L’opération d’identification des abonnés aux réseaux de téléphonie mobile commencée en octobre 2017 n’en finit pas de finir, preuve  qu’elle ne suscite guère l’engouement des populations qui la boudent pratiquement. Et pour cause.

Prévue pour durer six mois, l’opération d’identification puis de  ré-identification semble susciter lassitude et agacement chez  la plupart des abonnés qui la trouvent ‘’barbante’’, pour ne pas dire plus. Et comme un raffinement dans le ‘’mal’’, les autorités compétentes qui ont pris la décision d’identifier les abonnés l’ont relancée au motif que la première phase n’était pas  bien faite et que beaucoup de personnes ont été identifiées avec des pièces pas toujours fiables. D’où la phase de ré-identification en cours dont le ‘’dead line’’ a été fixé au 31 mars 2018 avant d’être prolongé au 30 avril de la même année. Ce qui constitue la preuve que les populations ne se sont pas bousculées aux portes des sociétés de téléphonie mobile que sont Orange Côte d’Ivoire, Moov et Mtn.

Mais disons-le tout net, le désintérêt des abonnés procède des intentions prêtées au pouvoir,  instigateur de ladite opération. Puisqu’il se dit mezza voce que l’objectif de cette opération, c’est de mettre les usagers sur écoute. Dès lors, il ne fallait pas s’attendre à ce que ces derniers s’enthousiasment et fassent le nécessaire pour se faire ‘’piéger’’ en allant se faire identifier ou ré-identifier. Pour autant, la menace de se voir retirer son numéro ou sa ligne aura finalement peser pour beaucoup dans la décision finale ; encore que certains traînaient les pieds pour se rendre dans les agences ou les lieux dédiés pour s’acquitter de cette obligation citoyenne.

C’est d’ailleurs le lieu de dénoncer l’attitude de la société Orange qui a mis du temps à ‘’décentraliser’’ ces agences (il fallait absolument se rendre dans une agence Orange pour se faire identifier).  Finalement, cette société a dû emboîter le pas à ses concurrentes devant le peu d’engouement constaté au niveau de ses abonnés. Fallait-il courir le risque de perdre des clients aussi bêtement ou se rapprocher de ceux-ci quitte à faire quelques réaménagements techniques. L’appât du gain a fini par prendre le dessus.

Résultat, toutes les sociétés de téléphonie mobile sont désormais sur le terrain, là où se trouvent les abonnés pour les ré-identifier. Et afin que ceux-ci soient majoritairement  pris en compte , non seulement l’opération continue de jouer les prolongations (après le 30 avril, un autre délai sera accordé aux retardataires qui auront jusqu’au 31 mai pour satisfaire à l’exigence de ré-identification), mais des facilités ont été accordées à ceux qui n’ont pas  de CNI ou de pièces d’identité fiables. Ils pourront bénéficier d’un parrainage de leurs proches ou conjoints qui se porteront garants de la fiabilité de leur identité.  A charge pour le ‘’parrainé’’ de reprendre son identification quand il sera en possession de pièces d’identité fiables et sécurisées.

On peut saluer la flexibilité,  même si elle est tardive,  des autorités compétentes qui ont fini par comprendre que cette opération visait moins à déposséder l’abonné de son numéro qu’à lutter contre le terrorisme devenu dorénavant ‘’numérique’’ puisque le cellulaire est de plus en plus utilisé par les djihadistes qui s’en servent pour différentes opérations répréhensibles.

A toutes fins utiles, il est bon de porter à l’attention des populations que passée la date du 30 avril 2018, ceux qui ne se seront pas fait ré-identifier seront mis au restreint (ils recevront uniquement les appels mais ne pourront pas émettre, ni faire quelque opération que ce soit). Puis après le 30 mai 2018, leur numéro leur sera retiré, purement et simplement, avant d’être réattribué à de nouveaux abonnés. Sans recours possible.

En définitive, on peut le dire, cette opération, agaçante en première analyse, est un mal pour un bien. Car même si l’on ne peut écarter le risque d’être mis sur écoute, il n’est pas moins vrai que désormais, n’importe qui ne peut plus faire n’importe quoi à partir de son mobile. C’est autant de ‘’gagné’’ pour la sécurité des populations.

René Ambroise Tiétié

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