Savadogo Hamed n’oubliera pas de sitôt (tout comme beaucoup de Burkinabè) les tragiques évènements de Tabou, en 1998, qui ont si durement et durablement impacté les relations entre son pays d’origine, le Burkina Faso et sa terre d’accueil, la Côte d’Ivoire. Et pour cause.

Il n’avait alors que 21 ans, mais le hasard ou la providence (c’est selon) va le mettre en pleine lumière. Puisqu’il aura la lourde responsabilité de convoyer plus de 12 cars d’une capacité de 80 places chacun vers le Burkina pour le retour de ses compatriotes pris en charge par l’Opération Bayiri destinée à accompagner les Burkinabè chassés de Tabou. Ce convoyage s’est tellement bien passé qu’il lui a été demandé de revenir en Côte d’Ivoire pour un second convoi, cette fois de 24 cars. Une tâche dont il s’est bien acquitté.

Cependant, il garde de ces évènements un souvenir douloureux et traumatisant. «Je me rappelle encore la détresse et la grande fragilité de nos compatriotes rentrés précipitamment au pays. Certains sont rentrés sans rien. D’autres dans un état psychologique désastreux ; d’autres encore ne réalisaient pas ce qui leur arrivait. C’était très difficile pour eux. Le stade du 04 Août de Ouagadougou où le gros du lot a été accueilli était bondé de monde. C’étaient une telle promiscuité et une galère innommable. J’ai vu des filles se prostituer pour avoir de quoi vivre. D’autres personnes sont tombées dans la démence», se souvient Savadogo Hamed avec une émotion non feinte.

Il a alors eu une idée de génie pour soulager un tant soit peu les ‘’rapatriés’’. Il a mis en place l’association Bayiri Yiidé (qui veut dire chez soi est mieux en langue mooré). C’était pour lui une manière de ‘’décomplexer’’ ces pères et mères de familles qui se sentaient mal dans leur peau, d’autant que pour beaucoup, ce retour forcé intervenait après de longues années d’absence. Savadogo rappelle le cas de certains rapatriés qui ont été reniés par leurs familles restées au Faso et qui reprochaient aux concernés de les avoir oubliées quand les temps étaient plus cléments.

En définitive, Savadogo Hamed plaide pour des relations ivoiro-burkinabè toujours plus cordiales et fraternelles afin d’éviter pareils désagréments.

René Ambroise Tiétié

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