Adama Diomandé

@Informateur.info- Président de l’Association pour la défense de la démocratie et des libertés (ADDL), Adama Diomandé, cadre du RHDP se prononce sur l’actualité nationale et remonte les bretelles au député Armand Ouégnin qui nie la réalité du charnier de Yopougon. Il en profite pour traduire son optimisme relativement au processus de réconciliation impacté par les derniers évènements politiques.

  • Le 07 avril 2021, le président Alassane Ouattara a dit que l’ancien président Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé alors fraîchement libérés par la Chambre d’Appel de la CPI pouvaient rentrer en Côte d’Ivoire s’ils le souhaitaient. Quelle réaction cette décision a-t-elle suscité en vous ?

Je ne dirais pas plus que le président de la République, sauf d’ajouter que nous sommes amenées à faire table rase sur le passé douloureux des conflits dans notre pays. Dans cette dynamique, le président Alassane Ouattara vient de donner l’exemple aux citoyens de notre pays. C’est aux autres grands hommes politiques de l’opposition de suivre cet exemple

  • Le 30 avril dernier, les ex-exilés Koné Katinan et Damana Adia Pickass sont revenus après une décennie passée hors du pays. Quels sentiments?

Déjà, le fait qu’ils soient rentrés au pays en toute sécurité, qu’ils vaquent à leurs préoccupations, en ce qui concerne leurs activités politiques, sans aucune contrainte, cela prouve déjà que leurs allégations mensongères étaient infondées au sujet de la démocratie et de la gouvernance du président Alassane Ouattara, qui est un parfait et bon démocrate, reconnu sur le plan national et international.

  • Les premiers mots de Damana Pickass n’ont laissé personne indifférent. En substance, il a déclaré que c’est “le FPI qui a remporté l’élection présidentielle de 2010” et que la “Côte d’Ivoire a été attaquée par les étrangers qu’elle a accueillis en 2002”. Quels commentaires faites-vous ?

Ce monsieur Pickass est resté bloqué dans sa tête sur son logiciel de 2010, donc sa mémoire ne s’est pas encore adaptée à la nouvelle Côte d’Ivoire. Il est bloqué dans sa réflexion et son analyse politique, de toute façon, ceux qui ont un avenir et qui sont rentrés comme lui ne divaguent pas, ils ont un langage structuré politiquement, ceux-là savent que les discours haineux ne sont plus de mise dans notre pays , ils savent aussi que malgré notre avance dans tous les domaines, le plus important pour le RHDP, c’est d’appliquer les directives du chef de l’Etat pour l’épanouissement des Ivoiriens dans la paix retrouvée grâce à son leadership gagnant.

  • Pensez-vous sincèrement que le retour des exilés pourra booster le processus de réconciliation ?

Oui, je le pense car nous avons dans notre pays une nécessité vitale du vivre ensemble dans la paix, avec nos divergences politiques, culturelles, ethniques et religieuses. Notre pays est le produit d’un brassage humain propre à notre continent.

  • S’agissant du retour de l’ancien président Laurent Gbagbo, pensez-vous qu’il doit être triomphalement accueilli puisqu’il a été acquitté puis libéré ou devra-t-il rentrer “sur la pointe des pieds” comme l’a préconisé un célèbre homme de Dieu ?

En tout cas, son retour ne devrait pas être pour lui une occasion de narguer la Côte d’Ivoire et les Ivoiriens victimes de la mal gouvernance qui a caractérisé son magistère. Ceux qui demandent un retour triomphal de Gbagbo ne peuvent pas ignorer que c’est sous la gouvernance de Laurent Gbagbo et du FPI que notre pays a été divisé, que c’est sous sa gouvernance qu’il y a eu une rébellion qui a divisé notre pays, que c’est encore sous sa gouvernance que les Ivoiriens ont entendu, pour la première fois, un discours belliqueux de la part d’un chef d’Etat fraichement élu dans des ‘’conditions calamiteuses’’ comme il l’a reconnu  lui-même. ‘’Mille morts à gauche et mille morts à droite, nous on avance pour prendre le pouvoir’’, martelait-il. Ce discours a engendré le charnier de Yopougon (57 corps sans vie entassés sommairement dans une fosse commune). A ce propos, je voudrais à mon tour m’insurger contre la sortie du député Armand Ouégnin qui fait du négationnisme en niant la réalité historique que constitue la découverte de ce charnier. C’est inacceptable. Faut-il rappeler que la communauté internationale a eu à se pencher sur cette affaire qui a fait grand bruit ? C’est un fait que nul ne peut nier s’il est de bonne foi. Si la libération de Laurent Gbagbo doit nous replonger dans ce qui nous a conduits à la crise ivoirienne, c’est-à-dire la catégorisation des Ivoiriens, je pense que c’est très grave pour la Côte d’Ivoire. Je trouve complètement irresponsable la sortie du député Armand Ouégnin. C’est pourquoi, je soutiens le ministre Koné Kafana qui a décidé de porter l’affaire devant les tribunaux. Nous ne devons plus laisser les gens faire du négationnisme dans tous les camps. Nous avons commis assez de dégâts communs contre la Côte d’Ivoire, il est temps de tourner la page de la belligérance et des conflits qui nous ont déjà mis en retard sur le plan du développement de notre pays.   Et 10 ans après, par le refus de Laurent Gbagbo de reconnaitre sa défaite à la Présidentielle d’octobre 2010, plus de 3000 personnes ont perdu la vie, selon les enquêtes de la communauté internationale mais selon son épouse Simone Gbagbo, l’ex-Première dame qui était une dirigeante très influente au sein de son parti politique le FPI, la crise ivoirienne a fait plus de 5000 morts. Laurent GBAGBO a été acquitté par la CPI parce que la formulation de la plainte portée contre lui n’était pas la bonne, mais cela ne devrait pas l’exonérer de sa responsabilité vis-à-vis des Ivoiriens puisqu’il a failli à son serment, tout comme il n’a pas assumé son serment d’assurer la sécurité de la Côte d’Ivoire. Aussi, il doit avoir la sagesse de faire un retour sans triomphalisme en raison des morts de la crise postélectorale.

  • Le 10 mai 2021, le nouveau Premier ministre Achi Patrick a été évacué sur Paris pour un repos médical qui a été abondamment commenté. Comprenez-vous ce déferlement médiatique pour un simple repos médical ?

Non, humainement je ne le comprends pas, et je ne l’accepte pas, car nous pouvons un jour faire face à une maladie, et nous mettrons en ce moment-là tous les moyens nécessaires pour nous soigner, si d’autres humains trouvent nécessaire de faire de cela un sujet de polémique indécent, et de fake news, c’est qu’ils ont perdu le sens de l’humain.

  • Croyez-vous que son retour puisse faire cesser les ragots sur son état de santé, surtout qu’un certain Chris Yapi reste saisi de la question ?

A cette question, le Premier ministre Achi Patrick a répondu lui-même, je réponds comme lui, c’est de faire avec.

  • Récemment, sur les réseaux sociaux, on a vu un groupe d’élèves gendarmes s’en prendre à de simples citoyens. La hiérarchie a décidé de les sanctionner en les faisant marcher d’Abidjan à Yamoussoukro. Cette sanction est-elle, selon vous, à la hauteur de l’inconduite de ces jeunes gens ?

J’ai visionné cette vidéo, surtout le traumatisme de la journaliste reporter, à qui d’ailleurs ici, j’apporte mon soutien. Vous me demandez si la sanction ou la punition de la hiérarchie de la gendarmerie est à la hauteur de la faute grave des élèves gendarmes, je dis oui, certains sur les réseaux sociaux ont demandé leur radiation, mais je ne suis pas de cet avis. Je condamne totalement le comportement des élèves gendarmes qui ont commis cette forfaiture et déshonoré leur métier qui a vocation à protéger les citoyens. Je souhaite que la punition très sévère qu’ils subissent en ce moment leur serve de leçon afin qu’ils intègrent le fait qu’ils doivent respecter les citoyens de ce pays.

  • Lors du premier séminaire gouvernemental, le président Alassane Ouattara a demandé à son Premier ministre de noter les ministres. Comment réagissez-vous à cette décision ? Mais aussi, comment percevez-vous la création d’un ministère dédié à la bonne gouvernance, au renforcement des capacités et à la lutte contre la corruption confiée à Epiphane Zoro Bi Ballo connu comme le ‘’petit’’ juge qui a signé à l’époque le certificat de nationalité de l’actuel président de la République, Alassane Ouattara ?

Je pense que les Ivoiriens connaissent le président de la République, Alassane Ouattara, comme un président bosseur dont le bilan se passe de commentaires. Donc exiger des ministres des résultats est tout à fait normal. En ce qui concerne l’autre volet de votre question, concernant le ministère confié au ministre Epiphane Zoro Bi Ballo, le président a reconnu devant les parents du ministre dans la Marahoué, à Sinfra, le mérite et le courage que ce dernier a eu d’avoir assumé ce qu’il trouvait juste et de faire face à l’injustice, du haut de son jeune âge à l’époque, et il a fait ça par conviction et le président a désigné Zoro Bi Ballo comme un bon exemple de la nouvelle génération politique à ses cotés à Sinfra, à toute la Côte d’Ivoire. C’est un homme intègre qui ne se laisse pas influencer par la haine. J’ai connu Epiphane Zoro en exil, en Europe, notamment à Paris, nous avons été très proches sur le plan humain et nous le sommes toujours presque 20 ans plus tard, c’est un homme très respecté en dehors de nos frontières, notamment en Afrique, et même au-delà de notre continent , à mon avis, le président a fait le meilleur choix pour résoudre les problématiques de la bonne gouvernance et de la lutte contre la corruption, cette corruption qui est devenue un cancer et qui entrave le progrès et l’évolution économique et sociale de notre pays au profit d’une minorité prédatrice.

  • La CIE procède ces derniers jours à des rationnements de la consommation du courant électrique. Comment vivez-vous cette situation?

Je subis les mêmes inconvénients que la majorité des Ivoiriens, mais d’une manière relative, malgré ce problème passager lié à la nature, notre pays a le meilleur confort énergétique de la sous-région, et fournit même de l’électricité à nos voisins.

  • Il se passe quelque chose d’inédit à l’Assemblée nationale où le président de l’institution préoccupé par des problèmes de santé voit son fauteuil momentané occupé par l’un de ses vice-présidents, ce qui semble donner lieu à une sorte de douce guéguerre entre les deux personnalités qui appartiennent au RHDP. Que pensez-vous de cette situation ?

A ma connaissance, il n’y a pas de guerre entre ses deux dirigeants emblématiques de notre parti. Tous nos députés ont voté comme un seul homme et ont suivi les consignes du patron dans la discipline. Par ailleurs, nous souhaitons un prompt rétablissement au ‘’Tchomba’’ Amadou Soumahoro. Sa santé préoccupe toute la famille politique du RHDP. C’est le Directeur exécutif, Adama Bictogo, mon homonyme comme je l’appelle avec affection, car j’apprécie son dynamisme politique et managérial, qui est le suppléant intérimaire du PAN amadou Soumahoro pour lui alléger la tache durant sa convalescence. N’y voyez pas une rivalité qui n’aurait aucun de sens

  • Quel message pouvez-vous lancer aux Ivoiriens en cette période où semble se jouer le devenir du processus de réconciliation ?

Je souhaite une paix et une vraie réconciliation entre les tous les citoyens de la Côte d’Ivoire et concorde entre tous les habitants et habitantes venus d’ailleurs qui sont comme des nôtres maintenant. Je remercie votre journal à travers votre personne de me donner l’opportunité de me prononcer sur l’actualité de notre pays. Je souhaite plein succès au journal qui fait du bon boulot et se positionne désormais comme un support sûr et fiable dans le paysage médiatique foisonnant que connait notre pays.

Source Le Rassemblement