Amadé Ouéremi

@Informateur.info- La justice des vainqueurs ou la justice à double variante! C’est du pareil au même. En Côte d’Ivoire, les autorités n’ont de cesse de crier que le pays est un modèle de démocratie où les institutions fonctionnent à plein régime. Il n’en demeure pas moins que de nombreuses personnes sont toujours en détention préventive depuis de longues années. Sans jugement.

Le plus illustre d’entre elles, est incontestablement, Amadé Ourémi, ancien réparateur de vélo puis planteur reconverti en chef de guerre, en Côte d’Ivoire. Il a été arrêté le samedi 18 mai 2013 dans l’ouest du pays, après plusieurs mois de résistance au gouvernement, par 200 gendarmes et soldats mobilisés.

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D’origine burkinabè, ce seigneur de la guerre à qui l’opinion prêtait des pouvoirs mystiques, était à la tête de 126 éléments dans la forêt classée du Mont Péko, à l’ouest ivoirien, où il faisait la pluie et le beau temps. L’arrestation et l’inculpation de ce supplétif de l’armée ivoirienne avaient suscité beaucoup d’espoir en ce que “nul n’est au-dessus de la loi”. Hélas, de courte durée. Après le film de son arrestation où Ourémi a été exhibé comme un trophée de guerre, plus rien. Pourtant, l’homme croupit à la prison de Dimbokro (233 km au Centre-est) depuis huit ans. Jamais, il n’est venu s’expliquer devant la justice pour sa présumée implication dans les massacres perpétrés à Duékoué lors de la crise postélectorale de 2010 à 2011.

Alain Lobognon

Outre le cas Ourémi, est venu se greffer celui des proches de Guillaume Soro qui ont bouclé le mercredi 23 décembre dernier 12 mois derrière les barreaux, sans jugement, pour des faits présumés de “tentative de déstabilisation des institutions, atteinte à la sûreté de l’État…”. Alain Lobognon, député de la Nation, l’Ambassadeur Koné Souleymane Kamaraté dit Soul To Soul, Sékongo Félicien, chef de parti, Rigobert Soro, Commissaire de Police, Simon Soro, président de l’ONG “La Vie”, tous deux frères cadets de Guillaume Soro, attendent depuis un an et trois jours de connaître leur sort. A côté de ces civiles, croupissent également en prison en attente de jugement un grand nombre de militaires et gendarmes précédemment affectés à la sécurité de l’ex-président de l’Assemblée nationale. En dépit de différents arrêts de la Cour Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples (CADHP) appelant à leur mise en liberté, ils sont encore détenus dans des prisons à travers le pays.

Pulchérie Gbalet

A cette liste, s’ajoutent les prisonniers de la crise préélectorale d’août à octobre dernier. Ce sont, la combattante des droits de l’homme, Pulchérie Gbalet et trois de ses collaborateurs ainsi que Mme Anne-Marie Bonifon et les militantes du GPS. Avec eux, le président statutaire du FPI, Pascal Affi N’guessan et plusieurs cadre du Pdci-Rda dont le Secrétaire exécutif en chef, Maurice Kakou Guikahué, évacué samedi dernier en France pour des soins intensifs, sont depuis le 3 novembre, sous le coup de procédure judiciaires. Certainement qu’outre ces personnalités connues, il y a des centaines voire plus d’anonymes qui subissent ce même traitement dans l’indifférence des défenseurs des droits de l’homme et de la société.Jusqu’à quand ces pères et mères de famille seront aux mains de la justice sans jugement?

Charlène ADJOVI