@Informateur.info- Le 19 septembre 2002, la Côte d’Ivoire s’est réveillée avec une tentative de renversement du régime du président Laurent Gbagbo, (au pouvoir seulement depuis deux ans) qui s’est muée en une rébellion armée, cornaquée par Guillaume Soro, contrôlant 63% du territoire national du nord à l’ouest en passant par le centre. 18 ans après, que sont devenues les figures emblématiques civiles ou militaires de la rébellion des Forces nouvelles ? Sur les traces des hommes et femmes qui ont tenté, il y a 18 ans, de changer l’ordre politique en Côte d’Ivoire.

  • Guillaume Kigbafori Soro

Patron des ex-Forces nouvelles , actuel président du mouvement politique Générations et peuples solidaires (GPS), candidat déclaré mais recalé à l’élection du Président de la République du 31 octobre 2020, Guillaume Soro a été Premier ministre (2007-2012) puis Président de l’Assemblée nationale (2012-2019) avant de tomber en disgrâce avec le pouvoir d’Abidjan qu’il a, fortement, contribué à installer à l’issue de l’élection présidentielle de 2010. Condamné par la justice ivoirienne pour des faits de “tentative d’atteinte contre l’autorité de l’Etat et l’intégrité du territoire national, de recel de détournement de deniers publics et de blanchiment de capitaux”, l’ancien chef de la rébellion est, depuis décembre 2019, en exil en France d’où il entend organiser la résistance avec l’opposition ivoirienne contre le 3è mandat de son ex-allié, Alassane Ouattara.

  • Louis André Dacoury-Tabley

No2 de l’ex-rébellion (Secrétaire général Adjoint des Forces nouvelles), après un double passage au gouvernement d’Alassane Ouattara dont il est très proche, Louis André Dacoury-Tabley s’est fait élire député de la circonscription électorale de Gagnoa-commune (sa région d’origine) sous la bannière du RHDP dont il est la porte d’entrée dans la région, favorable à Laurent Gbagbo, également, de la région. Cet ancien cadre du Front populaire ivoirien (FPI) dont l’adhésion à la rébellion avait choqué plus d’un eu égard à sa proximité avec Laurent Gbagbo (avant son arrivée au pouvoir), se consacre, désormais à la prévention des crises et au règlement des conflits dans la région et d’autres localités du pays par le biais d’une ONG “Initiative du Groupe de Contact ‘Paix et Développement en Afrique” dont il est le Fondateur-Président.

  • Sidiki Konaté

Bras droit de Soro Guillaume, Sidiki Konaté était le Porte-parole des Forces nouvelles. Ministre de l’Artisanat, il fut débarqué avant de faire son retour lors du remaniement ministériel de juin 2018. Depuis, le fossé s’est élargi entre son “frère et ami” Guillaume Soro qu’il ne cesse d’appeler à revenir au RHDP. Sidiki Konaté, également, député de Man Commune est, membre de la direction politique du parti au pouvoir.

  • Affoussiata Bamba-Lamine

Avocate au Barreau de Paris, Affoussiata Bamba-Lamine a été porte-parole de la rébellion, à la suite de Sidiki Konaté. Nommée ministre de la Communication en 2012, elle a été débarquée en juin 2018. Elue députée d’Abobo en 2011, elle n’a pu être réélue en 2016 à Cocody où elle s’est présentée. Affoussiata Bamba fait partie, aujourd’hui, du carré fidèle à Guillaume Soro dont elle est, par ailleurs, une de ses avocats et du GPS. A ce titre, elle est aux côtés de son mentor à Paris pour organiser la résistance contre la candidature du président ivoirien et la réintégration de Guillaume Soro dans le processus électoral.

  • Alain Lobognon

Alain Lobognon ou Adjudant Beugré Antoine (nom de maquis) aux premières heures de la rébellion, était membre du cabinet civil de Soro Guillaume, dont il est un intime. Nommé en 2012 ministre des Sports, après le ministère de la Jeunesse et du Service civique, c’est sous son passage à ce département ministériel que les Éléphants de Côte d’Ivoire ont remporté leur deuxième Coupe d’Afrique des Nations de football en 2015 en Guinée Équatoriale après celle de 1992 au Sénégal. Député-Maire de Fresco (2011-2016), il n’a pu rééditer le grand chelem en 2018 où la mairie l’a échappé, après son éviction du gouvernement. Député, Alain Lobognon, Vice-président du MVCI, parti proche de Guillaume Soro, est membre du GPS. Arrêté depuis le 23 décembre 2019, en compagnie de quatre autres parlementaires fidèles à l’ex-président de l’Assemblée nationale, il est en prison, sans jugement. Le parlementaire est poursuivi pour des faits de “de tentative de déstabilisation des institutions et trouble à l’ordre public”.

  • Gnézéré Ignace

Chargé de mission des Forces nouvelles, Gnézéré Ignace est un ancien secrétaire départemental du RDR (Rassemblement des républicains, parti d’origine présidentiel) à Sassandra. Il a rejoint la rébellion lors des négociations à Lomé en octobre 2003 après s’être, miraculeusement, sorti des griffes des forces loyalistes qui l’avaient intercepté. Élu député de la circonscription électorale de Gueyo en 2011, il n’a pu être reconduit au Parlement en 2016. Battu sur des détails. Proche de Guillaume Soro, Ignace Gnézéré est, aujourd’hui, un cadre très actif du GPS.

  • Koné Amadou

Ex-directeur de Cabinet du Secrétaire général des Forces nouvelles, Guillaume Soro avec lequel il s’est brouillé comme la plupart des cadres de l’ex-rébellion, Koné Amadou est, aujourd’hui, ministre des Transports depuis juin 2018.

Chez les militaires, tous les chefs de guerre pour la majorité des sous-officiers au moment des faits, ont tous gravi les grades pour laisser briller sur leurs épaules le grade de Lieutenant-colonel.

  • Soumaïla Bakayako

Colonel dans l’armée ivoirienne, il a rejoint la rébellion dont il était le chef d’état-major des FAFN (Forces armées Forces nouvelles). Après la crise postélectorale, il prend la tête de l’armée ivoirienne baptisée Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) et bénéficie de promotions successives. Général de brigade, général de division, puis général de corps d’armée, le plus haut grade dans l’armée ivoirienne. Admis à la retraite en janvier 2017, il a été nommé en mars 2018, PCA de la SIR, société nationale de raffinage.

  • Le Colonel Gueu Michel

Commandant en second de la 3è région militaire quand éclatait l’insurrection armée du MPCI, le 19 septembre 2002, Michel Gueu s’engage avec la rébellion dont il qualifie les animateurs militaires comme ses “enfants”. On dit que ce formateur dans l’âme était le stratège militaire des Forces nouvelles. Il fut ministre des Sports et Loisirs du Gouvernement de Réconciliation Nationale (mars 2003 – décembre 2005). Après la crise postélectorale, promu général de Corps d’Armée comme Soumaïla Bakayoko, Gueu Michel fut, successivement, Chef d’État-major particulier du président de la République (juillet 2011 – novembre 2013), Président du conseil d’administration de Côte d’Ivoire Telecom (novembre 2013 – décembre 2016). Depuis novembre 2019, il a déposé ses valises au PDCI-RDA en qualité de Vice-président.

  • Tuo Fozié

Adjudant des FANCI en 2002, il a été la première figure connue de la rébellion à se dévoiler en septembre 2002. Promu Lieutenant-colonel, Tuo Fozié est Préfet de Région, préfet du département de Bouaké. Comme lui, le Lieutenant-colonel Ousmane Coulibaly dit Ben Laden est, depuis 2012, préfet de Région, préfet de San-Pedro, la deuxième ville du pays, quand Messemba Koné est le représentant de l’administration dans la Région de la Nawa, préfet de Soubré après avoir servi à Guiglo.

  • Issiaka Ouattara dit Wattao

Le chef de guerre bling bling était réputé pour sa collection des voitures de luxe. Ex-Commandant de la garde républicaine, le Lieutenant-colonel Wattao est décédé le 5 janvier 2020 aux Etats-Unis où il avait été admis pour des soins suite à un malaise.

  • Hervé Touré Pelikan dit Vetcho

Le rebelle “intello”, ex-chef d’état-major particulier de Soro Guillaume, également Lieutenant-colonel, il a fait son entrée à l’ENA, l’Ecole nationale d’administration pour embraser une carrière de diplomate. Auparavant, il fut nommé Commandant de la Région militaire de Bouaké. Les Lieutenants-colonel Chérif Ousmane, Kone Zakaria, Koné Gaoussou dit Jah Gao, Losséni Fofana jadis, seigneurs de la guerre, occupent des hautes fonctions dans la hiérarchie de l’armée nationale.

Geneviève MADINA