Lors de l’inauguration du CHU d’Angré, le 4ème de la capitale économique, le vendredi 15 décembre 2017, le président Alassane Ouattara a laissé entendre qu’à sa prise de fonction, il ‘’ n’a pas trouvé un franc (des 100 milliards des déchets toxiques) dans les caisses de l’Etat’’. Stupeur et gêne, dans les ‘’travées’’. Et pas qu’un peu.
Depuis, les uns et les autres se gaussent, à qui mieux-mieux, de cette ‘’bavure présidentielle’’ qui a l’heur de remettre sur la table la problématique de la sincérité des hommes politiques sous les tropiques. Puisque, selon une enquête d’Alexandre Lebel Ilboudo parue le 18 janvier 2012 dans les colonnes du confrère Le Patriote (Proche de Ouattara), il est ressorti qu’il restait encore 7 milliards de FCFA dans les caisses de l’Etat en 2012, après le dédommagement de 60.107 victimes sur un total de 95. 247 bénéficiaires dument recensés. Aussi, sur un montant estimé à 20.7 milliards de FCFA destinés au dédommagement des victimes humaines, 13.7 milliards avaient-ils été remis aux ayant-droit. Le calcul est vite fait, il restait encore, on l’a dit, 7 milliards de FCFA dans les caisses de l’Etat au moment où le nouveau président élu, Alassane Ouattara prenait les rênes du pouvoir au terme de la crise postélectorale. Il est vrai que le processus de dédommagement avait été suspendu en 2009 en réaction aux nombreux cas de fraudes signalés ici et là. L’on comprend donc difficilement que le président Ouattara soutienne que les 100 milliards de Trafigura avaient disparu au moment où il prenait les commandes de l’Etat. Une telle affirmation est d’autant plus grave que la clé de répartition de cet argent est connu. Plus grave encore, il s’agit des caisses de l’Etat où a été domicilié l’argent des déchets toxiques, un scandale qui a ébranlé l’ancien régime. C’est en cela que l’affirmation du Chef de l’Etat pèche. Car, il ne s’agit pas de n’importe quel argent. Encore que dans son enquête Alexandre Lebel Ilboudo a interrogé le payeur général du tresor de l’époque, M. Emmanuel Kalou. Le président Ouattara aurait donc dû commanditer une enquête pour savoir où était parti le reste de l’argent. Surtout que cet argent était aussi affecté à la construction de nombreuses infrastructures sanitaires dont le Centre Hospitalier et Universitaire (CHU) d’Angré qu’il a inauguré ce jour-là. Mais alors, pourquoi le président Ouattara a-t-il décidé de faire compliqué quand il pouvait faire simple ? Plus prosaïquement, n’était-il pas plus indiqué de prendre l’argent destiné à construire ce CHU et qui était déjà dans les caisses de l’Etat, et le compléter au besoin plutôt que de s’endetter à hauteur de 34 milliards de FCFA pour ériger le même édifice ? Manifestement, il y a quelque chose qui cloche quelque part. Qui pourra dire où sont passés les 7 milliards restants ? Décidément, le scandale des déchets toxiques n’a pas fait que des malheureux. Puisque de nombreuses personnes, on le voit, se sont sucrées sur le dos des pauvres victimes. C’est le cas, entre autres, de l’ancien ministre de l’Intégration africaine Adama Bictogo accusé d’avoir indument prélevé 600 millions de FCFA, en lieu et place des 60 millions qui devraient lui être reversés pour son intervention dans le dossier. Cette indélicatesse lui a coûté son portefeuille ministériel. C’est aussi le cas du dirigeant sportif Cissé Cheick Oumar qui a fait ‘’fortune dans les déchets toxiques’’ et qui, depuis, a maille à partir avec les victimes qui ne décolèrent pas et veulent entrer en possession de leur dû.
C’est le lieu de tirer le chapeau à l’analyste politique et cyberactiviste André Sylver Konan dont la vigilance a permis de ‘’lever le lièvre’’ sur sa pagefacebook. Puisque c’est lui qui a rappelé et remis au goût du jour cette enquête sur sa pagefacebook qui montre la gestion des 100 milliards de Trafigura. Histoire de démontrer aux hommes politiques qu’ils n’ont pas toujours intérêt à dire des contrevérités. A l’ère des réseaux sociaux et des autoroutes de l’information, cela peut avoir un effet boomerang ‘’destructeur’’ pour ceux qui prennent plaisir à dire à ce qu’ils veulent sans souci pour la vérité.

Tassigny Auriol