La nouvelle est encore toute fraîche et ‘’fumante’’ : le Burkina Faso a rompu, ce jeudi 24 mai 2018, ses relations avec Taiwan. L’information a été donnée par le ministre des Affaires Etrangères burkinabè Alpha Barry.

Après 24ans d’une ‘’idylle’’ qui a connu des fortunes diverses en raison de l’activisme de la Chine populaire engagée dans un bras de fer avec sa voisine depuis des décennies, le Burkina Faso de Roch Marc Christian Kaboré vient de mettre brutalement et sans préavis un terme aux relations avec Taipei. Au grand dam de Taiwan qui n’a pourtant jamais mégoté sur les moyens pour plaire à son ami burkinabè. C’est ainsi que le Pays des Hommes Intègres a pu bénéficier pendant ces 24 ans ( le Burkina a reconnu Taiwan depuis 1994) de la sollicitude et de la magnanimité de ce pays. A l’évidence, faire l’inventaire des ‘’cadeaux’’ offerts au Burkina par Taiwan serait fastidieux. Il suffit toutefois de rappeler qu’au nombre des infrastructures construites par les Taiwanais figure… le Palais de Kosyam connu pour sa magnificence. Il faudrait faire cas aussi des 2 hélicoptères UH-1H dont l’ancienne île de Formose a cadeauté l’armée burkinabè le 7 juin 2017. «Le Burkina Faso est l’une des relations amies des plus solides que nous avons en Afrique et cela à partir de 1994 jusqu’à nos jours avec des rapports d’ordre militaire que nous entretenons sur des bases amicales et de coopération. C’est dans cette optique que le ministère de la Défense taiwanaise que j’ai l’honneur de représenter a remis 2 Hélicoptères UH-1H à votre armée», s’est félicité le général Wang Hsin-Lung, chef de l’armée de terre taiwanaise devant Roch Marc Christian Kaboré .

Mais depuis ce jeudi 24 mai, Taiwan ne fait plus partie des pays amis du Burkina Faso. Qu’est-ce qui pourrait expliquer cette situation aussi surprenante que suspecte, puisque l’on connait la volonté de la République populaire de Chine à vouloir faire ‘’main basse’’ sur cette île asiatique qu’elle revendique depuis près d’un demi-siècle, sans succès ? Un diplomate européen essaie d’apporter des pistes de réponses à l’attitude du gouvernement burkinabè. «Il ne faut pas être surpris outre mesure par la décision des autorités burkinabè vis-à-vis de Taipei. La Chine n’est pas étrangère à cette rupture unilatérale. Il est presque certain que les Chinois ont forcé la main au gouvernement burkinabè en lui faisant peut-être miroiter certains avantages. On ne peut exclure cette hypothèse», indique le diplomate. Mais, certaines sources semblent en savoir plus. Puisqu’elles indiquent que le pouvoir burkinabè aurait accepté de sacrifier Taiwan contre la promesse d’un financement chinois conséquent de la campagne de l’actuel homme fort de Ouaga, candidat potentiel à sa succession en 2020.

En clair, l’ancien Premier ministre de Compaoré aurait privilégié ses intérêts au détriment de ceux de son pays. Taiwan a donc été payé en monnaie de singe alors que ce pays a financé de nombreux projets en faveur du Burkina Faso pendant les 24 ans qu’ont duré leurs relations. Au point où la presse a eu à parler de ‘’diplomatie du chéquier’’ au regard des aides financières substantielles apportées au Burkina par Taiwan. Le plus consternant, ce sont les ‘’raisons’’ qui ont motivé cette décison unilatérale qui ressemble à une ‘’rupture abusive’’. «L’évolution du monde et les défis socio-économiques actuels de notre pays et de notre région recommandent que nous reconsidérions notre position», a justifié Alpha Barry. Mais encore ?

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la raison qui a justifié cette surprenante décision pèche par sa légèreté. Elle ne convainc personne et apporte de l’eau au moulin de ceux qui avancent l’argument selon lequel Taipei aurait été sacrifié en échange d’un soutien chinois à RMC dans la perspective de la présidentielle 2020. On ne tarderait pas à le vérifier sur le terrain . Qui vivra verra.

 

René Ambroise Tiétié

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