Président de l’Ong Zoodoo (l’amitié vraie et sincère, en mooré), Sawadogo Mamadou est candidat déclaré au poste de délégué au Conseil supérieur des Burkinabè de l’Extérieur (Csbe). Dans cet entretien accordé à informateur.info, il parle des problèmes que rencontrent ses compatriotes en Côte d’Ivoire, de son implication dans le renforcement des relations ivoiro-burkinabè et, enfin, de son programme. Entretien.

  • Informateur.info : Pouvez-vous présenter à nos lecteurs?

Sawadogo Mamadou : Je m’appelle Sawadogo Mamadou, enseignant à la retraite. Je suis un ivoiro-burkinabè, de mère ivoirienne, de l’ethnie agni, dans le département d’Agnibilekro.  Je suis né là-bas, j’y ai fréquenté l’école primaire et secondaire avec de jeunes ivoiriens. En septembre 2004, après 30 ans de service dans l’enseignement, j’ai pris ma retraite. Ayant compris le bien fondé de l’amitié pendant mon enfance et mon cursus scolaire, mais aussi ma vie professionnelle, j’ai réalisé que l’amitié a des vertus. Toute chose qui m’a conduit, avec le soutien de mes amis, à mettre en place une ONG qu’on appelle Zoodo qui veut dire en mooré, l’amitié vraie et sincère. Vous savez que le Burkinabè d’origine ne se lie pas d’amitié avec le premier venu. J’ai voulu étendre cette amitié entre les Burkinabè et les Ivoiriens à la sous-région. Nous sommes tous des petits-fils d’Houphouët, on sait tous ce que c’est que la paix. Je demande donc à mes compatriotes de tisser des liens d’amitié sincère avec les Ivoiriens. En cas de problème, c’est ton voisin qui te porte secours avant tes parents. D’ailleurs, on dit généralement que ‘’ton voisin est ton premier parent’’.

  •  On ne dira donc pas, vous concernant, vous êtes arrivé en Côte d’Ivoire quand ? Une question que nous avons pris l’habitude de poser à nos frères burkinabè que nous avons l’honneur d’interviewer comme vous cet après-midi.

(Rires). Pas du tout, je suis né  précisément à  Tanguena, dans le département d’Agnibilekro. C’est mon père qui est venu du Burkina et a trouvé ma mère ici, en Côte d’Ivoire.

  •  Concrètement, pourquoi avoir décidé d’être candidat au poste de délégué  du Conseil supérieur des Burkinabè de l’Etranger (Csbe) ? Quelles sont vos motivations?

J’ai  la chance d’avoir deux cultures. La culture ivoirienne et la culture burkinabè. Et à bien y voir, quand je regarde les missions principales dévolues à un délégué Csbe, je me dis que je suis en avance sur ces missions. Pourquoi ? On demande, par exemple, au délégué Csbe d’assurer la pleine  participation des Burkinabè de l’Extérieur au développement économique et social de leur pays d’origine. Je suis également en avance par ma profession d’enseignant. J’ai formé de jeunes burkinabè dont beaucoup sont retournés au Burkina pour apporter leur expertise au développement du pays. Je participe donc déjà, vous le voyez, au développement de mon pays d’origine, d’une certaine façon et je n’en suis pas peu fier. J’ai des élèves qui sont des cadres tant au Burkina qu’en Côte d’Ivoire. Il arrive parfois que dans la rue, aussi bien en Côte d’Ivoire qu’au Burkina, des parents m’interpellent pour me traduire leur gratitude pour avoir contribué à faire de leurs enfants des cadres. C’est une satisfaction morale qui n’a pas de prix, ça va au-delà de l’argent. De plus, à travers mon ONG je donne des conseils aux élèves  et aux étudiants pour qu’ils saisissent certaines opportunités pour leur avenir. Et puis, j’ai continué avec l’Ujobci (Union de la jeunesse d’origine burkinabè en Côte d’Ivoire) qui encadrait et orientait les ressortissants burkinabè à qui on enseignait les lois du pays afin qu’ils les respectent.  On vient de mettre en place la Cobci (communauté d’origine burkinabè en Côte d’Ivoire) dont le président est Traoré Mamadou. Je me dis encore aujourd’hui qu’il ne faut pas toujours pleurnicher et se plaindre de ce que le Burkina ne s’occupe pas de nous. Non, il faut s’affirmer, être entreprenant, ainsi, il ne fait pas de doute que le pays aura besoin de toi un jour. Dans les autres pays, on mène parfois des missions à l’étranger pour détecter des talents dans la diaspora puis, on amène ces derniers à rentrer au pays pour apporter leur pierre à l’édifice commun. Il faut donc être entreprenant si on veut que le pays s’intéresse à nous.

  • Vous l’avez dit, vous avez créé une ONG qui participe à l’entente et au brassage entre les deux cultures, ivoirienne et burkinabè. La question qui nous vient à l’esprit va de soi : les autorités burkinabè sont-elles informées de ce que vous faites en Côte d’Ivoire?

Sans aucun doute. Voyez-vous, à coté de ce que je viens de vous dire, il serait bon de noter que j’explore aussi le domaine  de la culture qui participe  du brassage entre nos deux peuples. On a une troupe qui prend part à la Semaine nationale de la culture (SNC) qui se tient à Bobodioulasso et elle a déjà remporté le premier prix de cette manifestation culturelle. Je me suis aussi rendu à Ouahigouya avec une troupe de danse traditionnelle. J’ai également une autre troupe à Attécoubé qui a remporté le premier prix en 1992. Puis en 2012, j’ai été distingué par le gouvernement burkinabè qui m’a décerné la  médaille de Chevalier de l’Ordre du Mérite Burkinabè. C’est une très grande fierté, mais aussi la reconnaissance au plus haut niveau de mes efforts en faveur de la paix et de la promotion de la culture burkinabè.

  •  En tant que candidat, pouvez-vous décliner les grandes lignes de votre programme?

Ce qui me tient le plus à cœur et que j’entends réaliser dans un premier temps, c’est l’union et le rassemblement des Burkinabè de la Diaspora. D’ailleurs, mon slogan de campagne le traduit bien qui dit ‘’voter Sawadogo Mamadou, c’est choisir l’union pour le bien-être des Burkinabè de l’extérieur’’. Une fois unis, on a la force, une fois unis, on peut se projeter devant et au final, on peut  être épanouis. Et si mes compatriotes sont épanouis, je pense que  j’aurais atteint mon objectif.  J’ai un projet que je compte réaliser avec mon ONG ; c’est d’organiser un festival culturel qui va inclure l’art culinaire, la musique, etc. Je pourrais aussi faire la promotion de l’état civil et demander aux parents de déclarer leurs enfants à la naissance, de sorte que chaque enfant qui nait ait un extrait d’acte de naissance. C’est important. Enfin, je compte mettre un accent particulier sur la nécessité de scolariser les enfants. Il faut les mettre à l’école. Si je me tiens devant vous ce jour et qu’on peut librement échanger, c’est parce que j’ai été à l’école et vous aussi, au demeurant. A l’école, j’ai appris le savoir et à mon tour, je dispense ce savoir aux jeunes. Voilà, je suis à la retraite, mais un fondateur d’école m’a fait appel pour que je dirige cette école.

  • Je voudrais que vous vous prononciez sur les divisions qui traversent la communauté où se jouent souvent des sortes de guerres de chefs ou de leadership qui minent l’union et la cohésion en votre sein.

Je crois que les temps évoluent et il faut évoluer avec son temps. Par le passé, c’était la dictature, il n’y avait pas de démocratie, le plus fort était donc le chef. Mais, aujourd’hui, c’est la démocratie et il faut qu’on amène nos parents à comprendre que les temps ont changé. Il faut les amener à accepter ce que la majorité a décidé. Je vais donc demander à nos compatriotes d’avoir le minimum pour ceux qui veulent être chefs. Il faut pouvoir t’exprimer dans une langue que peut comprendre tout le monde. Il faut donc avoir été à l’école. Il faut être en mesure de défendre la communauté devant les autorités du pays d’accueil. Il ne faut surtout que certains se disent ; un tel, il a vu le jour devant moi, il ne peut donc pas être mon chef. En définitive, il faut que nos compatriotes acceptent de mettre les enfants à l’école et tout va se régler avec le temps.

  •  Vous n’ignorez certainement pas que le délégué Csbe, c’est du bénévolat. Avec quels moyens allez-vous donc dérouler votre programme?

C’est vrai, c’est du bénévolat, mais  je vous rappelle que je fus fonctionnaire. J’ai enseigné pendant 30 ans. J’ai une pension mensuelle qui constitue un minimum pour moi et qui me permettra de m’assumer et de vivre. Mon père m’a laissé un petit héritage, une portion de terre que je suis en train de mettre en valeur (cacao, café, anacarde) dans le département d’Agnibilekro.  Je ne viens pas au Csbe pour quémander, non, je viens au Csbe pour apporter quelque chose.

  •  Votre mot de fin, à quelques jours du scrutin prévu pour le 1er juillet 2018…

Je souhaite qu’il y ait la paix à  ce scrutin et que les candidats se respectent mutuellement ; pas de débordements, pas d’injures et que le meilleur gagne, tout en espérant que ce soit moi. Il ne suffit pas d’aller voter, il faut savoir  voter utile. Qu’est-ce à dire ? Voter utile, c’est savoir qui, parmi les candidats, a le meilleur profit et qui peut faire quoi après son élection. On peut avoir parmi les candidats un ami mais on peut refuser de lui donner sa voix si on est convaincu qu’il ne pourra pas faire l’affaire.

Réalisée par René Ambroise Tiétié

 

 

 

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