Investigateur.net- Au moment où le Burkina Faso procède à l’exhumation des tombes du président Thomas Sankara et certains de ses proches collaborateurs assassinés en même temps que lui le 15 octobre 1987, il nous souvient les confidences faites par l’ex-chef d’Etat major particulier du président Compaoré sur ce coup d’Etat sanglant. En effet, se prononçant sur les circonstances de la mort du père du Faso, le général Gilbert Diendéré tenait les propos suivant : «Le 15 octobre […] le chauffeur de Sankara, le Caporal Der et d’autres sont venus nous prévenir que Compaoré, Lingani et Zongo seraient arrêtés ce soir […] Notre réaction a été qu’il fallait arrêter Sankara avant que l’irréparable ne se produise […] Nous savions que Sankara avait une réunion au Conseil à seize heures et nous avons décidé d’aller l’arrêter là-bas. Peu après seize heures, la Peugeot 205 de Sankara et une voiture de garde sont arrivées devant la porte du pavillon […] Nous avons encerclé les voitures. Sankara était en tenue de sport. Il tenait comme toujours son arme, un pistolet automatique, à la main. Il a immédiatement tiré et blessé un des nôtres. A ce moment, tous les hommes se sont déchainés, tout le monde a fait feu et la situation a échappé à tout contrôle», confiait Gilbert Diendéré, Chef d’Etat-major particulier à l’auteur Belge Ludo Martens, dans son livre « Sankara, Compaoré, et la révolution burkinabè», paru en 1989. De larges extraits de cet entretien ont été repris par le journaliste ivoiro-burkinabé Alexandre Lebel Ilboudo dans son ouvrage intitulé : « Blaise Compaoré à la croisée des chemins », paru en avril 2014 et dans lequel le Prix CNN 2010 en journalisme d’investigation conseillait au président Compaoré de se retirer de Kossyam pour préserver les acquis de ses 27 années de pouvoir. A la lumière des confidences de cet acteur majeur de l’assassinat de l’ex-président du Faso, l’on devine aisément les circonstances de la mort de Thomas Isidore Sankara. Il ne se fait aucun doute que le président Sankara est mort d’une mort violente. «Tout le monde a fait feu et la situation a échappé à tout contrôle», a précisé Gilbert Diendéré qui ne dit pas où Blaise Compaoré était caché pendant ce temps, craignant que la tentative d’arrestation ou d’assassinat de son frère et ami Thomas se solde par un échec. Quand un corps humain est foudroyé par les décharges de kalachnikovs d’un nombre indéterminé de soldats qui ont reçu clairement l’ordre d’exécution il ne peut que résulter une dépouille méconnaissable. On se souvient également que l’enterrement des treize corps y compris celui de Thomas Sankara s’est fait nuitamment au cimetière de Dagnoë. Ceux qui ont été chargés d’enterrer les corps l’ont certes fait à la sauvette (moins de 45 mn pour chaque tombe à en croire Me Prosper Farama) mais il faut relever le fait que ces «croque-morts » aient eu tout de même le souci de la séparation des tombes. Alors qu’il leur aurait été plus facile à la faveur de la nuit de creuser une fosse commune. On peut dès lors admettre une erreur d’épitaphe. C’est-à-dire que le nom inscrit sur la tombe ne soit pas le corps qui y soit. Mais il est certains que Thomas Sankara y a été enterré. Il est encore certain que ce soit ses ossements qui ont été retrouvés dans la tombe qui a porté durant 28 ans son épitaphe. Les pièces à conviction qui attestent cette hypothèse se trouvent dans la déclaration de Gilbert Diendéré et dans celle fait à l’occasion de l’exhumation des corps par Me Bénéwendé Sankara. Rappelons, à toute fin utile, que l’ex-chef d’Etat-major particulier de Blaise Compaoré avait dit que le jour de l’assassinat du président Sankara ce dernier «était en tenue de sport». Or Me Benewendé Sankara a révélé cette semaine dans le feu de l’action d’exhumation que les restes qui ont été retirés de la poussière sont constitués de «quelques ossements et de tissus au fond rouge avec des traits noirs». L’idée de tissus au fond rouge assortis de traits noirs nous renvoie par interprétation à des tenues de sport. En matière criminelle tous les indices s’interprètent. Mais tout ceci n’est qu’une supposition. Mais pourquoi Blaise Compaoré a-t-il fait assassiner Thomas Sankara ? Le journaliste écrivain Alexandre Lebel Ilboudo répond à ce questionnement dans son Livre: «Blaise Compaoré à la croisée des chemins» en ces termes : « la politique a des exigences qui échappent parfois aux lois de l’amitié, de la fidélité et de la loyauté». Blaise Compaoré vit aujourd’hui en exil en Côte d’Ivoire et jouit également d’une amnistie. Son audition dans cette affaire n’est donc pas probable. Ce qui n’est pas le cas pour les exécutants, notamment son ex-chef d’Etat major particulier Gilbert Diendiéré auquel la justice pourrait commencer par s’intéresser. Pourquoi se donner tant de peine à recourir à des expertises ADN (dont les coûts sont supportés par les contribuables burkinabè) dans une affaire où celui qui a envoyé les hommes commettre ce crime est encore vivant et peut aider à éluder toute cette affaire. Quelle est cette comédie à laquelle se livrent les autorités de la transition ? Permettront-ils seulement que le Général Gilbert Diendéré soit auditionné par le juge d’instruction et qu’il soit éventuellement mis aux arrêts vu son implication évidente dans ce crime ? Nous traiterons de ce volet dans nos prochaines éditions.

Charlène Adjovi

Sources : Informateur.info