@Informateur.info- Le Larlé Naaba, ministre des tombes royales auprès de sa Majesté le Moogho Naaba, voulant écrire un livre sur la dynastie des Larlé Naaba, a envoyé son manuscrit aux autres ministres du Moogho Naaba, que sont le Baloum Naaba et le Ouidi Naaba pour recueillir leurs avis qui à l’arrivée ne lui sont pas favorables. 

Le moins qu’on puisse dire est que le projet de livre du Larlé Naaba ne fait pas l’unanimité au sein des ministres du Moogho Naaba qui ont mis en cause  le manuscrit reçu. Le Baloum Naaba, ministre de l’intendance et porte-parole de l’empereur, qui a fait partager la lecture du manuscrit à toute sa famille fait observer au Larlé Naaba que son ouvrage est parsemé “en plusieurs points d’approximations, d’erreurs et de contre- vérités”.

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En fait, il est en plusieurs endroits dénué de tout fondement historique. Ce qui m’amène avec les membres de ma famille à s’interroger sur votre mémoire on ne peut plus sélective“, écrit-il dans une lettre adressée au Larlé Naaba, dénonçant que ” cette œuvre cache mal votre dessein, celui de mettre plein la vue à l’opinion nationale et internationale tout en ostracisant les autres ministres, particulièrement, le Baloum Naaba, de semer le doute et la confusion dans les esprits”.

Et de poursuivre: “En clair,  peut-être pour les besoins de la cause politique, à travers cet ouvrage, vous vous êtes évertué parfois avec beaucoup de légèreté, d’incohérences, à convaincre les éventuels lecteurs que vous n’êtes pas seulement un ministre impérial mais surtout un super-ministre et les autres, des ministres de seconde zone“.

Selon le Baloum Naaba,  à lire le bouquin, tout porte à croire que le Larlé Naaba est “un ministre omniscient et omnipotent” dans la Cour du Moogho Naaba. Par conséquent, le Baloum et sa famille l’invitent à “faire montre de moins de zèle et à plus de modestie dans ce livre empreint de négationnisme et de velléités manifestes de travestir l’histoire”, assène le Baloum Naaba qui concède, cependant, que cet ouvrage, “expurgé de ses aspérités et et avec l’apport de personnes ressources plus au fait des choses de la Cour du Moogho Naaba aurait pu être une belle œuvre, une véritable photographie de la vie, de l’organisation coutumière, politique et sociale du royaume Mossi de Ouagadougou”.

Malheureusement,  conclut-il, “il ne traduit ni plus ni moins qu’une obstination à vouloir briller de mille feux, même au prix de petits arrangements avec la vérité historique“.

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De son côté, le Ouidi Naaba, ministre de la cavalerie, estime, de façon générale qu’il aurait été sage de la part du Larlé Naaba de “partager avec moi l’idée de la production du livre, de m’informer du contenu ( ou en tout cas, au moins de ce qui concerne ma famille) et de solliciter des éléments à ce propos”, dit-il dans sa lettre adressée au Larlé. 

N’ayant pas fait cela et m’ayant mis devant le fait accompli pour ce qui est des passages relatifs à l’histoire des Ouidi Naaba, je suis au regret de dire que je ne me reconnais nullement dans ce que vous avez écrit ou fait écrire“, relève le Ouidi Naaba.

Dans la forme, il observe qu’à la lecture du manuscrit, “on est,  malheureusement, frappé par les infirmités de forme qui ôtent l’envie aux lecteurs de continuer à parcourir les lignes qui suivent”, notant, également, “sur le plan de la langue française des fautes orthographiques, grammaticales et typographiques sans oublier le niveau de langue parfois familier qui altèrent, sérieusement,  la qualité de l’ouvrage”.

Il résulte de toutes ces observations et réflexions  qu’il est inopportun de publier ce livre (à moins de le relire de fond en comble) mais il vous revient, en dernière instance d’en décider”, conclut le Ouidi Naaba pour marquer son désintérêt total.

Le Goungha Naaba qui a, lui aussi, reçu copie de ce manuscrit pour observations, évoque des aspects qui prêtent à confusion. «Votre grand-père naaba Ambga dans son livre «Histoires et coutumes royales des mossis de Ouagadougou» dit être le premier ministre de la guerre et vous, vous dites être le Dim Tansoba, chef d’Etat-major particulier du Moogho. N’est-ce pas une source de confusion pour les potentiels lecteurs», s’est-il interrogé. Avant d’inviter le futur écrivain qu’est le Larlé Naaba à expliquer ce qui sous-tend son “nouveau classement hiérarchique” des ministres du Moogho Naaba.

Pour le Goungha Naaba l’initiative d’écrire l’histoire de chaque famille afin de doter chacune d’un repère au-delà de la tradition est une bonne chose mais à conditions que ces écrits ne travestissent pas l’histoire du royaume mossi.

On le voit, les observations des trois ministres du Moogho Naaba sur le manuscrit de leur collègue soulèvent des questions de fond qui laissent penser que Victor Tiendrébeogo à l’état civil ne maîtrise pas forcement l’histoire de sa dynastie. Une situation regrettable.

Geneviève MADINA