Après Roch Marc Christian Kaboré, RFI reçoit ce matin Ablassé Ouédraogo, également candidat à la présidentielle du 11 octobre. Ablassé Ouédraogo a été pendant cinq ans le chef de la diplomatie sous Blaise Compaoré, avant d’être nommé directeur général adjoint de l’Organisation mondiale du commerce… et de prendre ses distances avec l’ex-chef d’État burkinabè. Il a passé l’essentiel de sa carrière à l’international, travaillant notamment pour les Nations unies, la Cédeao, l’Union Africaine. Aujourd’hui il se présente en rassembleur de la Nation. Joint depuis Ouagadougou, le président du Faso Autrement répond aux questions de Florence Morice.

RFI : Qu’est-ce qui vous distingue des autres candidats en lice pour cette élection présidentielle ?

Ablassé Ouédraogo : Ablassé Ouédraogo est un homme d’expérience, Ablassé Ouédraogo a une connaissance très profonde du pays, surtout du milieu rural, étant moi-même fils de cultivateur. Moi, j’ai passé plus de 30 ans dans l’international sur les questions de développement, de diplomatie, de gestion des conflits et j’ai une expérience professionnelle que mes autres concurrents n’ont pas.

Justement, vous avez occupé plusieurs postes de haut fonctionnaire à l’international. Que répondez-vous à ceux qui estiment que finalement vous êtes plus connu à l’étranger que dans votre propre pays ?

Ce sont des arguments qui ne tiennent pas la route parce que, comme je vous l’ai dit, je suis fils de paysan et si je suis arrivé où je suis, c’est tout simplement par la grâce de Dieu et par le travail que j’ai fourni. Et j’aime autant vous dire que je suis rassuré parce que ceux qui me prêtent cette image de quelqu’un qui ne connait pas le Burkina Faso, n’ont qu’à se référer à la façon de parler la langue locale, le mooré. Je pense que s’il y avait un concours, je serai le champion.

Contrairement à d’autres candidats, vous êtes considéré par certains comme un opposant tardif à Blaise Compaoré dont vous avez été pendant très longtemps le ministre des Affaires Etrangères. Vous ne craignez pas que ça vous fasse perdre en crédibilité à l’heure où les Burkinabè réclament du changement ?

Quant on parle d’arrivée tardive, je pense que vous faites allusion à certains de mes concurrents qui ont rejoint l’opposition seulement au mois de janvier 2014 et que moi-même j’ai qualifié « d’opposant de la 25ème heure ». Non, nous ne sommes pas dans la même catégorie. J’aimerai tout simplement vous rappeler qu’Ablassé Ouédraogo a toujours été le coordinateur national de toutes les manifestations qui ont abouti au départ du président Compaoré et avant cela, l’opposition existait certes, mais n’avait pas de dissidents [pour] réaliser ces objectifs.

Ablassé Ouédraogo, quelle est la première mesure que vous prendrez si vous êtes élu ?

Il faut qu’il y ait l’environnement nécessaire pour le développement et cela commence par la restauration, et il faut le faire avec courage, de la discipline et de l’autorité de l’Etat, tout en respectant nos valeurs communes afin de maintenir la stabilité. Ensuite, il faudrait s’attaquer aux questions de justice, de réconciliation nationale, pour que le vivre heureux ensemble soit une réalité.

Parmi les sujets épineux de la transition au Burkina Faso, il y a l’avenir du RSP, le Régiment de la sécurité présidentielle, qui continue à exercer des pressions sur les autorités et dont la société civile réclame la dissolution. Si vous êtes élu, que ferez-vous de ce régiment ?

Je pense que l’on a grossi le problème et que ça a failli faire perdre la transition. Pour moi, le RSP fait partie de l’armée nationale et nous, nous disons que si nous sommes au palais de Kosyam au soir du 11 octobre, nous allons entreprendre une réforme de l’armée, y compris le RSP. Vous savez qu’il faut comprendre que l’armée est une composante de la société burkinabè, l’armée fait partie de la transition, l’armée a des responsabilités à assumer dans notre pays. Ablassé Ouédraogo président du Faso, nous ferons une réforme de l’armée.

Donc vous n’êtes pas favorable à une dissolution du RSP ?

Réformer ne veut pas dire obligatoirement dissoudre. Il faut savoir utiliser les mots. Il faut féliciter le RSP parce que c’est quand même un corps de notre armée et ils ont contribué à quelque chose dans notre pays. Aucune œuvre humaine n’est parfaite.


Si vous êtes élu président, Blaise Compaoré pourra-t-il revenir au Burkina Faso sans être inquiété par la justice ?

Ablassé Ouédraogo à Kosyam, tous les Burkinabè n’auront pas besoin de vivre en exil. Et le président Compaoré, si il se sent dans le besoin de revenir au Burkina Faso, il reviendra, il répondra devant la justice des faits et actes qui lui sont reprochés. Ce n’est pas un problème.

En cas de deuxième tour en octobre prochain, il faudra nécessairement conclure des alliances, que vous soyez qualifié ou pas. Quelle est votre stratégie pour ce second tour ?

Dans les alliances que je veux faire, ce sera avec mon peuple parce que les Burkinabè ont soif du changement. Je me dis que certaines candidatures relèvent de la provocation ou même de la témérité, j’explique. Un certain nombre de concurrents ont mis dans la tête de Blaise Compaoré qu’il pouvait modifier l’article 37 et rester au pouvoir éternellement. Toutes ces personnes dont l’action a conduit notre pays à l’insurrection des 30 et 31 octobre 2014 devraient avoir la décence de se mettre un peu en retrait et j’inclus tous ceux qui ont été au départ, c’est-à-dire en février 2010, ceux qui ont initié le processus de modification de l’article 37 en disant clairement que l’article 37 était anti-démocratique.

Vous parlez de Roch Marc Christian Kaboré, n’est-pas ?

Je ne cite personne, ils sont tellement nombreux. Mais je dis [que] les concepteurs comme les exécutants doivent être sanctionnés de la même façon.

RFI