Dans ces conditions, c’est la porte ouverte à des contestations, si demain par mauvaise foi ses mêmes agents exigeaient des enrôlés une preuve avant tout retrait de leur pièce.

Des délégués consulaires sans prime 

Dans le cadre de l’enrôlement des demandeurs, avons-nous appris, les délégués consulaires qui appuient l’opération ont droit à une prime mensuelle de transport qui s’élève à 15.000 FCFA. En dépit de ses nombreux manquements, Snedai doit plus de 18 mois d’arriérés de prime aux délégués. Ceux-ci au nombre d’environ 200, attendent depuis le mois d’avril 2014 que cette structure se  décide à solder les 54 millions qu’elle leur doit. Tout cela constitue immanquablement une chape de plomb qui n’aide pas à l’essor de l’opération. Bien au contraire, les clignotants au rouge n’augurent qu’un échec programmé de cette fameuse carte consulaire biométrique. Mais en dépit de tous ces manquements décriés, les autorités consulaires, notamment le Consul Général Daouda Diallo observe un silence complice. Les malheurs de ses compatriotes ne l’affectent guère. Lui qui vit pourtant avec sa famille de l’argent du contribuable burkinabé et qui devrait en principe être le plus grand défenseur de se ses compatriotes.

Le silence complice du Consul Daouda Diallo

Mais au-delà des dénonciations, le Camjb-ci s’interroge sur le vote de la diaspora en 2020. «En plus d’être cassable,  la photo censée identifiée le détenteur du document s’efface au bout de deux à trois mois.  Et là nous nous posons mille et une questions sur le caractère biométrique du document. A l’évidence ce n’est pas avec une telle pièce que les burkinabè de la diaspora se feront identifier ni enrôler pour participer à des élections. Et pour ne pas donner des arguments aux politiciens mal intentionnés pour nous compliquer le vote de 2020, nous estimons qu’il faut mettre fin dès maintenant à cette opération», préconise Zallé.

Une position partagée par Daouda Kaboré, président de l’Association des Sans Voix, une structure aussi représentative qui fait de la défense des intérêts de la diaspora son cheval de bataille. «A partir de janvier, nous mettrons par nous même fin à cette opération parce que personne ne viendra se battre à notre place. J’exhorte toutes les autres associations dans ce combat de respect. Sans lutte, nous n’obtiendrons rien», averti Daouda Kaboré. Mais pour le président des Sans Voix, il ne suffit pas de mettre fin à cette opération, il faudra aussi demander, selon lui le départ du Consul Général d’Abidjan. «Nous allons exiger de nouveaux diplomates qui font notre affaire et qui se sentent responsable de chaque citoyen burkinabé en Côte d’Ivoire», lance t-il.

On peut le prévoir, après le cinéma des OSC sous la transition burkinabé au Faso, le Burkina pourra assister avec ses nouveaux dirigeants au cinéma de la diaspora burkinabé qui n’entend pas se laisser faire. C’est la plus forte communauté burkinabé à l’extérieur, faut-il le rappeler. Dans l’acte 3 de notre série de dossiers nous mettrons en exergue ceux qui ont monnayé la lutte de la carte Consulaire.

Jean François Fall

Lire aussi: Côte d’Ivoire : 2 ans après le lancement de la carte biométrique, la diaspora insatisfaite de sa pièce consulaire

 

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