Zoungrana Rasmani, le «croisé» de la lutte contre le sida

Zoungrana Rasmani, le «croisé» de la lutte contre le sida

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Zoungrana Rasmani

«Le Vih/Sida ne passera pas par moi», ce slogan de la campagne de la lutte contre la pandémie du siècle écoulé, Zoungrana Rasmani peut le faire sien. Tant ce boucher agréé du District d’Abidjan a pris à bras-le-corps le combat contre cette maladie. Il s’y est totalement investi et n’a de cesse d’aider ses compatriotes à changer de comportement pour ne pas se laisser emporter par ce virus mortel. Arrivé en Côte d’Ivoire dans la deuxième moitié des années 1990, Zoungrana Rasmani,  qui a répondu à l’appel de son oncle boucher qu’il est venu aider,  se rend compte très vite d’une chose. La plupart de ses compatriotes qui quittent le pays pour immigrer en «basse côte» oublient assez vite ce qui a motivé leur  présence sur les rives de la lagune Ebrié, la recherche d’un mieux-être et le soutien aux parents restés là-bas. Grisés par l’argent gagné, ils s’adonnent à la belle vie avec son corollaire qu’est la fréquentation des filles de joie. Au bout du compte, ils se retrouvent «piégés» par le sida. C’est parfois la mort assurée, pour certains ; le retour à la case départ, pour d’autres ;  l’abandon et la solitude pour d’autres encore. Zoungrana Rasmani a décidé de briser ce cercle vicieux. Il a mis sur pied,  dans cette optique, avec d’autres compatriotes volontaires,  l’Association des super leaders de l’Abattoir (ASLA) qui a reçu son agrément en 2006. Sous la conduite de son président, l’ASLA s’est jetée dans le bain de la lutte contre le sida au sein de la communauté burkinabè. Bénéficiant du soutien de l’ONG Cœur International, Rasmani et ses amis font de la prévention et  viennent  en aide aux malades déjà atteints qu’ils orientent vers les centres de santé. Le président de l’ASLA a surtout réussi à «démystifier» le sida que certains de ses compatriotes refusaient de reconnaître, attribuant leur mal à des «attaques mystiques».Ils se rendaient alors au pays pour se faire «laver» par des charlatans ou des féticheurs. Malheureusement, beaucoup ne revenaient pas, perdant ainsi la vie par ignorance. Grâce au patient travail de sensibilisation et d’information de l’Association, de nombreux Burkinabè ont changé de comportement et acceptent de se faire dépister. Le danger que représente la maladie est désormais appréhendé à sa juste mesure. Par la force des choses, Rasmani est devenu une sorte de conseil que beaucoup consultent et à qui d’autres demandent discrètement  le nom d’un centre de santé pour leur prise en charge médicale. «Présentement, je suis 12 personnes atteintes du sida et qui sont sous ARV. Le sida n’est plus une fatalité, on en guérit. Il suffit de se faire suivre assez tôt et de prendre ses médicaments», conseille  Zoungrana Rasmani  qui se félicite du fait que ses parents burkinabè acceptent désormais de se faire dépister et de ne plus considérer le sida comme une maladie «mystique». C’est une inflexion positive dont il n’est pas peu fier. Il a cependant un regret, la destruction du kiosque santé dont son association tirait l’essentiel de ses ressources pour faire ses activités. Il souhaiterait que des âmes de bonne volonté l’aident à acquérir un siège pour rendre l’ASLA plus efficace.A 43 ans, Zoungrana  Rasmani est marié et père d’une fille.

René Ambroise Tiétié

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