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Le mercredi 17 septembre 2014, le président Henri Konan Bédié lançait sur ses terres, à Daoukro, ce qu’il est convenu de nommer l’Appel de Daoukro. Il invitait les partis signataires de la plateforme des Houphouetistes à soutenir la candidature de son cadet Alassane Ouattara, en route pour un second mandat à la tête de la Côte d’Ivoire.

Le président du PDCI Henri Konan Bédié visait un double objectif lorsqu’il appelait, le mercredi 17 septembre 2018, les composantes du RHDP à soutenir le Chef de l’Etat Alassane Ouattara pour un second mandat. D’un, il voulait assurer le RHDP d’un succès certain à la présidentielle 2020 et, de deux, il entendait préparer le retour de son parti, le PDCI, au pouvoir dans un avenir proche, c’est-à-dire en 2020, au terme du second mandat de l’actuel locataire du palais du Plateau. « …Tu seras ainsi le candidat des composantes du RHDP pour 2015, sans préjudice pour les irréductibles qui voudront se présenter en leur nom propre. L’objectif d’une telle candidature est double : assurer le succès du RHDP en 2015 et aboutir à un parti unifié PDCI-RDR pour gouverner la Côte d’Ivoire, étant entendu que ces 2partis sauront établir entre eux l’alternance au pouvoir en 2020 », avait expliqué le Sphinx de Daoukro qui était en ce moment-là sûr de son ‘’deal’’.
Convaincu d’avoir bien ‘’ficelé’’ son affaire, le 16 décembre 2014, à l’inauguration du 3ème pont qui porte son nom, l’ancien président ivoirien reprenait la même antienne, assurant que ‘’l’auteur de cet ouvrage (le 3ème pont, Ndlr) méritait un 2ème mandat’’. On connait la suite. Le 31 octobre 1015, le candidat Alassane Ouattara, porte-étendard du RHDP, était plébiscité à plus de 80% des suffrages exprimés. Le PDCI et ses militants croyaient alors que le plus dur était derrière eux et que la voie qui mène à leur retour au pouvoir était désormais pavée de fleurs. Las !
Ils ne mettront pas longtemps pour déchanter. Puisque sitôt après la brillante réélection de Ouattara, de plus en plus de voix se sont élevées au RDR pour remettre en cause la thèse de l’alternance en 2020 qui verrait le vieux parti revenir au pouvoir. On va alors assister à une véritable passe d’armes entre les deux alliés par journaux interposés. Il est vrai que par intermittence, sont intervenues des périodes d’accalmie marquées par les rencontres au sommet entre Bédié et Ouattara ; mais la tendance générale est quasiment à l’affrontement. Et cela n’est pas près de s’arrêter tant les points de désaccords semblent irréconciliables. Entre le PDCI et le RDR, c’est désormais la guerre !
Avec un pic le week-end dernier lorsqu’à Yamoussoukro, à la cérémonie d’hommage à N’Zuéba, Maurice Kacou Guikahué et Jean Louis Billon, respectivement Secrétaire Exécutif et Porte-parole Adjoint du PDCI, ont ‘’rué dans les brancards’’, appelant l’allié RDR à respecter la promesse de l’alternance en 2020. Ce à quoi, comme dans un pas de deux, ont répondu Kandia Camara et Adama Bictogo, Secrétaire générale et Vice-président du RDR, qui, au passage, ont traité Billon de ‘’politicien alimentaire’’ et de ‘’politicien de salon’’, le second assurant que ‘’Guikahué n’était pas digne de diriger le PDCI’’. Qu’entre alliés, ces choses-là sont dites avec élégance ! Et comme si cela ne suffisait pas, Mamadou Touré, porte-parole du RDR, y est allé de son couplet, rappelant ‘’qu’il n’y a pas d’accord secret’’ entre les présidents Bédié et Ouattara au sujet de l’alternance.
Et, pourtant, la vérité est là, implacable et irréfragable : il y a bien eu accord, sinon, pourquoi Bédié aurait sacrifié les intérêts du PDCI en 2015, alors que ce parti avait toutes les chances de rafler la mise ? Oui, pourquoi ? D’ailleurs, faut-il rappeler que lorsque les militants du vieux parti mécontents des choix de leur leader se plaignaient, celui-ci leur demandait de patienter jusqu’en 2020 qui verrait le PDCI en ‘’haut de l’affiche’’. « Le PDCI aura un candidat en 2020 et ce sera le candidat du RHDP », répétait, à l’envi, l’ancien Chef d’Etat qui croyait encore à la bonne foi de son allié. Mais, il ne peut plus faire comme si. Tant il est dorénavant clair que le RDR ne lui fera pas la passe en 2020. Les Républicains sont beaucoup plus préoccupés par la formation du parti unifié, le débat sur l’alternance étant, pour eux, sans importance et sans objet.
En tout état de cause, Bédié ne devra s’en prendre qu’à lui-même. Il a fait montre d’une inqualifiable ‘’naïveté’’ en ne prenant aucune garantie, se fiant uniquement à la parole de son allié. Il apprend ainsi, à ses dépens, qu’en politique ‘’on ne fait pas de passe à l’adversaire’’. Encore eût-il été inspiré de graver dans le marbre son ‘’deal’’ en le formalisant par un accord écrit, puisque, c’est connu, ‘’les paroles volent, mais les écrits restent’’. Faute de quoi, le PDCI n’a plus que ses yeux pour pleurer : il s’est fait ‘’niquer’’ dans les grandes largeurs par son plus sûr allié qui a beau jeu de snober l’alternance puisqu’il y a aucune ‘’trace’’ d’un tel accord nulle part. De la mauvaise foi élevée au rang d’art!

René Ambroise Tiétié

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