Amorcée depuis novembre dernier, six (06) mois après, nous assistons à des propos et actions tendant à demander une prolongation sine die de la période impartie pour la transition afin de conduire le Burkina vers des élections libres et transparentes.

De ces actions, l’on ne peut point passer sous silence certains propos de certaines autorités de la transition qui au gré de ces dernières, reporteront les élections si toutes fois la paix et la sécurité sont menacées ; toutes choses qui sera de nature à reporter l’échéance de la fin de la transition.

Tout de même étonnant dans la mesure où ces autorités devraient se donner les moyens pour que la paix et la sécurité, conditions sine qua non pour la tenue des élections d’octobre soient garanties et puissent régner durant tout le processus. Il ne faut pas à travers ces langages d’altruisme permettre à une fraction du peuple de prendre en otage les élections dans la mesure où la création d’un climat d’insécurité leur profite. Il faut au contraire et à titre préventif lancer des messages de dissuasion qui dénotent de la ferme volonté des autorités de la transition d’organiser les élections à bonne date c’est-à-dire conformément à la charte de la transition.

Aussi, une éventuelle prolongation devrait en principe être assortie d’un bilan à mi parcours. Les autorités de la transition devraient en principe adresser au peuple burkinabé un bilan des six (06) premiers mois de leur gestion. A ce titre, le peuple se posera les questions suivantes :

Qu’est ce qui a été fait par les autorités de la transition tendant à sortir le Burkina de l’ornière ?

Quelles sont les actions qui ont impacté sur le quotidien du citoyen burkinabé ?

Est-ce qu’aujourd’hui le peuple trouve son compte dan cette transition ? A écouter les uns et les autres, la transition a appauvri d’avantage tous les secteurs institutionnels. La gestion stéréotypée et autarcique des deniers publics et de certaines activités de l’Administration ont contribué fortement à ralentir les activités socio-économiques.

Prolonger la transition à quelle fin?

Les réponses pertinentes à ces questions nous permettrons de se prononcer avec lucidité sur une éventuelle prolongation qui à mon humble avis n’est pas du tout opportun.

En outre, il convient de noter que cette transition n’a pas de programme et l’argument qui sous- tend aujourd’hui qu’il faut parachever certaines réformes ne saurait prospérer. C’est la quête de ce type de « lenga » qui a inexorablement conduit certains pays à l’insurrection et au coup d’état. Les exemples lancinants sont celui de la volonté in extremis du président COMPAORE à se maintenir au pouvoir et celui du cas du président TANDJA au Niger.

Il ne faudra pas que les autorités de la transition prennent goût de ce pouvoir conquis par le peuple burkinabé au prix de sa vie au risque de mettre de façon malicieuse tout en œuvre pour obtenir une probable prolongation.

Déjà quand certains acteurs privilégiés de cette transition parlent de la théorie de l’imprévisibilité, l’on se rend bien compte que les uns et autres sont repartis en laboratoire pour encore secréter des modifications à cette charte avec des preuves à l’appui mais malheureusement basées sur des théories désuètes à l’effet d’obtenir cette prolongation.

Cette théorie signifie qu’au moment d’élaboration de la charte, certains facteurs aussi bien conjoncturels que structurels n’avaient point été maitrisés. Des faits et évènements nouveaux sont apparus de nature à opérer un changement dans la conduite de cette transition. Qu’on nous le dise quels sont ces éléments qui militent à la faveur de l’invocation de cette théorie? Partant du principe qu’une transition ne peut qu’être courte et jamais parfaite, les arguments à la faveur de cette théorie n’ont pas droit de citer.

L’exclusion pourrait aussi être une stratégie pour obtenir cette prolongation. En effet, faisant suite aux voix quand bien même discordantes qui s’élèvent au sein de la communauté internationale en sus de l’implication tous azimuts de certaines autorités coutumières et religieuses, sont des faits qui pourront contraindre les autorités de la transition à revenir sur leur position.

Mais il convient de souligner que pour un souci de cohérence normative et de formes parallèles, les arguments qui ont prévalu à cette exclusion parlant de cette transposition malsaine et irrégulière de l’article 25 de la charte africaine sur la démocratie les élection et la bonne gouvernance doivent aussi être utilisés au cas d’espèce. En effet, au titre de ces mêmes instruments internationaux, la révision des textes qui encadrent le jeu électoral doivent intervenir 6 mois avant les échéances électorales.

Alors si les autorités de la transition font droit à cette requête de la communauté internationale malgré son inconséquence parlant ainsi de l’inclusion et du non report des élections, doivent obligatoirement sous peine de violer ces dispositions supra nationales, demander une prolongation de cette transition.

Refuser de lever cette mesure d’exclusion serait de nature à menacer la tenue à bonne date des élections et par voie de conséquence prolongera de facto le délai de la transition et pourrait aussi plonger le pays dans une deuxième insurrection.

Mais loin s’en faut, ces mesures de prolongation s’il y’a lieu doivent être faites dans un cadre inclusif. C’est la aussi la difficile conciliation entre la volonté de ces autorités de prolonger la transition et la réticence des parties signataires de la charte de la transition.

La rigueur juridique a plongé le pays dans une situation d’insécurité et d’instabilité juridique et ne sait plus à quel sain se vouer.

Les lecteurs conviennent avec moi que l’on ne peut pas résoudre à bon escient toutes ces difficultés d’ordre juridique sans en créer d’autres et sans soulever une tension sociale. Il faut donc opérer un choix et le bon surtout.

Que vivement au delà de cette rigueur juridique que le bon sens puisse prévaloir dans la conduite des évènements futurs qui aboutiront sans doute vers la tenue des élections libres, transparentes, sincères, inclusives et surtout acceptées par tous.

Sondé Auguste COULIBALY

Juriste,

Cyber juriste (spécialiste du droit du cyber espace africain)

augustecoulibaly@yahoo.fr