Investigateur.net- Mais que croient les acteurs de l’insurrection des 29 et 30 octobre 2014 qui a entraîné la chute du président Compaoré ? Que le Burkina Faso leur appartient et qu’ils sont libres d’imposer leur diktat aux autres ? Quand on s’amuse avec le feu on finit toujours par se faire brûler. Le plus facile aura été peut-être d’avoir eu la tête de Blaise Compaoré. Et si le départ de ce dernier a été applaudi par une partie du peuple, la prise du pouvoir par le régiment de sécurité présidentielle (RSP) pourrait aussi être applaudie par l’autre partie du peuple Burkinabé ; à qui l’on semble dénier tout droit aujourd’hui. Et si le Burkina Faso venait à vivre ce scenario parce que des intolérants pensent que c’est leur heure qui a sonné, c’est le Burkina Faso qui s’en trouverait bien malheureux après plus de deux décennies de rayonnement dans la sous-région. Une transition, comme celle que vit le Burkina Faso n’est jamais une occasion de règlement des problèmes qui peuvent de part leur nature, compromettre sa mission.

Le niveau de développement qu’a connu le Burkina Faso ces dix dernières années, il faut l’avouer, a été possible grâce à la crise ivoirienne. Autrement dit c’est à l’ombre de la crise ivoirienne (qui a plombé toute perspective d’investissement en Côte d’Ivoire) que le Burkina Faso s’est hissé malgré ses maigres ressources à un tel niveau de développement respectable. Supplantant de bien loin les pays comme le Niger et le Mali en termes d’infrastructures. Ce que Blaise Compaoré a su épargner au Burkina Faso (en démissionnant) devant la fronde populaire, il ne faut pas être naïf pour l’espérer de la part des militaires. Les Burkinabè gagneraient à se rappeler et tirer les leçons d’un certain 24 décembre à Abidjan où le coup d’Etat de Gueï Robert a été accueilli par une liesse populaire. La suite de l’histoire, c’est la Côte d’Ivoire qui s’est agenouillée. Dix ans d’histoire qui se sont écrites dans le sang et dans la mort. Tout simplement parce que des ivoiriens se sont crus au- dessus d’autres ivoiriens. Et que ceux qui recevaient les coups ont pris leurs responsabilités un matin ; équilibrant la terreur et les forces.

Vers une démocratie balafrée

RSPSi la transition burkinabé veut bien rater sa mission, comme l’a si bien réussi Guéï Robert en 2000, plongeant le pays dans le chaos, parce qu’entre-temps il n’a pas résisté à des ambitions personnelles- nées de sa connexion avec des politiciens tapis dans l’ombre qui l’ont poussé à la faute- elle peut à quatre mois de l’élection présidentielle continuer à ordonner des auditions des responsables du RSP. Mais ce qui est dangereux et que l’on ne doit pas perdre de vue c’est que Blaise est tombé il y a huit mois. Mais le RSP a survenu à l’ex- locataire du palais de Kosyam. Qu’il survive à la transition serait le moindre risque pour le Burkina Faso. A quatre mois de la présidentielle où l’on peine même à boucler le budget de l’organisation, remettre au goût du jour la dissolution du RSP est suicidaire. Sa restructuration même en cette période n’est plus indiquée. C’est une prise de risque inutile. L’essentiel étant l’organisation d’élections libres et crédibles.

Maintenant, s’il est établi dans l’ordre diabolique des choses que le Burkina Faso doit sombrer pour renaître comme la Côte d’Ivoire et le Mali, pour ne citer que l’exemple de ces deux pays voisins, ainsi soit-il ! Mais  n’allez surtout pas dire que le Burkina Faso est béni de Dieu et que cela ne peut pas arriver, parce que la Côte d’Ivoire l’est aussi, le Mali également. Pour ceux qui seraient aveugles et l’oublieraient, en janvier 2015 cette transition a frustré des millions de burkinabé de l’extérieur en reportant leur droit de vote avec la bénédiction des candidats qui se font investir depuis peu. Trois mois après c’est d’un nouveau code électoral confligène que se dote le Burkina toujours avec la bénédiction des partis comme le MPP, l’UPC, et l’UNIR/PS. Nous sommes  en phase de passer au troisième mois après ce code confligène que c’est la question du RSP qui revient. A la fin, il ne faut surtout pas s’étonner que le RSP ait des supporters parmi les frustrés de cette transition et que les forces s’équilibrent. Que le monde assiste (attristé) à des affrontements entre des mouvements associatifs dans les rues de Ouaga.

C’est peut-être seulement à cet instant que le Burkina Faso comprendra que les pays qui ont emprunté les chemins des accords politiques au détriment du droit pour résoudre leurs différends n’étaient pas aussi bêtes qu’on le pense. En gouvernance tout réside dans le dialogue et le pragmatisme et non la force !

Charlène Adjovi

investigateur.net