Mme Dagnogo Awa (Covici): «L’indemnisation des victimes manque de transparence»

Mme Dagnogo Awa (Covici): «L’indemnisation des victimes manque de transparence»

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La Confédération des victimes des crises ivoiriennes (Covici) rencontre quelques difficultés d’ordre financier pour mener à bien ses activités. Mme Dagnogo Awa, Coordinatrice générale de la Covici s’est prêtée au jeu des questions-réponses d’informateur.info. Des relations de la confédération avec la tutelle, du processus d’indemnisation qui accuse quelques ratés, des difficultés que rencontrent les ayant-droits des victimes, etc. Mme Dagnogo a parlé. Sans tabou et sans langue de bois. Entretien

Informateur.info : Madame Dagnogo Awa, pouvez-vous vous présentez à nos lecteurs?

Dagnogo Ahoua est une présidente d’association des veuves et mamans victimes de guerre en Côte d’Ivoire et coordinatrice générale de la COVICI et vice- présidente de fédération également  Secrétaire Bureautique.

Depuis quand êtes-vous la Coordinatrice Génerale de la COVICI ?

Je suis devenue la coordinatrice Générale de la COVICI le 09-12-2016 après élection du PCA au CERAO. Je coordonne les activités de la COVICI en collaboration avec les 14 membres de cette coordination qui est l’organe exécutif de la COVICI. Nous exécutons le plan d’actions proposé par le conseil d’administration.

Combien d’adhérents revendique la COVICI ?

La COVICI revendique 157.000 victimes pour 65 associations.

Selon quels critères identifiez-vous les victimes de guerre, puisque dans notre entendement, tous les Ivoiriens qui ont subi la crise ivoirienne et les crises subséquentes peuvent être considérés comme des victimes de guerre?

Nous identifions les victimes en tenant compte des préjudices subis. Toute personne ayant subi une violation physique ou morale est considérée comme victime. Nous avons même priorisé ces violations compte tenu des conséquences à court et long terme sur la vie des victimes : l’exploitation, meurtre-disparition-viol-mutilation-torture et pillage en dernière position.

Quels problèmes rencontre la COVICI dans son fonctionnement ?

Les problèmes que nous rencontrons aujourd’hui sont d’ordre financier.

 La COVICI est-elle reconnue par les autorités ?

Notre structure est belle et bien reconnue par les autorités Ivoiriennes.

Quel est l’état de vos rapports avec la tutelle?

Nos rapports avec la tutelle ne sont pas très bons. Nous ne sommes pas associés au processus de réparations en tant que tel ; mais lorsque le Ministère n’arrive pas à joindre certaines victimes, il nous fait signe.

On parle d’indemnisations, combien d’adhérents de votre structure ont-ils déjà été indemnisés?

Le nombre est indéfini, parce qu’au moment de la remise des chèques, le ministère appelle directement les victimes sans nous contacter et les victimes ne sont pas toujours honnêtes.

Comment se fait cette indemnisation et quels problèmes rencontrent, éventuellement, vos membres pour percevoir leurs indemnisations?

L’indemnisation se fait sans transparence, puisque la liste n’est pas affichée et cela cause un désordre total au sein des victimes, des associations de victimes. Les fausses victimes sont indemnisées avec l’aide d’un réseau d’arnaqueurs. Le problème de documents administratifs à fournir pour percevoir l’indemnisation.

Êtes-vous associés en tant que faîtière au processus d’indemnisation, sinon, qu’attendez-vous faire pour être invités à prendre part audit processus ?

Nous ne sommes pas associés en tant que faîtière à ce processus, puisque Madame le Ministre nous a fait comprendre que la liste des 4.500 victimes a été produite par la cellule spéciale d’enquête et non les associations de victimes.

Quelles critiques pouvez-vous faire au processus d’indemnisations tel que mené par les autorités ?

Le mode opératoire tel que mené n’est nullement approprié ; puisque au lieu de satisfaire les victimes elles se retrouvent dans des situations pas confortables, vu la difficulté d’accès à l’indemnisation.

 Pensez-vous,  très sincèrement,  que le pouvoir a pris la mesure de l’importance que revêt la question de l’indemnisation et de la réparation dans le processus de réconciliation nationale?

Non, le pouvoir n’a pas mesuré l’importance que revêt cette question, mais il faut saluer le geste du président de la République qui a pris l’engagement de booster le processus d’indemnisation à travers la remise de 1.000.000 FCFA pour les ayant-droits de personnes décédées et des prises en charge médicales de 150.000 FCFA , il faut dire que sans réparation il n’y aura pas de réconciliation vraie.

On termine l’entretien, qu’avez-vous à ajouter ?

Pour terminer,  il faut dire que le pouvoir devrait mesurer et peser le montant de 1.000.000 Fr que devrait percevoir les veuves .En Afrique,  la famille est très grande et le mariage officiel n’est pas trop pris en compte par nos parents car ils ignorent l’importance de cet acte et aujourd’hui, les veuves sont confrontées à ce problème face aux parents  des défunts qui réclament les 1.000.000 FCFA parce que  c’est leur fils qui est mort et le PV de famille demandé par le Ministère complique la situation .Il aurait pu définir  la personne typique pour prendre le chèque  dans l’intérêt des enfants orphelins qui sont à la charge des veuves .Il aurait pu remettre 1.000.000 FCFA à la veuve et 1.000.000 FCFA aux parents du défunt  et pour une vraie réconciliation en Cote d’Ivoire , il faut une indemnisation propre et fiable , une poursuite juridique  équitable sans distinction de religion et parti politique.

Propos recueillis par Ambroise Tiétié

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